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Théâtre - Le livre de ma mère- Patrick Timsit

Publié le par bmasson-blogpolitique

Le Livre de ma mère

Théâtre

D’Albert Cohen.

Avec Patrick Timsit

 

L’amour excessif d’une mère pour son fils.

Il y a des femmes qui prennent la vie par un bout de la lorgnette et s’en accommodent. Elle voulait être une mère parfaite, et cette priorité et son abnégation ont provoqué, malgré elle, le rejet de son fils. Elle ne savait pas qu’elle devait l’éduquer pour lui permettre de vivre sa vie d’adulte sans elle. Elle voulait être la seule femme, l’unique amour dans le cœur de son fils et n’a pas pressenti que c’était un cadeau empoisonné. En se dévouant ainsi, elle mine les efforts des futures femmes qui côtoieront son fils qui, lui, culpabilise peut-être de l’avoir délaissée. La comparaison avec cet amour poussé à l’extrême est lourde à supporter. Et, dans le même temps, elle présente des facettes d’une mère commune à toutes les autres qui, quels que soient leurs efforts, subiront le départ de leur progéniture, voire leur ingratitude. Elle est passive devant tous ses caprices. En plein débat sur l’égalité Femmes/Hommes, ce portrait est saisissant et on comprend que les hommes soient habitués à ce que rien ne leur résiste.

« Fini, fini, plus de Maman, jamais. Nous sommes bien seuls tous les deux, toi dans ta terre, moi dans ma chambre. Moi, un peu mort parmi les vivants, toi, un peu vivante parmi les morts.»

 Le Livre de ma mère.

Patrick Timsit la fait revivre devant nous, et j’avoue que cette femme m’a fait sourire avec ses remarques de « mama juive » inquiète pour son fils, m’a attristée devant son choix de vie solitaire dévouée à « son dieu vivant » représenté sur terre par son fils, m’a irritée par sa longue plainte silencieuse devant cette vie qui ne lui offrait comme possibilité d’exister que d'être mère. Elle ne se rebelle pas.  Soumise aux volontés de ses deux hommes, elle n’a pas souhaité se soumettre à celles d’amies. Le père est absent dans ce récit. Dans ce duo mère/fils, il n’a pas de place. Ce mari  laisse à sa femme le rôle de mère. Il n’est pas regardant. Il travaille, ramène l’argent à la maison et lui délègue la responsabilité de l’éducation. Il n’exerce aucun contre pouvoir. Elle est dans la toute puissance qui ne connaîtra de limite qu’au départ de ce fils tant chéri qu’elle continuera d’adorer jusqu’à ses derniers jours. Elle représente l’oubli de soi, et la satisfaction de ses rêves et de ses ambitions se réalisera par le biais de ce fils qui en vivra une partie sans elle. Si elle cherchait à rester dans son cœur, avait-elle besoin de se sacrifier autant ?

Patrick Timsit a des envolées, il est convainquant, mais, par moments, il retombe sur son texte qu’il lit, texte que l’on découvre en même temps que lui. Ca ne dure pas et vite, il rejoue avec son public, usant de sa gouaille et de ses intonations qui nous réveillent et nous appâtent.

Son changement de tonalité va vers le plus grave. Il m’a fait penser à Nino Ferrer qui avait commencé sa carrière dans un registre joyeux, gaieté parodique qui l’a lancé et fait connaître, et qu’il a rejetée pour se tourner vers quelque chose de plus triste, plus personnel, regrettant presque son côté fanfaron des débuts. A croire que la gaieté légère est liée à la jeunesse…

Les spectacles de monologues, même s’il y a des coupures dans le récit avec des extraits de films vidéo et de la musique, coupures qui permettent de nous tenir en haleine ou de nous octroyer une récréation, ne sont pas ma tasse de thé. Contrairement à  Philippe Caubère dans un autre monologue sur Marseille, Marsiho d’André Suarès, Patrick Timsit joue sur les registres de sa voix pour nous amuser, nous émouvoir et nous raconter cette histoire. Il s’en sort bien et le public est emballé.

Musée du Petit Palais à Avignon

Entrée gratuite

 

Saint Jean l’Evangéliste

Bortolo di Fredi (Battilori)

Sienne

Connu depuis 1358 - Mort en 1410

 

 

Publié dans Théâtre

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Théâtre - Le portrait de Dorian Gray

Publié le par bmasson-blogpolitique

Le portrait de Dorian Gray.

D’après le roman d’Oscar Wilde

Mise en scène de Thomas Le Douarec.

Avec :

Valentin de Carbonnières

Caroline Devismes

Fabrice Scott

 

Si son portrait vieillit à sa place, cela n’empêchera pas à Dorian de mourir. Et quelle mort ! En attendant, son parcours de vie le pousse à rechercher tout ce lui semble bon pour flatter son ego quelque peu surdimensionné. Narcissique, Dorian a passé un  pacte avec le diable. Mais, c’est dur et compliqué de rester jeune quand les autres vieillissent. Il s’isole. Son statut l’isole.

 

Les femmes l’intéressent. Mais quelle place leur accorder dans cette vie d’esthète ? Wilde a le sens de la formule. En voici quelques extraits :

« Pour lui plaire, dis-lui qu’elle paraît plus jeune que sa fille. » (coquette)

« Il n’y a pas de génie féminin. » (si elle est intelligente, c’est limité)

« Les femmes forment un sexe purement décoratif » (belle dans le meilleur des cas)

« Ne cherchez pas à les comprendre, aimez-les. » (utile)

« La femme n’a qu’un moyen de transformer un homme : c’est de l’ennuyer. » (Inintéressante)

« Ah, cette infernale mémoire des femmes ! Quel épouvantail ! Et quelle stagnation complète de l'intelligence elle trahit !» (non douée d’intelligence)

Ces stéréotypes du 19e siècle sont, hélas, encore partagés par certains de nos congénères masculins du 21e siècle….

 

Quand Dorian Gray tombe amoureux pour la première fois, il lui découvre un visage de fleurs. Sybil Vane doit le faire rêver. C’est le rêve qu’il aime et qu’elle doit faire vivre.

 

« Tu seras toujours aimé et amoureux de l’amour. »

 

L’actrice est pétillante, drôle, coquine, élégante, débraillée, dans ses trois rôles féminins de l’actrice qui joue dans « Roméo et Juliette », de la baronne et de la fille du peuple.

 

Dorian est maniéré à souhait, jusqu’au bout des doigts, précieux, imbu de lui-même, cruel, sans remord, romantique, serial killer, colérique éruptif et dangereux, injuste, épouvanté et épouvantable. Il ressemble à Tony Curtis. Il ne recherche pas le bonheur, mais uniquement le plaisir.

 

«  - J’ai donc tué Sybil, dit Dorian.

-         Certes ! Mais il ne faut pas te laisser abattre ! » lui répond Harry.

S’il ne l’a pas tuée directement, il l’a poussée au suicide en lui retirant son amour, de manière brutale. Harry le soutient dans une fraternité masculine. Les femmes comptent peu...Alors, leur mort?

 

Sans oublier le troisième acteur, le peintre Basil Hallward, dramatiquement amoureux de Dorian. Sa passion lui permet de transcender son art. Mais Dorian s’en détournera aussi.

« L’art n’est qu’un reflet. »

« Sans ton art, tu n’es rien. »

« L’art cache plus l’artiste qu’il ne le révèle. »

 

 

 

J’ai enfin approché ce roman qui a tant scandalisé à l’époque de l’Angleterre victorienne, hypocrite et orgueilleuse. Il critique l’aristocratie et la haute bourgeoisie avec leurs moeurs corrompues. La prostitution a cours mais l’homosexualité est interdite. L’immoralité de Dorian a choqué, tout comme la vie de son auteur. Et les raillés n’attendront que leur heure pour se venger. Mais, après le mariage pour tous, loi adoptée en 2013, cette pièce est un témoignage d’une époque intolérante.

Oscar Wilde misogyne ? Oui, on ne peut pas le nier. Il y a beaucoup d’homosexuels qui n’aiment pas les femmes…

Le metteur en scène renoue avec la tradition : les trois coups sont frappés et il présente ses acteurs à la fin du spectacle. Il conclut avec la citation :

«Visez toujours la lune. Même si vous la manquez, vous atterrirez parmi les étoiles. »

 

Wilde considérait que le Portrait de Dorian Gray était son œuvre la plus personnelle. « Dorian Gray contient trop de moi-même, Basil est ce que je pense être, Harry ce que les gens pensent que je suis et Dorian ce que j’aurais aimé être en d’autres temps. »

Elisabeth de Gramont

Au temps des équipages - Mémoires

Les Cahiers Rouges – Grasset – 2017 – Première édition en 1928

 

P 165 :

« La vue de lord Alfred Douglas, passant en hansom au côté d’Oscar Wilde, déchaîna chez son père, the marquess of Queensbury, la colère initiale qui poursuivit le poète jusqu’au bagne. »

« Whistler est, avec Oscar Wilde, un des premiers esthètes. Il s’entoura d’un mobilier significatif. » p 172

Oscar Wilde 
"La beauté est dans les yeux de celui ( et de celle, NDLR) qui regarde" 
Valence
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« La nouvelle génération est épouvantable. J'aimerais tellement en faire partie ! »

Oscar Wilde      

NDLR: il l'a payé cher. 

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" Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d'entre nous regardent les étoiles."

 

Oscar Wilde

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 Henri de Toulouse-Lautrec 

1864 - 1901

Oscar Wilde 

1854 - 1900

Musée d'Orsay 

 Oscar Wilde était un écrivain irlandais.

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"La meilleure façon de résister à la tentation, c'est d'y céder."
Oscar Wilde 
Paris 
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La fin demain - Zirkus Morsa

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A Port-Saint-Louis-du-Rhône.

Jeu convivial entre deux personnages qui se rencontrent autour d'une planche et d'un rouleau de bois.

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Costumes à la maison de Jean Vilar - André Gide - Sophocle

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Antigone de Sophocle:

 

Antigone de Sophocle

Régie de Jean Vilar

Costume Gustave Singier, 1960

Antigone: Catherine Sellers

 

Antigone de Sophocle

Régie de Jean Vilar

Costume Gustave Singier, 1960

Eurydice: Marcelle Ranson

 

Antigone de Sophocle

Régie de Jean Vilar

Costume Gustave Singier, 1960

Ismène: Christiane Minazzoli

 

 

Naples 
Musée national d'archéologie.
Sophocle 
4e siècle avant J-C.
 
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Œdipe d'André Gide

 

 

André Bourdil

 

Portrait d’André Gide

 

Huile sur panneau, 1943

 

Ce portrait fut peint à Tunis le 5 avril 1943, lors du dernier séjour de Gide au Maghreb.

Uzès

 

Théo Van Rysselberghe

Portait d’André Gide

Bronze, vers 1910-1920

Uzès

Solange de Bievre

Portrait-charge d’André Gide

Huile sur toile, 1935

 Uzès

André Dunoyer de Segonzac

Portrait d’André Gide, 1947

Uzès

Madeleine Gide à Cuverville

Photographie

Archives J. Drouin

Le château de Cuverville

Michel del Castillo

De père français

Collection Folio, Gallimard. 1998

 

p97 :

Il (=son père) m’offre ce qu’il a de plus précieux, ce pays qu’il aime, la France. Je lui en sais gré, je partage sa passion des campagnes. Il me conduit à Cuverville où son ami d’enfance Dominique, qui a épousé une de ses cousines, nous reçoit. Suis-je étonné de me retrouver dans la maison de l’écrivain maudit dont, en Espagne, je dévorais les livres sans tout à fait les comprendre ? Je voudrais répondre oui. En réalité, j’avance dans un rêve. »

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« Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu’écrit la raison. Il faut demeurer entre les deux, tout près de la folie quand on rêve, tout près de la raison quand on écrit. »
André Gide

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André Gide

Si le grain ne meurt

Editions Gallimard – 1955

 

Il est le roi du subjonctif passé. « Soit qu’elle vinsse », « soit nous allassions à Cuverville », mais la lecture est aisée (p 94). Il n’aime pas le théâtre et part après la première partie d’un spectacle qu’il trouve « conventionnel, prévu et fastidieux » (p 168).

Il commence mal sa scolarité. Il est renvoyé de l’école à cause de sa masturbation en classe de  9e, à l’âge de 8ans, en 1877 (p 65). Son père meurt de tuberculose intestinale, sans être soigné, car « on ne la reconnaissait pas », en 1880 (p 90). André Gide aimait obéir et n’aimait pas dissimuler, ce qu’il apprendra à faire plus tard (p 198).

A ses douze ans, après le décès de son père, sa mère loue un appartement à Montpellier. Ne cuisinant pas, elle fait venir par un traiteur de la ratatouille (p 104). Elle se fait coiffer tous les jours pendant une demi-heure. Sa femme de chambre lui fait mal. André Gide décrit ce rituel  sur deux pages ! (p 154) Sa mère avait l’ambition qu’il écrive ses propres textes et qu’il crée lui-même (p 238).

Sa tante était une forte femme capitaliste (p 98). Sa cousine Gide, pour déshériter sa fille, la comtesse de Blanzey, voulait donner un Mignard au Louvre (p 254).

Il tombe pour la première fois amoureux d’un garçon, lors d’un bal (p 87). Il est ensuite amoureux de Lionel, de la famille de Guizot*, en Normandie, à la Roque, située entre Caen et Lisieux. Leur relation platonique continue jusqu’à ses quinze ans (p 172).

Il tombe « amoureux » d’Emmanuèle (= pour sa cousine Madeleine, il éprouve un amour mystique, NDLR) à cause de son chagrin. Elle a découvert le secret de la trahison de sa mère (par infidélité ? NDLR) et elle ne peut prévenir son père (p 125). Il rêve de l’épouser.

Au Pouldu, il rencontre Paul Gauguin et mange avec deux autres artistes (p 243). Il fréquente le salon de Mallarmé (p 262). Il cite Nietzsche : « Tout artiste n’a pas seulement à sa disposition sa propre intelligence, mais aussi celle de ses amis » (p 257).  Chez Heredia**, il y a un salon pour femmes et un fumoir pour les hommes (p 262). Il suit les traces de Jean-Jacques Rousseau. Il séjourne à Val-Travers***, dans le Jura et comprend, devant l’attitude des habitant-e-s, le « mauvais vouloir, les méchants propos, les regards haineux, les moqueries » que Rousseau a subis (p 323).

Il écrit son premier livre, à l’âge de vingt ans, à compte d’auteur, payant l’éditeur au poids du papier, sur le thème de la chasteté et de la masturbation, « Les cahiers d’André Walter » (p 246). Il avait de quoi vivre. Sa mère lui verse de l’argent mensuellement, pris sur la part de l’héritage de son père. Il a pu ainsi éditer ses autres livres, mais en moins d’exemplaires que le premier. Il veut penser librement et ne veut pas être dérangé (p 250).

La dernière partie relate son « tourisme sexuel ». Ali, jeune adolescent porteur à Sousse, s’offre à lui dans les dunes. C’est sa première relation homosexuelle. Il a eu besoin de prendre ses distances avec la France pour s’éloigner des conventions sociales européennes et franchir le pas (p 299).

Il explique comment s’organisait la prostitution à Sousse, avec les jeunes femmes de la tribu de Oulad Naïl. Elles se vendent en ville pour se constituer une « dot » pour se marier. Souvent, elles ne reviennent pas dans leur tribu (p 303).

Lui, en proie à ses doutes sur sa réelle homosexualité, s’offre les services d’une jeune prostituée de seize ans, Meriem. Il s’imagine, pendant l’acte, dans les bras de Mohammed. Puis il tombe amoureux du petit Mohammed, à moitié nu sous ses vêtements (p 307). Avec une femme plus âgée, l’essai est négatif (p 311). Il tente un troisième essai avec une prostituée à Rome. C’est l’échec encore (p 314).

Il fréquente Oscar Wilde en Algérie, même si c’est compromettant, à la veille de son procès en Grande-Bretagne (p 331). Pierre Louÿs****, avec qui il voyage et qui a rompu avec Wilde (étaient-ils amants ? NDLR), relate un mariage homosexuel dont lui ont parlé ses amis britanniques à Londres. C’était exquis (p 329). Wilde raconte qu’au Savoy, les Anglais n’aimaient pas le couple qu’il composait avec Douglas. Ils n’aiment pas ceux qui s’amusent (p 334).

 

L’amant de Wilde, lord Alfred Douglas*****, a « horreur des femmes » André Gide en est choqué, lui qui ne va pas regretter le décès de sa mère qu’il juge trop rigoriste et moralisatrice! Gide est surpris de voir Wilde céder en tous points à Douglas. Il trouve qu’il se laisse mener par lui (p 331). Douglas, quant à lui, fantasme sur les deux fils de Wilde, surtout sur Cyril****** (p 335)

Gide relate ses nuits de débauche avec Wilde, entraînant avec eux deux adolescents, dans la périphérie d’Alger. Il sera à la recherche des sensations de volupté qui lui permettent d’accéder à l’épuisement total, à la suite de la première nuit avec un autre Mohammed (p 343). Deux ans plus tard, il assiste à un rapport sexuel entre Daniel B, un adulte, et Mohammed. Il s’étonne de sa « soumission » (p 346). Par contre, il aime la « docilité » d’Athman qu’il prend pour amant (p 353).

Il ne veut pas que celui-ci soit malhonnête, mais tolère qu’il soit un proxénète ( !!! NDLR). Il utilise la honte pour se justifier dans ses contradictions  (p 352).

Il renoncera temporairement à amener Athman en France, pendant quatre ans, devant la pression maternelle et familiale (p 355).

 

 

*

François Guizot, pour l'état civil François Pierre Guillaume Guizot, né le 4 octobre 1787 à Nîmes et mort le 12 septembre 1874 à Saint-Ouen-le-Pin, est un historien et homme d'État français.

 

**

José-Maria de Heredia, né le 22 novembre 1842 à Cuba et mort le 3 octobre 1905 en France, est un homme de lettres d'origine cubaine. Né sujet espagnol, il a été naturalisé français en 1893. Son œuvre poétique a fait de lui l'un des maîtres du mouvement parnassien.

 

***

Jean-Jacques Rousseau y élut domicile en juillet 1762.

« Je trouvais le séjour à Môtiers fort agréable et pour me déterminer à y finir mes jours, il ne me manquait qu'une subsistance assurée ; mais on y vit assez chèrement ».

Rapidement, les écrits de Rousseau sont condamnés par le pasteur du village et le 6 septembre 1765, des habitants lancent des pierres contre son habitation. Jean-Jacques Rousseau se fait sauvagement chasser par les Môtisans, réfractaires à ses idées progressistes. Le 8 septembre, il quitte définitivement la bourgade pour l'île Saint-Pierre sur le lac de Bienne.

 

****

Louÿs a la réputation bien établie d’un érudit farfelu qui a défendu avec ferveur et opiniâtreté la thèse que Corneille était l’auteur des tragédies de Molière, et, surtout, d’un érotomane invétéré, collectionneur de photos érotiques presque toutes prises par lui-même et auteur de centaines de textes et de poèmes de caractère souvent franchement pornographique.

 

*****

Alfred Douglas, né à Powick dans le Worcestershire le 22 octobre 1870 et mort à Lancing dans le Sussex de l'Ouest le 20 mars 1945, est un poète anglais, fils de John Douglas, 9ᵉ marquis de Queensberry.

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À Richebourg, la tombe méconnue du fils aîné d’Oscar Wilde, mort à la guerre.

« Cyril Holland ». À lire ce nom gravé sur une stèle du cimetière Saint-Vaast Post, à Richebourg, qui se douterait que repose ici le fils aîné d’Oscar Wilde ? Fauché par l’ennemi le 9 mai 1915, il dort sous l’herbe avec 890 de ses frères d’armes. Retour sur son histoire.

La Voix du Nord.

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André Gide pédocriminel. Peut-on le lire aujourd'hui ?

NDLR : bien sûr qu’il faut le lire pour comprendre et déjouer leurs crimes. Il a été entraîné et a  entraîné dans son sillage un nombre important d’hommes. Ce qui était toléré de son vivant ne l’est plus. Et c’est tant mieux.

Peut-on encore lire André Gide aujourd’hui? Yann Moix consacre le premier numéro de la revue littéraire « Année zéro » à la vie et l’œuvre de l’écrivain.

(…) « Il est oublié et il est inadmissible. Son œuvre ne respire plus vraiment, sinon la naphtaline  donc on a essayé de « dénaphtalinisé » et en même temps c’est une œuvre qui est difficile à lire aujourd’hui pour des raisons morales. Il y a un dossier sur la pédo-criminalité de Gide et donc plutôt que de cacher cet aspect du personnage, nous l’avons pris à bras le corps. »

(…) « Il est très important que les œuvres puissent se dire. Je crois que plutôt que de savoir s’il faut séparer l’œuvre du personnage, il faut raisonner au cas par cas. De temps en temps on peut séparer l’œuvre de son auteur, de temps en temps on ne peut pas, de temps en temps on doit, et de temps en temps on ne doit pas. »

NDLR : je ne pense pas que l’on puisse séparer l’œuvre de l’homme ou de la femme. Il n’y a pas de cas par cas, ni de devoir au cas par cas. Trop facile !

(…) Pour Yann Moix, l’image est en train de tuer le livre mais celui-ci reprend sa place de clandestinité car il est réservé non pas à l’élite, mais aux gens pour qui la littérature est nécessaire et vitale.

NDLR : Yann Moix est une personnalité controversée.

(…) Ce sont surtout les révélations de L'Express qui ont jeté une ombre sur l'écrivain de 51 ans, qui a reconnu être l'auteur de caricatures antisémites et de textes négationnistes.

(…) Le romancier, qui fut chroniqueur d'"On n'est pas couché" pendant trois saisons, inaugurera la nouvelle formule de l'émission.

 

André Gide  
Musée des Arts et Métiers 
Paris

 

En 1928.
Via Getty Image.
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La tragédie grecque.

Son rôle était politique et permettait une distanciation avec la réalité. Contrairement à l'immédiateté des réseaux sociaux actuels. La vengeance y était apprivoisée.

Olivier Abel, philosophe.

"L'Humanité"

05 22

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Le théâtre de Ricardo Montserrat à Avignon

Publié le par bmasson-blogpolitique

Ricardo Montserrat

 

Né de l’exil en 1954 en Bretagne d’antifascistes catalans, Ricardo Montserrat trouve très tôt dans le théâtre un espace où concilier engagement et liberté.

Au Chili, il y a perdu deux êtres chers.

Son goût de l'ironie, de la moquerie, de la joie de vivre lui a été donné par son père qui était clown pour apporter aux détenus de la gaieté et de la réflexion pendant son internement au camp d'Argelès, pendant la guerre d'Espagne.

Ricardo est rentré en France en 1992.

 

Il était l'invité du Mouvement de la Paix et s'est produit lui-même au théâtre de la Rotonde.

Puis sa pièce de théâtre a été jouée devant l'assistance.

Il lit un passage d'une de ses pièces de théâtre; "Les " Trente glorieuses " sont remplacées par les "Trente heureuses " encadrées par les CRS."

« Les services publics sont les travaux forcés. Pas de muraille à Avignon, pas de chemin de fer sans sacrifices. »

« Des parties de son costume sont faites par des esclaves thaïlandaises. 470€ pièce ! Et je ne parle pas des boutons de manchette...Je veux qu'on mette en cabane ceux qui ont osé arracher ma cravate à 1 000€. Comment avez-vous oser jeter dans les toilettes ma Rolex à 48 310 € ? »

"Vous allez à l'Assemblée Nationale sans culotte, sans dents, sans cravate  et ...sans chemise aussi?

Rolex, place Vendôme, Paris

« Touchez ce bureau offert par le Führer en personne pour me remercier d'avoir construit le mur. Le Reich vous sera reconnaissant d'avoir sauvé l'Europe de la racaille judéo-bolchévique. »

 Les travailleurs grecs travaillent comme des (claquement de doigt) ! Quand je pense que vous avez tagué le nom de la loi « Belle connerie » et le tableau qui représentait mon grand-père au côté des Lafarge, des Batignolles, des Bouygues, ces vaillants patrons qui, en pleine guerre, ont donné du travail à des dizaines de milliers de youpins ! Ces Espingouins, ces Polacks, ces ritals, ces bronzés, sans ces bâtisseurs, auraient crevé de faim. »

Tag de banquiers et de généraux catholiques

Barcelone

« Vous construirez des pont par-dessus les mers. Des chemins de fer. Nous reconstruirons un monde tout neuf. Nous vous empêcherons d'y entrer. Vive la reconstruction ! Elle se fera avec ou sans vous, bande de rats. Guerre aux terroristes syndicaux ! »

 

« Quelle Clownerie la guerre » de Ricardo Montserrat interprété par Catherine Allias et Laurent Dallas

 

Voici ce qu'il a dit avant le spectacle :

« Sa pièce de théâtre est écrite en hommage à son père. Les réfugiés espagnols ont été placés, par – 15°, sur la plage d'Argelès sous la protection des secours rouges qui sont devenus plus tard le secours populaire. La frontière a été fermée pendant plusieurs jours. On a tout pris aux détenus espagnols : leurs bijoux, leur argent. N'ayant rien pour se loger, ils se lovaient dans des trous de sable. Le camp était cerné de barbelés. Les conditions de vie étaient dures, extrêmes. On n'en revenait pas vivant. Les espagnols ont eu le choix entre l'Argentine et la France. Son père a choisi le pays des droits de l'Homme. Chaque nuit, les femmes du camp étaient violées jusqu'à leur révolte. L'armée a mis les femmes dans un train qui a traversé toute la France. Les hommes sont allés dans les Pyrénées. 6 000 hommes sont morts durant la première année. La guerre avec l'Allemagne n'était pas encore commencée. Pour survivre, son père a fait le clown. Les prisonniers ont fait de la culture.

Comme en Espagne, il y a une guerre qui est menée contre notre peuple. En Espagne, les grandes banques finançaient Franco parce que ce que la guerre détruit doit être reconstruit et cela leur rapporte beaucoup.

Son père allé à Mauthausen. Il a imaginé le rôle de clown composé par son père, ne l’ayant jamais vu faire et l'ayant connu sombre à son retour du camp de concentration.

Il veut que l'on se rappelle que ce sont les Espagnols qui ont libéré Paris avec les Italiens. Ils étaient nombreux dans la Résistance (18 000 au sud et 8 000 au nord). »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bienvenue aux réfugiés

L'Etat quitte le navire

Tag à Marseille

Tag d'homme

Avignon

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Théâtre "Avanti !"

Publié le par bmasson-blogpolitique

Avanti !

Avec Ingrid Chauvin, Francis Huster, Alice Carel, Thierry Lopez.

 

Samuel Taylor est un dramaturge américain né en 1912 et décédé à l'âge de 88 ans.

 

C'est l'histoire de deux orphelins qui se rencontrent autour de la recherche du cercueil de leurs parents, morts dans un accident de voiture près de Rome. Ils vont s'aimer, se détester, se réconcilier. Lui ne brille ni par son courage, ni par son empathie. Il reflète le profil du parfait dirigeant capitaliste froid et cynique. Il est toujours en colère. Quel ours ! Que peut bien lui trouver notre jolie actrice anglaise ? Amoureux, il devient un peu plus humain.

Tag d'ours à Avignon

Heureusement, Ingrid Chauvin est légère, joyeuse et séduisante.

Mais la grande découverte en tant qu'acteur, celui qui éclipse les deux vedettes, celui qui s'est fait applaudir en ovation à la fin du spectacle, c'est l'Arlequin de la pièce, ce « Dieu, ange-gardien du destin du couple », et qui se nomme Thierry Lopez. Il est éblouissant, facétieux, charmeur, imprévisible, surprenant, drôle, ingénu. Il aime son Italie, la danse, la vie, l'amour et tout dans son jeu s'en ressent. Il sait nous communiquer sa joyeuse vision de la vie. Merci !

Francis Huster

Ingrid Chauvin

 

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Anna Karenine

Publié le par bmasson-blogpolitique

Anna Karenine

Avec Emeline Bayart, Xavier Boiffier, Golshifteh Farahani, Sabrina Kouroughli, Xavier Legrand, Manon Rousselle, Igor Skreblin, Stanislas Stanic, Alexandre Steiger

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"Hyacinthe et Rose" de et avec François Morel - Les roses - Tulipes

Publié le par bmasson-blogpolitique

Tapis de fleurs - Tu es unique

Tapis de fleurs - Tu es unique

Théâtre

09 2016

Hyacinthe et Rose

Avec François Morel et Antoine Sahler

Texte et mise en scène : François Morel

François Morel, dans la fleur de l'âge, égrène ses souvenirs d'enfance parfumés des senteurs des fleurs qu'aimaient tant ses grands-parents et qu'il hume maintenant avec nostalgie et tendresse comme une fleur-bleue. Tel un gros bourdon bien dodu, en jaune et noir, il butine parmi ses souvenirs lors de ses séjours chez ses aïeux, il ameublit le terreau affectif familial, il bouture le plus petit détail, il défriche les caractères de chacun, il composte* les colères, il ébranche les ramifications adolescentes, il fume la soupe bien chaude et fumante, il rempote la gentillesse de sa grand-mère, il repique l'inquiétude féminine devant ses premiers amours.

Hyacinthe, le prénom de son grand-père rappelle la jacinthe qui annonce le printemps. Lui, c'est le « coco » qui annonce la révolution. Rose, la grand-mère, est une rose piquante et belle à la fois. Comme la fleur la plus cultivée au monde, elle participe à l'éducation des enfants.

Emu par ses pensées, il évoque malicieusement les sermons du curé de son village qui adorait, lui aussi, les fleurs et particulièrement le jardin bien entretenu de Rose et de Jacinthe dont le parterre est comparé à un Eden floral, à un tableau impressionniste, à une merveille de la nature, à un régal pour les sens olfactifs et visuels, à un Eldorado du jardinier-poète-créateur d'un univers merveilleux, parfait et irréel.

*

Philippe Favier 
Saint-Etienne, 1957
Bad reliefs 
Le chemin des composts 
Musée des Beaux-Arts 
Valence 
 
En référence au chemin de Saint-Jacques de Compostelle.
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Gustave Doré (1832 - 1883)

Le néophyte vers 1868

Il décrit les explications des livres (« mais où vont-ils chercher tout ça ? ») sur les charmes des fleurettes et tombe sur l'expression des poils soyeux de quelques corolles pigmentées qu'il transforme en « A poil, Soyeux ! ».

Il a le souci de retranscrire les dialogues fleuris entre ses grands-parents. Il nous relate le langage des fleurs, avec leurs passions, leurs espoirs, leurs trahisons. Leur couleur est interprétée, discutée, annotée. Les marguerites ont recueilli le grand-père rassis comme une brouette, bourré comme un coing. Il cisèle le suicide raté au chou-fleur, les tulipes* rousses comme les poils du chat, sa rivalité jalouse avec son cousin, ses jeux avec les boutons d'or (« t'as mangé du beurre ou pas ? »).

L'émotion est à fleur de peau, la musique joint une note poétique aux propos de l'artiste. A l'aune de la fleur d'innocence, il lustre un portrait doux et parfumé de son enfance.

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*

Des tulipes à "East Ruston gardens".
Old Vicarage.
England.
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« Ceux qui aiment les fleurs ont un cœur ressemblant à cette fleur. »

Marcel Proust

« La matière est réelle parce qu'elle est une expression de l'esprit. »
Marcel Proust

Roses à Blois

 

 

 

 

 

 

 

Le Blé en herbe

Colette

La narratrice décrit l'amour en le comparant avec les roses:

"L'amour changeait l'essence de leur tendresse comme l'eau colorée qu'elles boivent change la couleur des roses."

 

 

 

Redoute P.J.

1828 - 1829

Rosier à feuilles de céleri

Rosa Centifolia Bipinnata

Redoute : Chevalier de  l’ordre royal de la Légion d’honneur, peintre et professeur d’iconographie au muséum d’histoire naturelle.

Les roses peintes par P.J. Redoute et décrites et classées selon leur ordre naturel par A.C. Thory, publiée sous la direction de M. Pirolle, auteur et jardinier amateur.

Troisième édition

Paris, Dufart, ed

Musée Requien

Avignon

 

 

Rosa noisettiana

Blush noisette

1814

Château-Thierry

 

Rosa noisettiana

Bouquet d'or

1872

Château-Thierry 

 

Rose

Burgondy ice

Château-Thierry

Rose

Lavander dream

Château-Thierry

 

Rose 

Prestige de Bellegarde 

Château-Thierry

 

 

Fleurs

Eclosion des roses

D’avril à juin 2020

Réalisé par

Brigitte Masson

 

Musique sur:

https://soundcloud.com/ulv-orn-bjornsson    

 

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Graph 

Le Tréport

Rosier.

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"Interview" de Nicolas Truong - Avignon IN - Pasolini

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Interview

Nicolas Truong

Avec Nicolas Bouchaud et Judith Henry

Avignon IN

07 2016

Spectacle conçu à partir de :

Chronique d’un été, film d’Edgar Morin et Jean Rouch (Argos Films, 1961)

Années 1960, Edgar Morin demande :

« Etes-vous heureux ? »

Mais dans notre 21e siècle, quand l’individualisme règne, peut-on poser la même question, et pourquoi pas celle-là :

« Que partageons-nous avec les autres humains ? »

Entretiens avec Yves Bonnefoy, dans Le beau danger, Michel Foucault ‘Editions de l’EHESS, 2011)

Journal 1966-1971 de Max Frisch, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main (1973, Editions Gallimard, 1976, pour la traduction française)

Max Frisch (15 mai 1911 à Zurich - 4 avril 1991 à Zurich) est un écrivain et architecte suisse alémanique.

Membre du Groupe Olten, il est considéré comme faisant partie des écrivains les plus importants de la littérature de langue allemande de l'après-guerre. Dans son œuvre, Frisch a particulièrement prêté attention aux problématiques d'identité personnelle, de morale et d'engagement politique. L’ironie est une caractéristique significative de ses publications d'après guerre.

Frisch, dont l'oeuvre est en grande partie autobiographique, a publié à deux reprises un Journal de son cru concernant les années 1946-1949 puis 1967-1972 (tous deux traduits chez Gallimard). (Le Monde, 2013)

Ecrit en 1957, on considère qu'il fait aujourd'hui partie des œuvres en prose les plus connues de Max Frisch. Traduit en plusieurs langues, il a été adapté au cinéma en 1991 par Volker Schlöndorff sous le titre Homo Faber . Une nouvelle adaptation cinématographique a été faite en 2014 par le réalisateur suisse Richard Dindo sous le titre Homo Faber (Trois Femmes)

Le philosophe masqué, entretien avec Christian Delacampagne (Le Monde, février 1980) dans Dits et écrits de Michel Foucault (Editions Gallimard)

Christian Delacampagne (né le 23/12/1949 à Dakar et mort le 20/05/2007 à Paris) est un philosophe et écrivain français

Historien des idées, il fut un auteur prolifique et inclassable. Il assigne à la philosophie la tâche de mettre en évidence les mécanismes de domination et d'oppression à travers l'Histoire. Ses recherches ont porté en particulier sur le racisme qu'il tente de distinguer de la xénophobie, sur le « choc des civilisations» contre lequel il s'incrivait en faux et sur l'Art, notamment la peinture et l'art brut, auquel il s'est très tôt intéressé.

Les effets du bon et du mauvais gouvernement, fresque d’Ambrogio Lorenzetti (Palazzo Pubblico, Sienne, 1338, Scala Archive, Paris 2016 et Leemage, Paris)

Cette distinction en trois registres sur chaque mur permet une continuité de la lecture de l’un à l’autre tout en donnant une place de choix à la figure de la Paix, qui occupe le centre du mur Nord et peut ainsi organiser l’ensemble de la composition. Le mur Ouest présente la ville sous le gouvernement injuste de la Tyrannie. Le mur Est présente quant à lui un monde dominé par le sentiment de la sécurité

L’abécédaire de Gilles Deleuze (Lettre Q) film de Michel Pamart (1988)

Composé de huit heures d'entretien avec le philosophe français Gilles Deleuze, l'Abécédaire est le seul film consacré à ce penseur qui a toujours refusé d'apparaître à la télévision. Il accepta pour cette unique fois une entrevue avec une équipe de télévision, à condition que ce film prenne la forme de conversations entre lui et son ancienne élève et amie Claire Parnet et qu'il soit diffusé après sa mort.

L’Ultima intervista di Pasolini de Furio Colombo et Gian Carlo Ferretti (Avagliano Editore, Rome et Editions Allia, 2010, pour la traduction française)

Cet entretien s’est déroulé samedi 1er novembre 1975, entre quatre et six heures de l’après-midi, quelques heures à peine avant l’assassinat de Pasolini.

07/2017:

Le meurtrier de Pier Paolo Pasolini est mort.

Un mystère qui reste entier

«Pino Pelosi était la seule personne qui aurait pu faire la lumière sur la mort de Pier Paolo Pasolini. Avec sa mort, il ne nous reste que les résultats des examens scientifiques», a déclaré Stefano Maccioni, l'avocat d'un cousin du cinéaste, selon la même source. Pino Pelosi avait affirmé qu'il venait de sortir de l'Alfa Romeo du réalisateur quand «au moins six personnes» sont arrivées à bord de deux voitures et une moto. Il faisait nuit, il n'a pas vu leurs visages.

 

"La Longue route de sable" de Pasolini : un regard à la fois poétique et sociologique sur l'Italie.

Quelques mots d'Alberto Moravia

« Pier Paolo Pasolini haïssait la violence, et malheureusement la violence l’a fracassé. C’était un homme courageux, bien plus courageux que beaucoup de ses concitoyens et de ses contemporains, car il avait le courage de dire la vérité. Avec sa mort, nous avons perdu un témoin. Il se disait lui même différent. En quoi l’était-il? D’une certaine manière, Pasolini essayait - comment dire? - de provoquer des réactions dans le corps inerte de la société italienne. C’était avant tout un poète. Et de poètes, il n’en naît que trois ou quatre par siècle dans le monde. Je vous le dis: cette image qui me persécute, l’image de Pasolini qui s’enfuit à pied sur le long de la plage d’Ostie, pourchassé par quelque chose qui n’a pas de visage et qui est ce qui l’a tué, est emblématique de l’Italie. Une société qui tue ses poètes est une société malade. »

 

Ernest Pignon Ernest parle de Pasolini :

 

Il dit dans cet entretien (son dernier avant sa mort, NDLR) : « Je suis comme quelqu’un qui est allé en enfer. Et quand je reviendrai…Il s’arrête et il dit « Si je reviens, j’aurai vu bien au-delà de l’horizon », puis il dit « On termine demain ? » Il lui dit « Donne-moi un titre. » Et il dit « Tu mets : Nous sommes tous en danger. » Et il meurt après. Il a été assassiné dans la nuit.

Ernest Pignon Ernest parle de Pasolini :

 

Pasolini parlait de ce capitalisme basé sur la consommation, sur la télévision ;

Stanislas Nordey : « Il y a toute une série d’entretiens de Pasolini qui vient d’être éditée. »

 

Stanislas Nordey lit Joseph Andras sur Pasolini

 

POÈTES DANS LA CITÉ (1/8). PIER PAOLO PASOLINI, « SOLDAT SANS SOLDE »

Lundi, 24 Décembre, 2018

 

Joseph Andras

 

Les fracas du monde font vibrer leurs vers. Pour l’Humanité, l’écrivain Joseph Andras rend corps à des poètes aux prises avec le cours des choses. Des vies intenses, ancrées dans la lutte, tenues par un idéal collectif. Aujourd’hui, entre rage et sacré, Pier Paolo Pasolini.

Voilà un corps sec et nu, assis, l’œil fixé sur l’une des pages d’un livre dont nous ignorons le titre. Un miroir à sa droite, des murs en pierres apparentes, une fenêtre donnant sur une nuit d’automne. L’auteur de cette photographie, l’une des dernières du poète en vie, a 25 ans – moitié moins que son modèle. Pasolini s’apprête à présenter la traduction de son recueil les Cendres de Gramsci à Stockholm – il a, en cette année 1975, achevé de monter Salò ou les 120 journées de Sodome, fait part de la nécessité d’intenter un procès aux autorités démocrates-chrétiennes italiennes et promu l’abolition de la télévision. Cette image est fragment d’une série en noir et blanc : Pasolini se déplace, passant du siège au lit, s’allongeant, se redressant, franc mammifère en sursis, fins muscles saillants, sexe délesté de sa honte génésiaque. Peut-être ne lit-il pas vraiment, sans doute laisse-t-il flotter son regard, offrant seulement sa solitude à l’objectif – l’ampoule trace un cercle imparfait sur la pierre ; l’ombre cerne la gueule combien creusée du cinéaste.

Ce corps – « corps de désir consumé », notait Pasolini deux décennies plus tôt – ignore qu’il sera retrouvé dans quelques jours, étendu, écorché, ravagé sur un terrain vague de l’hydrobase d’Ostie. Ce corps n’a pas encore les cheveux collés par le sang, le visage réduit en viande, le nez brisé, l’oreille gauche arrachée, le foie déchiré, les testicules tuméfiés, le cœur éclaté, des doigts coupés et dix côtes fracturées. Ce corps dévêtu, comme rendu à sa naissance, nous le regardons vivant, assuré, insolent, sans l’odieuse bâche blanche qui le couvrira bientôt, tachetée, rougie, par deux pierres maintenue sur un sol pourri.

Ses Lettres luthériennes, composées les mois précédents, sonneront sans qu’il l’ait souhaité comme un testament. Texte de « dénonciation désespérée et inutile », brûlot doctoral, sermon à la jeunesse, soufflet à son temps : la consommation, devenue fait social total, tient du désastre ultime – un totalitarisme, un nouveau fascisme, un génocide, même ; le petit peuple a disparu sous les assauts répétés du « développement » ; l’empire technologique a piétiné l’« écologie » ; le néocapitalisme a transformé ses contemporains en autant d’« automates laids et stupides, adorateurs de fétiches ». Ce « cataclysme anthropologique », a-t-il avoué la même année, il l’éprouve jusque « dans son corps ». Pasolini, l’athée épris d’un Christ non divin, le communiste rongé par le passé, le barbare soucieux de « fraternité perdue », l’impénitent provocateur persécuté, l’opposant au bien-être libéral, le contempteur du Pouvoir et de l’Argent, avait un temps songé partir vivre au Maroc ou au Soudan – les nations du tiers-monde avaient tout son amour de « terrien irréductible ».

Mais ce cliché, jamais Pasolini ne le verra. Comptant insérer cette mise en scène dans un roman en préparation, Pétrole, il a prié l’auteur des images, Dino Pedriali, de n’en rien publier. Les deux Italiens se trouvent alors dans un village du centre du pays, Chia : une tour médiévale de 40 mètres acquise par le poète cinq années auparavant. C’est ici, confie ce dernier au photographe, qu’il écrit le mieux. Pasolini lui avoue qu’il n’a « plus la force de (s) e battre ». Qu’il ne recherche pas le scandale mais la vérité. Que Pétrole n’en sera pas moins, cette fois, un véritable scandale. Que la photographie réussira là où les mots ont échoué. Pasolini indique pour seule consigne : faire comme si la pose n’en était pas une. Le lit est tiré au cordeau, le plateau de la commode vide ; la série est prise de l’extérieur, à travers l’une des fenêtres. Terreur et magie se nouent dans l’esprit du jeune Dino. « Mon destin artistique s’est arrêté tragiquement avec ces photos. Ma carrière était finie. (…) Son nu était un cri de désespoir. C’est pour cela que son amie, la comédienne Laura Betti, voulait que je brûle mes photos », racontera-t-il en 2013.

La Suède, puis Paris ; Pasolini rentrera à Rome le 31 octobre et sera massacré dans la nuit du 1er au 2 novembre après avoir donné un entretien quelques heures plus tôt. Les humains ne sont plus que des machines, y répétera-t-il. Nous sommes tous en danger. Projetés dans « l’arène du tout avoir à tout prix ». Risquant fort de finir noyés. À la dernière question, il répondra au journaliste : « Tout le monde sait que mes expériences, je les paie personnellement. » Il promettra d’approfondir l’échange, par écrit, et de le remettre au matin.

Pour l’heure, Pasolini se rhabille dans sa vieille tour. Il ordonne à son cadet de se taire et le met en garde contre les ennemis, nombreux, qu’ils ne manqueront pas de se faire. Le photographe se souviendra : « On se quitte comme ça. »

Mercredi : Bob Kaufman,  « nos cœurs assoiffés »

Par Joseph Andras

 

Stanislas Nordey

Que nous dit encore Pasolini ?

C’est le spectre infini de son regard. Il est poète. Il est devenu cinéaste. Il a écrit du théâtre. Il a écrit des chroniques dans les journaux. Il a touché à la linguistique. Il a exploré partout,  son monde, et une époque. Il l’a toujours fait en prenant des risques.

 

Madame

Les Corps chez (= écorché)

2019

Paris

Fluctuart

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Poppée Bashung, la fille d'Alain Bashung, fera ses débuts au théâtre en 2022 dans une pièce de Pasolini. Pendant deux mois, la jeune comédienne tiendra le rôle principal dans Orgie, pièce de 1968. Une première apparition au théâtre, pour celle qui a déjà joué au cinéma et à la télévision.

Le Figaro.

02 22

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Théâtre - La dictadura de lo cool - Avignon IN

Publié le par bmasson-blogpolitique

La dictadura de lo cool

Réalisation de Marco Layera

Texte de Re-Sentida

Avignon In

07/2016

Il vient d’être nommé ministre de la culture. Il croit en ses valeurs et compte les défendre. Pendant la fête qui suit son investiture, il va annoncer ses intentions. Sa femme est au courant et prépare l’auditoire en dévoilant un comportement des plus étranges puisqu’il a changé ses façons de vivre brutalement.

En effet, quand il arrive à la fête, il nomme au ministère des citoyens que l’on n’écoute jamais : un syndicaliste, une chanteuse folklorique, un artisan…Il affirme que la seule lutte qui existe est celles des pauvres contre les riches. Aucun de ses proches n’aura un rôle déterminant, contre toute attente.

Tout le monde le prend pour un fou. Il a sombré corps et âme. Il rompt avec le consensus établi par cette jeunesse conquérante aux portes du pouvoir. La culture est une arme de guerre pour imposer des idées, des modes de vie. C’est le séisme. Il en a assez de ces compromis oiseux et égoïstes, des manipulations mises en place pour conserver les avantages, du cynisme de ceux qui gouvernent, des sentiments hypocrites. Lui n’oublie pas les minorités étouffées, les 43 étudiants mexicains assassinés, les causes oubliées.

Comment le faire revenir à la raison (à leur raison !) ? Quelles tentatives mettre en œuvre pour le retourner, le faire rentrer dans leur giron ?

Dans son entourage, son amie d’enfance a peut-être la solution. Elle le connaît, et dans sa psychologie, elle a cerné son point faible. « Laissez-moi faire ! »

Elle nous dévoile son rôle de composition lors de l’enterrement de la mère du ministre. Pour pouvoir rejouer ce sentiment de tristesse, depuis cet événement, elle porte sur elle la photo de cette maman disparue.

Mais elle ne parviendra pas à influencer notre ministre. Il ne sera pas déstabilisé, lui-même s’étant préparé à l’assaut de la demoiselle. Le sexe est une arme de persuasion mais il en profitera sans céder.

Sa femme lui propose « un retour à la belle nature » puisqu’il ne veut pas jouer le jeu qui correspond à la prise de ses fonctions. Ne parvenant plus à le comprendre, elle le quittera.

C’est trash. C’est trépidant. Le rythme est hyper dynamique. C’est filmé en même temps que joué. C’est le signe de l’époque. Après la télé-réalité, c’est le théâtre-réalité. Les cameramen ont de l’avenir. C’est arrosé. Tous les liquides fusent de toutes parts et dans tous les sens. Ils boivent, se baignent, se crachent dessus, s’arrosent, se nettoient. C’est coloré. Les couleurs s’allient à la musique pour éclater en feux d’artifices.

Ce spectacle a été longuement applaudi. C’est provocateur à outrance et dithyrambique. Ils sont insatiables dans la description des bourgeois bohèmes qui imposent leurs points de vues, leurs manières de vivre, leurs déshumanités tout en essayant de se donner bonne conscience en soutenant des causes animales ou mineures. La culture, leur culture, c’est quoi ? L’alcool, la drogue, la musique, le sexe et le « coming out » à tous propos. Aucune lecture, aucune spectacle, aucun musée, aucune réflexion. S’ils n’ont aucune compassion pour les humains en général, ils savent défendre leurs intérêts, imposer leur loi, être autoritaires, même s’ils oublient que le monde autour d’eux n’adhère pas totalement à leur mode de pensée et peut leur révéler des surprises désagréables.

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