Histoire de la Normandie. Jean Mabire - Jean-Robert Ragache.

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Histoire de la Normandie.

Jean Mabire - Jean-Robert Ragache.

Editions France-Empire – 1986

 

 

Sous Auguste, il fallait une journée pour relier Caracotinum (Harfleur) et Southampton (p 20).

Les Normands nommaient les vallées profondes, avec le mot « fleur » (floi : estuaire, fljot : cours d’eau), d’où les noms de Harfleur et de Honfleur (p 46). Au 13e siècle, Saint-Louis va favoriser le développement du port de Harfleur pour en faire le rival de Rouen, une des capitales de la laine (p 166). Au 14e siècle, Harfleur est le principal port maritime du grand fleuve qu’est la Seine. Le roi d’Angleterre Henri V, y débarque et gagne la ville après un siège d’un mois (p 192). Avec le duc de Bedfort, fils d’Henri V, Harfleur va s’enrichir, tout comme Dieppe, Rouen, Saint-Valéry-en-Caux (p 196). En 1435, le duc de Bedfort meurt. Jehan de Grouchy et une centaine d’hommes s’emparent de Harfleur et contrôlent l’estuaire (p 205).

A la fin du 18e siècle, il est plus rapide d’aller à Portsmouth par mer, au départ du Havre, que de se rendre en diligence de Rouen à Paris (p 248). Plus tard, au 19e siècle, il faudra quinze heures de diligence entre Evreux et Paris (p 319).

 

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Les Francs de Normandie proviennent du Rhin et sont germaniques (p 24). Une fois installés en Normandie, ils renient leurs origines nordiques (p 25).

 

Les Vikings, cruels, mènent une guerre de religion contre  les Francs normands qui ont tout renié et se sont christianisés. Ils attendent la mort de Charlemagne, leur redoutable ennemi,  pour attaquer en 814 (p 39). Vingt ans s’écouleront entre les deux premières attaques (p 48). Après la bataille navale de 872 en Norvège, les vaincus s’exilent avec leur famille, refusant de se soumettre (p 30). . Ils recherchent des terres où s’installer.  Plus tard, les familles arrivent en Normandie pour l’émigration (p 28). Les Vikings organisent leurs raids durant l’été, au début, puis en hiver. Ils s’installent à Bonnières à l’année après 851 (p 40). Ils attaquent Les monastères, mais les cadres Vikings seront les premiers à se christianiser (p 48).

Rolf le Marcheur (= Rollon, Rou, Rholf) (p 61) vient du nord de Bergen (p 29). Les rois irlandais chassent les Vikings de leur île, au moment ou Rollon s’installe en Normandie (p 30). Il est le père de la patrie normande (p 46). Chez les Scandinaves, le roi est un pacificateur, il n’est pas un législateur (p 33). Rollon, en Normandie, va délimiter son territoire en utilisant les rivières, comme en Islande (p 37). La Normandie ducale va rompre avec les orgueilleux qui « accomplissent leur destinée » (p 38). C’est un peuple turbulent (p 84). Rolf sera enterré à Rouen, contrairement aux chefs Vikings qui sont brûlés avec leurs vaisseaux de guerre (p 53).

Après 918, Rollon obtient le contrôle de l’archevêché (p 41). Le Pays de Caux est occupé par les Danois, le Cotentin par les Norvégiens (p 42). Rolf va cumuler le pouvoir militaire scandinave et le pouvoir politique carolingien. Les autres Scandinaves vont le rejoindre pour le partage des terres. La Normandie deviendra le garde-meuble des pillages des Vikings qui organisent des ventes d’esclaves d’origine slave  à Rouen (p 43). Au 18e siècle, les hommes et les femmes normand-e-s viennent se louer librement dans les fermes, ce pays ayant toujours ignoré le servage (p 251). L’absence de servage est un fait exclusivement normand. Dans cet état ne vivent que des hommes et des femmes libres  (p 77). Iels servent le Duc et se servent eux-mêmes. Mais gare aux réfractaires. La révolte des paysans normands contre le Duc, en 997, sera mâtée avec des yeux crevés (p 63).

 

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La coutume danoise était le concubinage (dansche manere). Les Normand-e-s ont toujours manifesté du respect pour les filles-mères (= mères célibataires) (p 49). De ce fait, la bâtardise de Guillaume n’a pas été contestée par les Ducs quand Robert, son père, est parti en pèlerinage en Terre Sainte en 1033 où il est  mort à l’âge de 25 ans (p 69). Le clan maternel le protège des tentatives d’assassinat pendant l’enfance de Guillaume. Sa bâtardise est transforme en honneur (p 72).

 

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Par superstition, 10 ans avant l’an 1000, Richard fait construire le monastère de Fécamp (p 60). Sous Richard II, des moines du Sinaï fréquentent l’école ecclésiastique de Fécamp (p 65).

Aux alentours de l’an 1000, la pêche au gros rappelle que la Normandie était un pays maritime (p 61). Les Vikings étaient des marins et des guerriers, mais aussi des paysans et des marchands (p 51). De nature indomptable, ils continuent à ne vouloir aucun maître (p 121). Vers 1578, cent cinquante bateaux normands pêchent les bancs de Terre-Neuve et à l’embouchure du Saint-Laurent (p 224).

 

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La « chanson de Roland » a été créée par le Normand Turold. Elle évoque les guerriers de Charlemagne (p 103). Les Vikings utilisent le nom topt (= villa des Francs) et qui s’est transformé en tot pour signifier un « emplacement libre pour une construction ». Bec provient du vieux scandinave bekkr qui signifie « ruisseau ». Becquet signifie « petit ruisseau » (p 152). Beuf provient de budh et signifie « baraque ».  Dal signifie « vallée ». Gard signifie « jardin ». (En anglais, c’est garden, NDLR) (p 46). Presque tous les termes du vocabulaire naval (environ une quarantaine) viennent des Vikings : bâbord, bribord, équipage, quille, mât, coque, carlingue, étai, etc. Sur le rivage, on peut ajouter havres, varech, nez, raz, etc. (p 49). Arlette, en norrois, signifie « noble amour » (p 66).  Bayeux est la dernière ville à parler le norrois, le scandinave,  jusqu’au début des années 1100 (p 138). « Haro » est une vieille clameur normande pour exiger justice. L’expression est encore utilisée en 1382 (p 188). Morel se prononce Mouret, à la normande. Un g’va est un cheval, dans le patois au 19e siècle. « Tu mourras sous la batyire (bât) comme un quéton (un âne), tandis que mei, j’mourrai à la hauteur, sûs la selle d’un biau g’va ! » (p 318).

 

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La conquête normande de l’Angleterre va provoquer l’hémorragie des intellectuels, des cadres et des religieux  normands au détriment de la Normandie (p 116).

 

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Débuts des années 1200 : Marie de France deviendra la première femme de lettres de langue française. Elle s’est exilée en Angleterre avec d’autres irréductibles Normands qui ne veulent pas céder devant l’autorité du roi français, Philippe Auguste. Tous et toutes se placent sous la bannière de Jean sans Terre (p 163).

 

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Après 1262, la Normandie compte deux cent mille feux taxés (= propriétés agricoles appartenant à une aristocratie rurale), avec environ un million d’habitant-e-s (p 170). La Normandie possédait un million et demi d’habitant-e-s avant la guerre de Cent Ans. Il en reste 500 000 à la fin du XVe siècle. La peste est passée par là aussi (p 207). Quand Louis XIV révoque l’Edit de Nantes*, les protestant-e-s émigrent. On compte 180 000 migrant-e-s normands et 20 000 foyers sont abandonnés entre 1685 et 1700 (p 236).

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L’édit de Fontainebleau, signé par Louis XIV le 18 octobre 1685, révoque l’édit de Nantes par lequel Henri IV, en 1598, avait octroyé une certaine liberté de culte aux protestants du royaume.

 

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Louis X le Hutin* fait enfermer sa femme, Marguerite de Bourgogne, au Château-Gaillard, avant de la faire étrangler (p 175).

  • Louis X, dit « le Hutin », né le 4 octobre 1289 à Paris, mort le 5 juin 1316 à Vincennes, est roi de Navarre et comte de Champagne de 1305 à 1316 sous le nom de Louis Iᵉʳ et roi de France de 1314 à 1316, douzième de la dynastie dite des Capétiens directs.
  • Marguerite de Bourgogne est née vers 1290 et est morte (emprisonnée) en avril 1315 au Château-Gaillard.  Le 9 avril 1314, au lendemain de Pâques, à la surprise générale, la reine de Navarre ainsi que ses belles-sœurs, Jeanne et Blanche de Bourgogne, sont arrêtées sur ordre du roi. Elles sont accusées d’avoir entretenu une liaison adultère pendant plusieurs années avec deux chevaliers au service des princes, les frères d’Aulnay.  Louis aurait donc décidé d'en finir avec elle et de la faire étrangler dans sa cellule. 
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Au 14e siècle, les Normands ne possèdent plus de pouvoirs politiques dans leur région. Ils se réfugient dans le négoce, l’art ou la dévotion. Le Duché ne sera plus imité par l’Occident  (p 175).

 

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L’université de Caen est créée en 1432. Jusque-là, les Normands devaient traverser la Manche pour aller à Oxford pour y apprendre le droit (p 195).

 

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Des courtisans proposent d’appeler le nouveau port qui remplacera Harfleur ensablé, Franciscopolis.

Franciscopolis est le premier nom de la ville du Havre au moment de sa création par François 1er (p 212).

Louis XV visitera Le Havre en compagnie de madame de Pompadour en 1749 (p 247).

Des émeutiers prennent d’assaut la Tour François 1er le 15 juillet 1789 (p 266).

Onze mille tonnes de bombes ont été déversées sur Le Havre en septembre 1944 (p 337). Le nombre de civil-e-s normand-e-s décédé-e-s pendant la seconde Guerre mondiale n’a pas été publié. 30 000 mort-e-s ? 40 000 mort-e-s ? A Rouen, il y a eu plus de 1 000 décès, et au Havre, plus de 5 000. Trois villes ont été épargnées : Bayeux, Honfleur et Bernay (p 338).

On prévoyait 900 000 habitant-e-s pour Le Havre pour l’an 2000. NDLR : on en est loin. En fait, la région parisienne aspire les forces vives normandes (p 340).

 

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Au XVIIe siècle, Nicolas Poussin* est le plus grand peintre, mais reste longtemps méconnu. Paris lui refuse la consécration. Rome la lui donne. Nicolas Poussin passera sa vie en exil, refusant les intrigues de l’Académie (p 239).

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Nicolas Poussin, né en juin 1594 au hameau de Villers, dans la commune des Andelys, et mort le 19 novembre 1665 à Rome, est un peintre français du XVIIᵉ siècle, représentant majeur du classicisme pictural. Formé à Paris, il a exercé principalement à Rome à partir de 1624.

 

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Au 18e siècle, « Aguignette » est une chanson de quête pour le Nouvel An en Normandie, chantée le jour de Saint Thomas (p 256) :

Aguignette, miette, miette !

J’ons des miettes dans nos pouquettes,

Pour les jeter à vos poulettes.

Si elles pondent de gros œufs,

Mademoiselle donnez moi-z'en deux

Mais prenez garde de les casser

Si vous les cassez, vous me les paierez !

Aguignolo mon petit coco !

Bonne année, bonne santé

Couleur de rose

Fouille dans ta poche

S'il y a quéque chose….


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"Aguignette" par Josette Gibaux

 

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Camille Saint-Saëns est né à Paris en 1835, mais il est d’origine normande. Il est comparé à Victor Hugo pour son mauvais goût (NDLR : ?) et sa prolixité (p 298).

 

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Dans la Grande Armée de Napoléon, les Normands sont nombreux dans la Cuirasse de Cavalerie (p 277).

 

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Au 19e siècle, les Normands se penchent sur leur histoire.

La Manche : Duhérissier de Gerville,

L’Eure : Auguste Le Prévost,

Le Calvados : Arcisse de Caumont,

L’Orne : Léon de la Sicotière,

La Seine-Inférieure : l’abbé Cochet (p 310).

 

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Le mot « alcoolisme* » est apparu en 1863 (NDLR : ?), mais le mal est plus ancien. La « goutte » tue en Normandie. La carte de l’alcoolisme recoupe celle de la plus intense pratique religieuse et du vote ultra-conservateur (p 327).

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En 2021 :

L'alcoolodépendance (ou alcoolismeest une addiction à l'alcool qui a des conséquences néfastes sur la santé, la vie sociale et la vie affective. En France, on estime qu'environ 1,5 millions de personnes sont alcoolodépendantes et que 2,5 millions de personnes ont une consommation à risque.

NDLR : cela ne me paraît pas beaucoup….

 

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Pendant la seconde guerre mondiale, Montgomery* et Rommel**, descendants de huguenots normands émigrés, se battent sur la terre de leurs ancêtres (p 336).

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Entre le moment où Gabriel de Montgomery rentre en France, en décembre 1561, pour combattre dans les rangs protestants à l’appel de son ami François de Bricqueville, baron de Colombières, et où il établit un prêche à Ducey et 1574, date de sa mort violente et prématurée, se déroulent douze années de combat quasi continu.

L’Anglais Bernard Montgomery est un lointain descendant d’un chef viking installé près de Vimoutiers (sur Twitter).

** L’Allemand Erwin Rommel descend des Huguenots qui ont été obligés de quitter la région d’Exmes, dans l’Orne, pendant les guerres de religion (sur Twitter).

 

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Georges Marchais et Roland Leroy sont devenus réformistes, plutôt que révolutionnaires. Ils sont normands tous les deux (p 339).

 

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Jean Mabire, né le 8 février 1927 à Paris et mort le 29 mars 2006 à Saint-Malo, est un écrivain, romancier, journaliste et critique littéraire français. Ayant signé de son nom la plupart de ses textes, Jean Mabire a aussi écrit sous les pseudonymes de Didier Brument, Éric Dubecquet et Henri Landemer. 

 

Jean-Robert Ragache, né à Charleville, en Ardennes, le 12 janvier 1939, est un historien français qui a été grand-maître du Grand Orient de France

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Publié dans mes poésies

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