Salman Rushdie - Les versets sataniques.

Publié le par bmasson-blogpolitique

Salman Rushdie

Les versets sataniques.

Editions Gallimard – 1988

 

C’est inénarrable tant ce roman fourmille de personnages, de lieux et d’histoires sur 700 pages. Ses phrases peuvent durer sur douze lignes. Elles sont longues et il ne faut pas se perdre dans la suite des idées. Quel est le sujet et quel est le verbe dans cette phrase? (p 483). Ca ralentit la lecture et oblige à relire la phrase. Il ne termine pas toujours ses phrases. Il utilise de belles métaphores : « Un hélicoptère de la police urinait des jets de lumière dorée».

 

Quelques principes de l’auteur : « Quel genre d’idées es-tu » est sa définition de l’humain, de ses valeurs et de son imaginaire (p 175). L’imagination est plus forte que la vérité (p 214). Le langage, c’est le courage. Une idée énoncée devient vraie  (p 392). Un peuple qui croit à un mythe, malgré toutes les preuves du contraire, est ensommeillé ou fou (p 516). Le contraire de l’égalité c’est quand on doit obéir aux ordres (p 330).

Un écrivain gagne la postérité, peut-être pas l’éternité, quand il accepte la ruine de sa vie. Le diable a gagné (p 634). N’est-ce pas prophétique dans le cas personnel de Salman Rushdie ?

 

Les deux héros de ce roman passent de l’état d’humain à celui d’ange, de prophète, de démon et cela va les faire accéder à différents états, d’où leurs différents noms. Gibreel croit au monde du surnaturel (p 41). Gibreel raconte pourquoi il n’aurait pas explosé dans l’avion. Il l’a raté (p 380). Il faut bien une tentative d’explication rationnelle pour un acte fou. L’auteur se permet un jeu de mot avec « Tu m’as Allahbonne (= à la bonne ou abandonné ? NDLR) (p 134). L’ange Gibreel est le scribe du prophète Mahoud.

 

 

Saladin (= Salahuddin) est né en 1948. Il a treize ans en janvier 1961 quand il quitte Bombay pour rejoindre un internat dans un collège anglais (p 67). Il rêve d’intégration et adopte tous les codes vestimentaires et gestuels anglais (p 417). Un homme d’affaires a le sens de l’organisation et des règles (p 506). Salahuddin deviendra un homme sans foi qui peut se passer de Dieu (p 69). Quand il est en conflit personnel, son cerveau se bloque et Saladin tombe dans les pommes (p 80). Le changement dans sa tête est trop rapide. Hind pense qu’on s’évanouit par faiblesse (p 173). Pour justifier son succès, Saladin possède des biens : billets d’avion, argent, femme (p 94). Oups !

 

Les discours de Saladin et de Gibreel passent souvent pour des visions de folie aux yeux de leur entourage, et à leurs propres yeux aussi. Leur retour sur terre, après l’attentat qui a fait exploser leur avion au-dessus de la Grande-Bretagne, leur pose beaucoup de problèmes. Gibreel sera même soigné pour schizophrénie paranoïaque (p 594). Mais, ils ne sont pas les seuls à être fous. L’imam de Kensington est très, trop prudent. Mais on n’est jamais trop prudent. La paranoïa lui permet de survivre (p 290).

 

L’auteur nous fait voyager dans une multitude de pays. Nous partons au Bangladesh (Bang-la-dèche), en Inde, au Pakistan, en Grande-Bretagne, en Ecosse, dans l’Everest, dans la péninsule arabique, en Perse, etc. Les Anglais vivent sous l’eau, pendant des longs jours sombres (p 491). Le crachin anglais est d’une grisaille infinie (p 493). Londres est présentée comme terre d’asile en 1988. Elle préservait l’échelle humaine avec seulement une ou deux tours (p 555). On en bien loin en 2022 avec le Brexit et l’explosion des tours! Salman Rushdie dénonce les lois indiennes sur les pensions alimentaires qui sont plus réactionnaires que celles du Pakistan (p 736). Les religieux sectaires font monter la violence dans leurs mouvements religieux (p 738).

 

Le pardon et le non pardon sont des questions qui reviennent tout au long du récit. Rehka est nuageuse : « Maintenant que je suis morte, j’ai oublié le pardon, je te maudis » (p 22). Gibreel était pardonné en tous points, surtout sexuels (p 46). Puisque Gibreel est pardonné pour tout,  il ne comprend  plus quand il fait du mal autour de lui (p 47). Saladin, à Bombay, est de retour pour demander pardon. Mais est-ce uniquement pour le recevoir ou pour le donner ? (p 98). Pamela, la femme de Saladin, lui pardonnait son manque d’amour, mais ce fut son erreur (p 259). Quand Saladin s’aperçoit qu’il n’aime plus Pamela, il ne sait plus ce qu’il doit pardonner ou non (p 559). Les deux héros, Gibreel et Saladin  se retrouvent à Londres et ils se demandent : « Qu’est-ce qui est impardonnable ? » (p 530).  L’auteur raconte l’histoire d’un homme qui ne pardonna jamais à son amie d’avoir cassé un vase auquel il était très attaché, mais qui avait très peu de valeur. Par mesquinerie ? Par cruauté ? (p 561). Il devait être offensé qu’elle veuille briser leur amitié (NDLR).

 

Une scène ahurissante est hilarante. Elle raconte qu’un homme se met à couiner comme un cochon (p 229). Dans un pays où le porc est interdit, le marché noir est florissant et enrichit ceux qui en vendent. Pourtant, ce n’est pas facile de tuer un porc en secret, sans le faire couiner (p 525). Quand le chien de Pamela, la femme de Saladin,  a été enlevé par des pirates, elle a payé une rançon pour le récupérer et elle a constaté que le chien répondait à un autre nom que celui qu’elle lui avait donné (p 249).

 

Choisit-on de faire le Mal ou le Bien ? Choisit-on de faire le mal seulement au moment de le faire (p 600), (ou bien longtemps avant de le faire, NDLR) ? Niccolo Machiavel était un méchant, tout comme Mahomet-Mahon-Mahound un synonyme du mal (p 556). Il est plus facile d’être emporté vers le mal, sans retour possible (p 592).

 

Khalid, disciple de Mahmoud, parle des femmes qui pourraient devenir des déesses, par opposition aux vieilles grues, aux cigognes et aux sorcières (p 156).

La sorcière Hind peut transformer les hommes en serpent du désert, et les faire cuire avec leur peau pour le dîner. A soixante ans, elle ne vieillit pas (p 500). Hind sait faire remonter le temps en arrière (p 545).

Dans les versets, les femmes doivent être dociles, maternelles, bavardes seulement à la maison. En échange, elles obtiendront le Paradis.

Le docteur Uburu Simba griffait les femmes pour les faire taire (p 399).

Maslam ne veut pas de femmes vendeuses dans son magasin de trompettes (p 619).

L’Inde connaît la guerre des sexes (p 710).

Après la transformation de Saladin, sa femme ne veut plus de patriotisme, de Dieu et d’amour (p 365).

Pamela, enceinte, est alcoolique. On lui conseille : « Buvez un verre de vin au gingembre. C’est aussi bon pour le bébé » (p 625). Ouah !!??

Quand Jahilia* (nom imaginaire d’une ville arabe ? NDLR) adopte les cinq prières par jour et le refus de boire de l’alcool, ses femmes sont enfermées dans les maisons (p 522).

Il existerait des groupes de sorcellerie dans la police anglaise (p 626).

Ayesha, la sorcière aux papillons (p 673), exerce ses pouvoirs sur la foule et ceux-ci gardent leur force jusqu’au bout de l’épreuve (p 658).

Circé, la magicienne, transformait les hommes en porc (p 666).

 

Le Katha-Sant-Sagar** est plus long et plus merveilleux que les « Contes des mille et une nuits ».

 

Il décrit une tour en feu à Londres (en 1988, NDLR), quand Gibreel joue de sa trompette (p 610). En 2017, la tour Grenfell prend feu avec 71 mort-e-s, 8 disparu-e-s et 74 blessé-e-s!

 

La haine et l’amour sont liés. Par amour pour l’être aimé, on veut lui ressembler, et comme on n’y arrive pas, on le hait par la suite (p 593). Est-ce que l’amour dure plus que la haine ? se demande Chamcha (= Saladin) revenu à sa vie humaine (p 565).

 

Le cinéma est l’industrie de l’égoïsme (p 43). L’argent gagné au noir permet la luxure et les illusions (p 45). Un réalisateur est surnommé « Whisky-Sisodia » car le whisky est son « poison » préféré (p 474).

 

Les maquereaux prennent 90% des revenus des prostituées (p 636).

 

Talleyrand est un homme caméléon qui changea mille fois d’allégeances et de principes (p 287).

 

L’art de Picabia est considéré comme néofasciste car il est déshumanisé, puissant, brutal (p 435).

 

Il critique la chirurgie esthétique qui est la médecine de guerre moderne. Elle crée des êtres difformes (p 563) et il parle d’échecs (p 564).

 

*

La jâhilîya ou djāhilīya, désigne dans le Coran la période antéislamique, caractérisée par le polythéisme sur le territoire de l'Arabie. Le prophète de l'islam Mahomet avait attribué à un de ses opposants quraychites le surnom infamant d'Abû Jahl.

 

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Katha Shaant Sagar Sukhmaini Sahib Steek
1673.

Giani Kirpal Singh was theologian and writer. He studied Sikh Scripture,Philosophy,Theology and History.He set up a group of his own to preach Gurma.

Giani Kirpal Singh était théologien et écrivain. Il a étudié les écritures sikhes, 
la philosophie, la théologie et l'histoire. Il a créé son propre groupe pour prêcher Gurma.

 

Publié dans mes poésies

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