PCF- Avignon - Vers un Autre Ministère de la culture. Laurent Eyraud Chaume

Publié le par bmasson-blogpolitique

Laurent Eyraud Chaume

Comédien/conteur au sein de la compagnie Le pas de l'oiseau, rédacteur en chef d'Alp'ternatives

Veynes

Il est né à Marseille. Il est membre des « Pile ou versa » de 1996 à 2004. Il se fixe dans un lieu d’arts et d’éducation populaire à Veynes où il dirige le « Fourmidiable » de 2004 à 2012.

En 2015, il est le porte parole d’Ensemble, un mouvement citoyen proche du front de gauche.

 

 

PCF- Avignon - Un Autre Ministère de la culture.  Laurent Eyraud Chaume

 

Son intervention a suscité des débats…Faut-il attendre que le pouvoir soit prêt à financer pour créer ou faut-il partir de la base pour faire avancer les choses tout en créant?

 

 

Laurent Eyraud Chaume

 

Le théâtre.

Ca fait une vingtaine d’années que je travaille dans cette profession. J’ai eu la chance de travailler dans le théâtre itinérant où il se passe beaucoup de choses. A la ville de Vincennes, vous y verrez les compagnies. Pour travailler beaucoup en lien avec l’éducation populaire, des milliers d’initiatives ont lieu qui ne sont pas dans les écrans radars. Pour pimenter le débat, il me semble qu’on a un problème avec la manière de regarder les choses. Quand on fait « S’il n’y a pas les élus, les collectivités locales et l’Etat pour financer, ben, oui, et pourtant ça existe ». Je me rappelle d’une phrase de mes lectures juvéniles qui disait : « L’émancipation des prolétaires se fera par les prolétaires eux-mêmes » (K. Marx, NDLR). J’ai l’impression qu’on est dans l’attente d’une charte ministérielle qui va venir émanciper les peuples. Je n’y crois pas une seconde. Je ne pense pas qu’il y aura le « grand soir de la culture » avec un ministre de la culture qui dira « C’est super ! ». Je me souviens d’Elsa Triolet qui avait fait la bataille du livre sans attendre que le ministère de la culture vienne distribuer des livres dans la rue et qui avait organisé le mouvement ouvrier pour susciter la lecture partout.

Laurent Eyraud Chaume

 

 Ces attaques sur nos droits et sur la précarité de nos professions nous ont sans cesse poussé à argumenter sur la question de Pôle-emploi. Je suis comédien, metteur en scène de théâtre et à chaque fois, dans un débat, on parle de Pôle-emploi. Le syndicat n’a jamais l’espace-temps pour se projeter et faire la prospective de « Dans quel monde voulons-nous vivre ? » J’ai eu la chance d’écrire un texte pour « Cerise » et pour « Zibeline » où je dis : « C’est sympa de sauver la planète mais l’être humain, qui le sauve ? » Ce qui me fait flipper c’est que les logiques du libéralisme sont partout dans la société y compris dans nos professions. A Nice, est-ce que c’est le problème de la maire ou de l’Etat ? J’ai confiance dans le ministère de la culture par rapport à Boujenah. Macron, il a dans ses valises tout le théâtre privé parisien. Pour moi, ce n’est pas l’Etat contre la mairie, c’est le libéralisme contre la culture populaire exigeante pour tous. C’est troublant d’avoir des directeurs de théâtre qui ont des mouvements sociaux face à eux car on a perdu culturellement sur la question du rôle du théâtre, à quoi ça sert, sur nos professions.

Laurent Eyraud Chaume

On doit pouvoir (manger, NDLR), dormir, avoir des salaires. On a perdu politiquement et on est dans une attente comme si on voulait revenir en arrière. Mais c’est trop tard. La logique d’effondrement écologique et des services publics est déjà en cours.

 

On régresse sur la civilisation pour la culture.  Le nombre de places et d’inscrits dans un théâtre est un bon indicateur. Mais la question est « Comment on va au théâtre ? Pourquoi ? Qu’est-ce que ça provoque dans la société ? Comment les gamins vont-ils avoir la possibilité de parler avec des artistes ? » On a un rapport à la consommation dans la société du spectacle qui est effarant. Il y a des théâtres qui font « du chiffre ».

 

Laurent Eyraud Chaume

 

Les troupes de théâtre veulent avoir des salaires et la reconnaissance de la presse (de toutes manières, il n’y a plus de journalistes). Elles ont une sincérité artistique. Comment les CDN et les scènes nationales peuvent-elles construire un espace de résistance à cet ensauvagement ? On n’y arrive pas pour l’instant. On nous dit : « Vous ne pouvez pas critiquer les CDN et les scènes nationales, car après ce sera votre tour. » Nous, notre tour, on l’a déjà vécu. Les compagnies de théâtre ne sont plus financées. Il n’y a plus d’aide au projet. Les compagnies sont soit proches de l’institution ; soit elles inventent un nouveau modèle de création qui ont parfois des échos. Je suis produit par une scène nationale, donc je ne vais pas cracher dans la soupe. On est dans un bateau et l’eau monte. Les premiers qui sombrent sont ceux qui sont dans la soute. C’est la logique de la culture.

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