Les troubadours français chantés par Yvette Guilbert

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Yvette Guilbert se passionne pour les chansons françaises anciennes et remonte jusqu’au temps des troubadours. Elle entamera une seconde partie de carrière avec ce répertoire.

 

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Les troubadours français chantés par Yvette Guilbert:

 

 

Adam de la Halle :

 

Adam de la Halle est un trouvère de langue picarde actif au XIIIᵉ siècle, mort probablement en 1288 à la cour du comte d'Artois à Naples. Son art, à la charnière de la monodie et de la polyphonie, fait qu'on le considère souvent comme le dernier trouvère.

Adam de la Halle - Dieus soit en cheste maison

 

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Bernard de Ventadour :

 

Bernard de Ventadour, né vers 1125 à Ventadour dans le département de la Corrèze et mort vers 1200 à l'Abbaye de Dalon dans le département de la Dordogne, étant moine, est l'un des plus célèbres troubadours occitans.

Bernard de Ventadour Lo tems vai e ven e vire
 
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Blondel de Nesle

 

 

Blondel de Nesle: Onques maiz nus hom ne chanta


Trouvére de Picardie, actif à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle, parfois identifié comme Jehan II, seigneur de Nesle-lés-Péronne (1202-32). Il a composé quelque 22 chansons courtoises existantes, au style parfois simple, parfois précieux et complexe du point de vue prosodique. Il était probablement un associé de Gace Brulé et de Conon de Béthune, mais pas de Richard Cœur-de-Lion, comme le prétend la légende.

 

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Gautier de Coincy

 

 

Gautier de Coincy "S'amour dont sui espris"

 

Gautier de Coincy est né en 1178 à Coincy et est décédé au monastère de Saint-Médard (Soissons) en 1236, où il 
avait été moine bénédictin et abbé.
Il est connu pour avoir écrit les "Miracles de Nostre Dame", qui rassemblent une série de légendes mariales, dont
beaucoup ont été répandues au cours du Moyen Âge. Le travail contient un total de 30 000 vers, y compris les 
légendes et la poésie.

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Guillaume de Machaut

 

Guillaume de Machaut, né probablement à Machault, près de Reims, vers 1300 et mort à Reims en 1377, est le plus célèbre compositeur et écrivain français du XIVᵉ siècle. 

 

 

Guillaume de Machaut "Je vivroie liement/Liement me deport"

 
C'est un virelai du 14ème siècle écrit par Guillaume de Machaut (1300-1377).

 
Je devrais mener une vie heureuse,
douce créature
si seulement vous réalisiez vraiment
que vous êtes la cause de toute
ma préoccupation.
Dame de bonne humeur
agréable, brillante et pur,
souvent lde malheur je souffre
pour vous servir loyalement

 
Me fait dire «hélas!
Et vous pouvez être sûr
que je ne peux en aucun cas
continuer à vivre comme ça, si ça dure
plus longtemps

 
Car tu es sans pitié pour moi
et impitoyablement obstruant,
et as mis un tel désir
dans mon coeur

 
Qu'il va certainement mourir
une mort lamentable,
sauf pour son soulagement
ta miséricorde est pour bientôt prête.

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Guiot de Dijon

 

Guiot de Dijon est un trouvère bourguignon du début du XIIIᵉ siècle. On ne sait presque rien de la vie de ce poète : sa chanson Bien doit chanter est dotée d'un envoi à Erard de Chacenay, ce qui indique qu'il était sans doute un protégé de cette famille seigneuriale de Champagne méridionale.

 

 

Guiot de Dijon (13th c.) : Chanterai por mon coraige

 

 

Studio der Frühen Musik, Thomas Binkley, dir.

 

 Chanterai por mon corage

Que je vueil reconforter,

Car avec mon grant damage

Ne quier morir ne foler,

Quant de la terre sauvage

Ne voi mes nul retorner

Ou cil est qui rassoage

Mes maus quant g’en oi parler.

Dieus, quant crïeront outree,

Sire aidiés au pelerin

Por qui sui espoventee,

Car felon sont Sarrazin.

Souffrerai en tel estage

Tant quel voie rapasser.

Il est en pelerinage,

Molt atent son retorner.

 Car outre de mon lignage

Ne quier achoison trover

D’autrui face mariage :

Molt est fous qu’en veut parler.

Dieus, quant crïeront outree,

Sire aidiés au pelerin

Por qui sui espoventee,

Car felon sont Sarrazin.

De ce sui au cuer dolente

Que cil n’est en cest païs

En qui j’ai mise m’entente.

Or n’en ai ne jeu ne ris,

S’il est biaus et je sui gente.

Sire, por quoi le feïs ?

Quant l’uns a l’autre atalente,

Por quoi nos as departis?

Dieus, quant crïeront outree,

Sire aidiés au pelerin

Por qui sui espoventee,

Car felon sont Sarrazin.

De ce sui en bone entente

Que je son homage pris ;

Quant l’aleine douce vente

Qui vient du tres douz païs

Ou cil est qui m’atalente,

Volentiers i tor mon vis

Dieus m’est vis que je le sente

Par desoz mon mantel gris.

Dieus, quant crïeront outree,

Sire aidiés au pelerin

Por qui sui espoventee,

Car felon sont Sarrazin.

De ce sui mout deceüe

Quant ne fui au convoier.

Sa chemise qu’ot vestue

M’envoia por embracier.

La nuit, quant s’amor m’argüe,

La met avec moi couchier,

Molt estroit a ma chair nue,

Por mes malz assoagier.

Dieus, quant crïeront outree,

Sire aidiés au pelerin

Por qui sui espoventee,

Car felon sont Sarrazin.

 

Andrea von Ramm (mezzosoprano, organetto, psaltery),

Richard Levitt (countertenor, percussion (nakir),

Thomas Binkley (flute, dulcian, tambourine, chitarra saracenia, psaltery),

Sterling Jones (vielle (fiddle), rebec) & Alice Robbins (vielle (fiddle), lira),

Hopkinson Smith (chitarra saracenia, lute, tambourine)

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Moniot de Paris

 

Moniot de Paris était un trouvère et probablement le même personnage que le Monniot qui avait écrit le Dit de fortune en 1278. On pensait qu'il est né vers 1200, mais ses dates ont été repoussées. 

 

 

Moniot de Paris - Je chevauchoie l'autrier

 

 

Anne Azéma & Camerata Mediterranea

 

Je chevauchoie l'autrier

 Seur la rive de la Saine.

Dame dejoste un vergier

Vi plus blanche que laine;

Chançon prist a commencier

Souef, a douce alaine.

Mult doucement li oï dire et noter:

"Honi soit qui a vilain me fist doner!"

 J'aim mult melz un poi de joie a demener

Que mil mars d'argent avoir et pluis plorer

Hautement la saluai De Dieu le filz Maris.

El responi sanz delai: "Jhesu vos beneïe!"

Mult doucement li proié Q'el devenist m'amie.

Tot errant me commençoit à raconter

 Conme ses maris la bat por bien amer.

J'aim mult melz un poi de joie a demener

Que mil mars d'argent avoir et pluis plorer

 "Dame, estes vos de Paris?

 – Oïl, certes, beau sire;

Seur Grant-Pont maint mes maris,

Des mauvés tot le pire.

 Or puet il estre marris:

Jamés de moi n'iert sire!

Trop est fel et rioteus, trop puet parler,

Car je m'en vueil avec vos aler joër."

J'aim mult melz un poi de joie a demener

Que mil mars d'argent avoir et pluis plorer

 "Mal est qui me maria! Tant en ait or le prestre,

Qu'a un vilain me dona Felon et de put estre.

Je croi bien que poior n'a De ci tresqu'a Vincestre.

Je ne pris tot son avoir pas mon souler,

Quant il me bat et ledenge por amer."

J'aim mult melz un poi de joie a demener

Que mil mars d'argent avoir et pluis plorer

"Enondieu, je amerai Et si serai amee,

Et si me renvoiserai El bois soz la ramee,

Et mon mar maudirai Et soir et matinee.

-Dame de Paris, amez, lassiez ester

Vostre mari, si venez o moi jöer!"

J'aim mult melz un poi de joie a demener

Que mil mars d'argent avoir et pluis plorer.

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Marcabru

 

Marcabru, ou Marcabrun, né vers 1110 à Auvillar et mort vers 1150, était un écrivain et troubadour.

 

 

Marcabru: Bel m'es quan li fruch madur

 
Marcabru (1110-1150) est l'un des premiers troubadours dont les poèmes sont connus. Il n'y a aucune information
 certaine sur lui; les deux vidas attachés à ses poèmes racontent des histoires différentes, et les deux sont 
évidemment construits sur des allusions dans les poèmes, pas sur des informations indépendantes.
Selon la brève vie dans MS. BNF 12473 Marcabrun était originaire de Gascogne (les détails du dialecte de ses 
poèmes le confirment) et était le fils d'une pauvre femme nommée Marcabruna. Il a fait de mauvais poèmes et 
de mauvaises satires, et a dit du mal des femmes et de l'amour. Cela vient évidemment d'une lecture du poème
 293,18.
Selon la biographie plus longue dans MS. T.V.A. Lat. 5232 Marcabru a été abandonné chez un homme riche et 
personne ne connaissait son origine. Il a été élevé par Aldric del Vilar, a appris à faire de la poésie de Cercamon,
 a d'abord été surnommé Pan-perdut et plus tard Marcabru. Il devint célèbre et les seigneurs de Gascogne, 
au sujet desquels il avait dit beaucoup de mauvaises choses, finirent par le mettre à mort. Cela semble être basé 
sur les poèmes 16b, 1 et 293,43 (un échange entre Aldric del Vilar et Marcabru) et des conjectures; le lien avec 
Cercamon est mis en doute par les érudits modernes.
Quarante-cinq poèmes sont attribués à Marcabru, érudits, souvent difficiles, parfois obscènes, critiquant sans 
relâche la moralité des seigneurs et des dames. Il a expérimenté avec le pastorela, qu'il utilise pour souligner la 
futilité de la luxure. On raconte comment une bergère a insulté les avances du locuteur en classe. Un autre raconte
 comment la tentative d'un homme de séduire une femme dont le mari était aux croisades est fermement rejetée. 
Il a peut-être aussi été à l'origine du débat dans un débat avec Uc Catola (dès 1133) sur la nature de l'amour et
 le déclin du comportement à la cour. Marcabru exerça une influence puissante sur les derniers poètes qui 
adoptèrent le style obscur du trobar clus. Parmi ses clients figuraient William X d'Aquitaine et probablement 
Alphonse VII de León. Marcabru a peut-être voyagé en Espagne dans l'entourage d'Alfonso Jordan, comte de 
Toulouse, dans les années 1130. Dans les années 1140, il était propagandiste pour la Reconquista et dans son 
célèbre poème avec le latin Pax en nomine Domini! il a qualifié l'Espagne de lavador (rondelle) où les chevaliers
 pouvaient se faire nettoyer l'âme en combattant les infidèles.
Quatre mélodies monophoniques pour accompagner la poésie de Marcabru survivent; de plus, trois mélodies de 
poèmes qui pourraient être des contrafacts du travail de Marcabru peuvent lui être attribués.

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Thibaud de Champagne

 

Thibaud III de Champagne né le 13 mai 1179, il est le fils cadet d'Henri Iᵉʳ de Champagne et de Marie de France. Il est mort à Troyes le 24 mai 1201.

 

 

Seigneurs, sachiez qui or ne s'en ira.

 

Chant de croisade, interprété par René Zosso accompagné par le Clemencic Consort.

Écrit et composé par Thibaut de Champagne (1201-1253).

Thibaut IV fut comte de Champagne et roi de Navarre.

Poète et chansonnier.

 

Un des grands troubadours français du 13ème siècle, illustre et admiré pour son art de son vivant. En 1239 le pape Grégoire IX lance un appel à une nouvelle croisade en Terre Sainte. C'est justement Thibaut qui a la charge de prendre la tête de l'expédition militaire. Il a probablement composé cette chanson à l'occasion de ses préparatifs, dans le but de gagner à sa cause croisés et gens d'arme. Au Moyen-Âge il n'y a pratiquement pas d'armées permanentes. Cette croisade mal engagée, et contre l'avis de l'empereur Frédéric II - lui-même roi de Jérusalem et fin connaisseur des affaires d'Orient -, se soldera par un échec. Thibaut, vaillant seigneur à la guerre, était sans doute bien meilleur poète que clairvoyant en politique... Pour rester sur le terrain musical et littéraire, et sans grand risque d'erreur, on peut donc dater cette chanson de 1239. René Zosso ne reprend pas le poème de Thibaut en entier. En tout cas, en voici une adaptation en français modernisé :

 

 Seigneurs, sachez : qui point de s'en ira

En cette terre où Dieu fut mort et vif,

Et qui la croix d'outre-mer ne prendra,

A dure peine ira en paradis; Qui n'a en soi pitié ni souvenance,

Au haut Seigneur doit chercher sa vengeance,

Et délivrer sa terre et son pays.

Tous les mauvais resteront à l'arrière

Qui, n'aimant Dieu, ne l'honorent, ni ne le prient.

Et chacun dit : "Ma femme que fera ?

 La laisserai à nul, fut-il ami",

Serait tomber en bien trop folle errance;

Il n'est d'amis hors celui, sans doutance,

Qui pour nous fut en la vraie croix mis.

Or, s'en iront ces vaillants écuyers

Qui aiment Dieu et l'honneur de ce mont,

Qui sagement veulent à Dieu aller;

 Et les morveux, les cendreux resteront.

 Aveugle soit - de ce, ne doute mie

  • Qui n'aide Dieu une fois en sa vie,

Et pour si peu perd la gloire du monde.

Douce dame, reine couronnée,

 Priez pour nous, Vierge bienheureuse !

Et après nul mal ne nous peut échoir.

 

Une version, parmi d'autres, de la chanson originale en français du 13ème siècle.

Textes d'étude - ancien français, édition de Robert-Léon Wagner. (Droz, 2000)

 

Seignor, sachiés : qui or ne s'en ira en cele terre ou

Dex fu mors et vis, et qui la crois d'Outremer ne penra, a paines mais ira en Paradis.

 Qui a en soi pitié ne ramembrance au haut

Seignor doit querre sa venjance et delivrer sa terre et son païs.

Tuit li mauvés demorront par deça qui n'aiment

Dieu, bien, ne honor, ne pris. Et chascuns dit

 " Ma feme, que fera ? Je ne lairoie a nul fuer mes amis".

 Cil sont cheoit en trop fole atendance, qu'il n'est amis fors de cil, sans doutance, qui por nos fu en la vraie crois mis.

Or s'en iront cil vaillant bacheler qui aiment

Dieu et l'ennor de cest mont, qui sagement vuelent a

Dieu aler, et li morveux, li cendreux, demorront; avugle sont, de ce ne dout je mie, qui j secors ne fait Dieu en sa vie, et por si pou pert la gloire dou mont.

 Diex se lessa en crois por nos pener et nos dira au jor que tuit vendront :

"Vos qui ma crois m'aidastes a porter, vos en irez la ou mi angles sont; la me verrez et ma mere Marie.

Et vos, par cui je n'oi onques aie, descendrés tuit en

Enfer le parfont.

" Chacuns cuide demorer toz haitiez et que ja mes ne doie mal avoir; ainsi les tient anemis et pechiez que il n'ont sen, hardement ne pooir.

Biax sire Diex, ostés leur tel pensee et nos metez en la vostre contree si saintement que vos puissons veoir.

Douce dame, roïne coronee, proiez por nos,

Virge bien aüree !

Et puis aprés ne nos puet meschoir.

Charles Borely

1817 – 1881

Scène troubadour

1859

Cette scène galante dans un cadre magnifique témoigne de l’engouement pour le style néo-médiéval qui se développe au début du XIXe siècle dans les arts, la littérature et l’architecture.

Fécamp

Musée les Pêcheries

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Lire aussi:

Patrick, à la vielle à roue.

Il joue « C’est la fille de la meunière ».

Il est de Nîmes et il est féru de vielle, au point de l’avoir fabriquée lui-même. Il connaît son histoire sur le bout des doigts…

Il en joue dans les parcs publics ou dans les festivals.

 

La vielle à roue est un instrument à cordes, frottées par une roue en bois au lieu d'un archet. La roue est tournée avec une manivelle de la main droite, pendant que la main gauche du musicien joue la mélodie sur un clavier. 

 

Musique gratuite sur Musopen - Beethoven Paul Pitman - Moonlight Sonata, Op. 27 No. 2 - I. Adagio sostenuto.

Publié dans Femmes

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