Christophe Mory. Marquise ou la vie sensuelle d’une comédienne.

Publié le par bmasson-blogpolitique

Christophe Mory.

Marquise ou la vie sensuelle d’une comédienne.

Editions du Moment – 2012.

 

 

L’auteur utilise des extraits de pièces de Molière pour les mettre dans la bouche de ses héros et héroïnes.

 

Le livre démarre fort en rappelant que Molière écrit dans « Sganarelle, ou le Cocu imaginaire » par la voix de Gorgibus : « Un père, quand il veut, peut sa fille baiser, sans que l’on ait sujet de s’en scandaliser » (p 18).

 

CÉLIE

Oui, je veux bien subir une si juste loi:
Mon père, disposez de mes vœux et de moi;
Faites, quand vous voudrez, signer cet hyménée;
À suivre mon devoir je suis déterminée;
Je prétends gourmander mes propres sentiments,
Et me soumettre en tout à vos commandements.

GORGIBUS

Ah! voilà qui me plaît, de parler de la sorte.
Parbleu! Si grande joie à l'heure me transporte,
Que mes jambes sur l'heure en cabrioleraient,
Si nous n'étions point vus de gens qui s'en riraient.
Approche-toi de moi, viens çà que je t'embrasse:
Une telle action n'a pas mauvaise grâce;
Un père, quand il veut, peut sa fille baiser,
Sans que l'on ait sujet de s'en scandaliser.
Va, le contentement de te voir si bien née
Me fera rajeunir de dix fois une année.

 

Le débat sur l’inceste existait à ce moment, et cet extrait permet de conforter ainsi l’autorité du père. Marquise aurait été victime d’inceste dans son enfance.

 

Madeleine Béjart avait pour amant le comte de Modène. Ils étaient parents d’une fillette (p 52). Le comte de Modène était ami avec le cardinal de Retz (p 91).

Corneille est fou d’amour pour Marquise. Il remet à la mode des personnages romains : Néron, Pompée, César, Cléopâtre (p 102).

Jean-Marc Depas

Pierre Corneille

Saint-Pierre-de-Varengeville

Centre d'art contemporain Daniel Havis

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De Rouen, la troupe de Molière part en bateau à Paris. Ils effectuent le voyage en deux jours, avec un arrêt à Vernon. Ils joueront devant le roi « Nicomède » de Corneille. Marquise endosse le rôle de Laonice (p 113).

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« Comment est-ce qu’on peut souffrir la pensée de coucher contre un homme vraiment nu ? » dans « Les Précieuses ridicules », Scène IV, MAGDELON, CATHOS, GORGIBUS (p 127).
 On ne dormait pas nu-e car il faisait froid. L’idée de la nudité effraie la jeune fille qui doit se marier prochainement.

 

GORGIBUS

Écoutez, il n’y a qu’un mot qui serve : je n’entends point que vous ayez d’autres noms que ceux qui vous ont été donnés par vos parrains et marraines ; et pour ces Messieurs dont il est question, je connois leurs familles et leurs biens, et je veux résolûment que vous vous disposiez à les recevoir pour maris. Je me lasse de vous avoir sur les bras, et la garde de deux filles est une charge un peu trop pesante pour un homme de mon âge.

 

CATHOS

Pour moi, mon oncle, tout ce que je vous puis dire, c’est que je trouve le mariage une chose tout à fait choquante. Comment est-ce qu’on peut souffrir la pensée de coucher contre un homme vraiment nu ?

 

MAGDELON

Souffrez que nous prenions un peu haleine parmi le beau monde de Paris, où nous ne faisons que d’arriver. Laissez-nous faire à loisir le tissu de notre roman, et n’en pressez point tant la conclusion.

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Corneille n’aime pas la « diction parlée » des vers de ses pièces, par la troupe de Molière qui ne veut pas céder. Il propose à Marquise, sensuelle, et à son mari, Gros-René, comique, des rôles dans le théâtre du Marais. Il veut décapiter la troupe de Molière en faisant passer Gros-René dans le registre dramatique ( p 131).

Molière avait libéré Marquise de son père, et lui avait offert le rêve « jusqu’à la présenter à Conti, à Corneille et au Roi » (p 138).

Illettrée, Gros-René a aidé Marquise à apprendre oralement ses textes. Mais Gros-René est toujours saoul. Marquise restera néanmoins avec lui (p 144). Cependant, elle s’éloigne de lui et le rend jaloux (p 189).

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« Une femme habile est un mauvais présage », dans L’Ecole des Femmes.

Molière

Les femmes habiles

L'Ecole des Femmes.

La dissertation - archives du bac.

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Les avortements seront effectués après l’arrivée de jeunes filles à la cour de Louis XIV. Olympe Mancini « ouvrit la voie des avortements » (p 210). Catherine Deshayes** faisait croire à des jeunes filles qu’elles étaient enceintes et ainsi s’enrichissait à leurs dépens. Elle effectuait « un simple lavement intime à l’eau chaude pour les persuader qu’elle avaient avorté » (p 211).

Molière est malade et s’isole. Il ne se présente pas au lever du Roi. Colbert dira : « Connaissant son courage, il doit être au plus mal » (p 229).

 

L’origine des perruques : les cheveux proviennent des personnes tondues dans les couvents, ou bien des crins de chevaux, ou bien encore des mort-e-s (p 273).

Marquise a traversé « les trois troupes les plus prestigieuses du royaume » (p 292).

 

Maîtresse de Jean Racine, il se dérobe lâchement quand elle lui annonce sa grossesse :

« -Je suis enceinte, dit-elle.

  • Et de qui s’il vous plaît ? » (p 297)
  •  

Elle meurt des suites d’une hémorragie due à un avortement effectué avec un tison brûlant par sa mère (p 311).

 

Christophe Mory rappelle que Molière et Corneille étaient rivaux, dans le théâtre et par amour pour Marquise. « Quelques siècles plus tard, des chercheurs voudront que Corneille écrivît les pièces de Molière. C’était méconnaître les deux hommes, et surtout de Marquise dans leur affrontement « (p 315).

 

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* Olympe Mancini, comtesse de Soissons et de Dreux, née à Rome le 11 juillet 1638 et décédée à Bruxelles le 9 octobre 1708, nièce du cardinal Mazarin, vécut à la cour de France, entre amours et complots, jusqu'à sa disgrâce, en 1680.

 

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Catherine Deshayes, dite la Voisin, née vers 1640 à Paris et morte sur le bûcher le 22 février 1680 à Paris, est une tueuse en série (empoisonneuse) française, prétendue sorcière, mêlée à l'affaire des poisons.. Biographie. Née d'un milieu très modeste, La Voisin est mariée très jeune à un bijoutier de Paris, le sieur Antoine Montvoisin qui lui donna une fille Marie-Marguerite.

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Lilian Bourgeat 

Saint-Pierre-de-Varengeville 

Centre d'art contemporain Daniel Havis 

Piggy bank, 1998.

NDLR: j'y vois un petit cochon anéanti, tombé à terre, face aux féministes.

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Publié dans mes poésies

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