Les artistes d'Avignon soutiennent "L'Humanité"

Publié le par bmasson-blogpolitique

Ernest Pignon Ernest

 

Je représente la société des « Amis de l’Humanité ». Mon grand honneur, c’est d’avoir succédé à

A Michel Vauvelle et à Edmonde Charles-Roux. Les « Amis de l’Humanité » ont plus de 1 000 adhérents, 65 comités locaux. Adhérez-y pour soutenir le journal. Vous savez tous l’atteinte à la démocratie, à la liberté d’expression que représenterait la disparition de « L’Humanité » qui a toujours été menacé. Dès 1905, la banque Rothschild a voulu racheter le journal.

 

Ernest Pignon Ernest

 

Un membre des « Amis de l’Humanité » a légué sa maison à la société. Nous, on s’est inquiétés de cette proposition. On a pris contact avec sa famille car on ne voulait pas les spolier. La famille a dit : « Si il veut donner sa maison à « l’Humanité »,  nous sommes d’accord. » Je trouve ça … Je ne peuxx pas dire plus que ça…. Quel investissement ! Je ne trouve pas les mots…. »

Ernest Pignon Ernest

 

 

Le journal « L’Humanité » répond à une chose de cet ordre : on est sous un flot d’informations bidons, rapides, normatées. Quand on décide d’acheter un journal papier, de prendre le temps de lire, d’analyser, d’avoir des informations qui sont pensées, c’est fondamental.

Ernest Pignon Ernest parle du Tour de France :

 

L’article sur Epernay et sur Julien Alaphilippe, dans « L’Humanité »,  était remarquable.

 

Soutien au journal « L’Humanité »

Avignon

Maison Jean Vilar

07 19

 

 

Alice Carré lit un texte de Rosa Moussaoui :

 

On reconnaîtrait sa silhouette entre mille. Coiffé de sa casquette de marin, René Vautier, le petit Breton à la caméra rouge, patiente devant le tribunal de Quimper. Il revient, ce jeudi 30 avril, sur les lieux de sa jeunesse : c’est ici, de l’autre côté de l’Odet, qu’il a été décoré, à quinze ans, de la Croix de guerre. Avec un groupe d’Éclaireurs de France, l’adolescent avait pris les armes contre l’occupant nazi dans la presqu’île de Crozon. Un passé de résistant qui force le respect. Mais pas celui des nostalgiques de l’OAS, aux yeux desquels le cinéaste anticolonialiste, est rien de moins qu’un « collaborateur ».

En août 2007, René Vautier était invité au Festival de cinéma de Douarnenez pour la projection de ses films Afrique 50 et Avoir vingt ans dans les Aurès. Un débat auquel il participait avec le réalisateur Mehdi Lallaoui et l’historien Olivier Lecour-Grandmaison fut perturbé par Claudine Dupont-Tingaud, ancienne conseillère générale FN, ex-OAS. Laquelle publia ensuite un communiqué nauséabond, accusant René Vautier de « Kollaboration anti-française ». Olivier Lecour-Grandmaison était qualifié, lui, de « négationniste  ». Quant à Mehdi Lallaoui, réalisateur de nombreux films consacrés au passé colonial, il était présenté comme l’incarnation d’une « tyrannie de la repentance » visant à « instiller en nous la haine de notre histoire commune ». Des propos inadmissibles, qui ont convaincu René Vautier, Mehdi Lallaoui et Olivier Lecour-Grandmaison de porter l’affaire devant la justice.

Devant la salle d’audience, l’accusée persiste et signe. L’activiste d’extrême droite se revendique ouvertement de la défense de la « blanchitude ». « Les races existent. La nôtre est menacée. Il faut la défendre. Je défends donc la "blanchitude" comme Aimé Césaire défendait la négritude », plastronne-t-elle. Avant de réitérer ses accusations : « En mettant sa caméra, qui est une arme, au service des ennemis de la France, René Vautier s’est rendu coupable de collaboration pendant la guerre d’Algérie. » Argumentation reprise mot pour mot par son avocat, Me Pichon : « René Vautier a sans doute été résistant. Mais il a apporté son soutien au FLN. Objectivement, il a collaboré. » À l’entrée du tribunal, d’anciens appelés d’Algérie, venus soutenir la partie civile, ont déployé des banderoles : « Non à l’OAS. » Les amis de Claudine Dupont-Tingaud les couvrent d’insultes. Cité comme témoin de la défense, un dirigeant du Front national, Roger Holleindre, fondateur de l’OAS dans le Constantinois, vante, avant l’ouverture des débats, l’action de l’organisation terroriste. « J’en ai marre de ces pleureurs. Ce que l’OAS a fait en Algérie, c’est de la rigolade à côté de ce qu’a fait le FLN, éructe l’ancien parachutiste. L’Afrique ne serait pas ce qu’elle est si la France était restée. Le résultat de ces indépendances, c’est un fiasco total. Si l’Algérie était restée française, c’est dans l’autre sens que se ferait l’immigration. Au lieu de cela, on les a fait passer directement du bourricot au jet aérien. Vous n’entendez jamais ce genre de discours car les hommes comme moi sont interdits de télévision. Si j’étais pédé et anti-France, ce serait différent ! »

Venue soutenir René Vautier, Simone de Bollardière, veuve du général de Bollardière, rappelle en marge de l’audience que ces nostalgiques de l’OAS appartiennent au camp de ceux qui voulurent renverser la République. « Leur refus de la décolonisation est rétrograde. Notre combat contre les horreurs perpétrées au nom de la France, contre la torture, relevait d’une insurrection morale nécessaire, insiste-t-elle. Tout être humain a le droit à la dignité et au respect, quelle que soit sa couleur. »

L’audience s’ouvre dans un climat très lourd. Appelée à la barre, Claudine Dupont-Tingaud bafouille un argumentaire boiteux, qui ne convainc visiblement pas la présidente. Le « k » de « kollaboration », prétend l’ex-élue FN, « n’est pas une référence à la Seconde Guerre mondiale, mais un clin d’oeil à René Vautier, bretonnant ». « Je ne retire rien de mes propos. Nous n’avons pas l’intention de faire acte de repentance et de battre notre coulpe », s’enferre-t-elle, en invoquant la « liberté d’expression ». Après elle, Roger Holleindre se lance dans un long et ennuyeux plaidoyer sur les prétendus « bienfaits » de la colonisation, accusant au passage René Vautier de « trahison ». En réponse, le cinéaste revient sur son passé de résistant, sur son engagement de communiste et d’anticolonialiste, sur la genèse de ses films. « L’indépendance de l’Algérie, celle de toutes les colonies, était inéluctable », conclut-il. À sa suite, Mehdi Lallaoui rappelle ce que fut l’OAS, organisation criminelle à laquelle l’accusée se vante d’avoir appartenu. « Ces gens qui nous insultent se réclament d’une organisation qui planifia la tentative d’assassinat d’un président de la République », lance-t-il. Le réalisateur du Silence du fleuve s’indigne de l’expression « anti-France » que lui accolent ses adversaires. « Je suis un élu de la République », rappelle-t-il, en montrant au tribunal son écharpe de conseiller régional d’Île-de-France. « Pas question de céder à l’intimidation en renonçant à remettre en cause la "légende dorée de la colonisation française" », affirme, enfin, Olivier Lecour-Grandmaison. « Les attaques diffamatoires de Mme Dupont-Tingaud à notre égard s’inscrivent dans un contexte de recrudescence des actions militantes des anciens de l’OAS et des nostalgiques de l’Algérie française. Actions qui se sont multipliées depuis l’élection de Nicolas Sarkozy et l’entreprise de réhabilitation du passé colonial de la France à laquelle il se livre pour des raisons électoralistes », analyse l’universitaire.

Pour l’avocat de la partie civile, Me Bellouti, le délit de diffamation est constitué. Il réclame pour chacun de ses clients 5 000 euros de dommages et intérêts « pour l’atteinte portée à leur honneur et à leur considération », ainsi qu’une publication dans trois quotidiens ou hebdomadaires, aux frais de Claudine Dupont-Tingaud. Le jugement a été mis en délibéré au 12 juin.

Rosa Moussaoui

Arthur Nauzyciel lit un texte de Jean-Pierre Léonardini sur Jean Genet.

Il rappelle que son père vendait « L’Humanité Dimanche ». C’est une affaire de famille…

 

JEAN GENET* ET LE THÉÂTRE PAR JEAN-PIERRE LÉONARDINI

Vendredi, 17 Décembre, 2010

En seulement trois grandes pièces de théâtre, Jean Genet a savamment dynamité dans un étincelant jeu de miroirs la chiennerie hypocrite de la société dont il eut à souffrir dès la plus petite enfance.

Après la parution de la somme monumentale que Sartre lui consacre, Saint Genet, comédien et martyr (1952), ce dernier, de son propre aveu, a du mal à s’en remettre, comme écrasé sous le poids de l’analyse conceptuelle sur son « cas ». Il s’en sort grâce au théâtre. Il y avait certes déjà eu les Bonnes, créées par Jouvet en 1947, comme par accident, pour complaire à Cocteau et, deux ans plus tard, Haute surveillance, avant le sensationnel brelan que constituent le Balcon (1956), les Nègres (1958) et les Paravents (1961) ; par quoi s’est édifiée une dramaturgie inouïe, radicalement singulière, fondée sur le cérémonial, l’inversion du reflet et l’incessante traversée des apparences en tous sens, l’ensemble dessinant sans fin l’autoportrait en creux et sans merci du poète en voleur et pédéraste cristallisant la misère en gloire et pour qui la scène représente, bel et bien, « ce lieu voisin de la mort, où toutes les libertés sont permises ».

Ne perdons pas de vue qu’entré à présent au Panthéon de « la Pléiade », en somme devenu classique, Genet entend demeurer, fût-ce à son corps défendant à titre posthume, un parfait dynamiteur de la chiennerie de la société dont il eut à souffrir, ce qui le fit d’emblée camper résolument, corps et âme, sexe compris, sur la position des parias et damnés de la terre de tous ordres. L’admirable, dans cette trilogie proprement fantastique dans les lettres françaises et au-delà, n’est-il pas que par l’éclat du style, joint à la véhémence de la forme et au scandale des sujets envisagés, il ait pu, grâce à un perpétuel saut de l’ange à rebours dans le sacré, créer un monde d’illusions irréfutables ?

Ces pièces procèdent d’une construction extrêmement savante. Dans chacune d’elles, la marqueterie de la structure relève d’une sophistication insigne. Dans le Balcon, c’est au bordel que face au miroir, en se travestissant en évêque, en général, en chef de la police ou en mendiant-poète, l’on affirme sa volonté de pouvoir, jusqu’à ce qu’éclate une révolution qui ne change en rien la donne du jeu pipé… Dans les Nègres, machine infernale contre les Blancs que Genet qualifie de « clownerie », le jeu de doubles est à son comble. Des Noirs jouent les Blancs et d’autres jouent les Noirs aussi hideusement que les imaginent les Blancs… Au terme d’un cumul de simulacres subtilement tressés, le spectateur (blanc de préférence), banni de fait, ne doit plus savoir où il en est. Quant aux Paravents, dont la création par Roger Blin à l’Odéon mit la bave aux lèvres de l’extrême droite, on y voit bien face à face les Arabes, les coloniaux et la famille des orties (qui n’a strictement rien, Leïla n’a même pas de visage), laquelle seule passionne Genet. Ce poème dramatique, doté d’arrière-plans historiques puissamment sarcastiques, s’ouvre à la fin sur le vide et la mort, définitive absence. Genet, autodidacte de génie, a inscrit en majesté la marge sociale au coeur de la page. Il disait : « Le geste qui brise la loi a un pouvoir d’écriture. »

de Jean-Pierre Léonardini

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Jean Genêt cite la prison de Fontevraud comme une des plus terribles de France, bien qu’il semble n’y avoir jamais séjourné (il n’apparaît sur aucune liste d’écrous). 

Jean Genet

1910 - 1986

"De toutes les centrales de France, Fontevrault est la plus troublante. C'est elle qui donne la plus forte impression de détresse et de désolation, et je sais que les détenus qui ont connu d'autres prisons ont éprouvé, à l'entendre nommer même, une émotion, une souffrance, comparables aux miennes."

"Miracle de la rose"

Plaque posée à Fontevraud

Jean Genet, né le 19 décembre 1910 dans le 6 arrondissement de Paris, ville où il meurt le 14 avril 1986 dans le 13 arrondissement, est un écrivain, poète et auteur dramatique français. Genet aborde notamment dans ses ouvrages l'homosexualité et l'érotisme, à travers la célébration de personnages ambivalents évoluant au sein de mondes interlopes.

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Bernard Bloch explique que deux journaux rendent compte des pièces de théâtre : « L’Humanité » et « La Croix » tout comme ils parlent des effets délétères de la canicule pour les migrants et les SDF.

 

Bernard Bloch lit Dominique Widemann.

COURS APRÈS TES RÊVES, ILS TE RATTRAPERONT

Lundi, 16 Septembre, 2013

Politique, poétique, poéïlitique, festive, la culture dans tous ses états court le long 
des artères 
de la Fête. En toute « libertée, égalitée, fraternitée ».

On emprunte une allée et déjà tout est là, d’un monde différent. Le nôtre et un autre où culture et politique mêlent leurs lettres, mains jointes entrelacées. Avenue Aimé-Césaire, poète devant l’éternel et tant d’autres qui nous emportent sur leurs ailes. Woody Guthrie descendu des collines du folk pour chanter le peuple américain. Rosa Parks, l’une de ces femmes qui n’auraient été personne si elle n’avait maintenu son corps immobile dans un bus dont un Blanc prétendait la déloger, et elle, immobile comme un soleil noir qui emplit l’horizon. Henri Krasucki, dirigeant de la CGT, fils d’ouvriers, mélomane et fou d’opéra, qui fit de la musique l’une des armes de sa résistance. Frida Kahlo, peintre des Amérindiens et derrière elle la chère ombre de Diego Rivera avec ses « murales », immenses représentations des réalités du Mexique.

Sous la halle Nina-Simone, près des expositions, le collectif d’artistes de rue Soirées dessinées improvise à fresque sur les thèmes de la paix ou de Jean Jaurès. Le portrait de ce dernier, travail en cours, se dessine en douceur, profil tourné vers les arbres aux pacifiques feuillages de l’œuvre voisine. La Paix, et donc la Guerre, portrait pas encore achevé mais déjà nappé d’un sang d’encre. Une dame brune, au micro, lit des textes de Pasolini, lecture corsaire tout près du flot d’arrivants à la Fête qui, soudain, éteignent leurs joyeux sifflets et marchent sur les pointes pour ne pas déranger. En face, les Mutins de Pangée, coopérative audiovisuelle et cinématographique pour le « désentubage cathodique » présentent leurs éditions rebelles. À venir, en salles ce mercredi, Il était une fois en Yougoslavie, Cinema komunisto, de la jeune réalisatrice Mila Turajlic, en quête d’un cinéma dont la disparition plonge l’histoire dans le brouillard. Elle ne se laisse pas faire.

Au premier tournant de l’exposition de la Fête, l’œil intense d’Antonio Saura perce sa lithographie. Au stand de Cuba, l’histoire s’affiche avec « Cuba Graficà », présentation des chefs-d’œuvre du patrimoine graphique de l’île crocodile ; la poursuite artistique se révèle aux aléas des périodes politiques, qui voient émerger une nouvelle génération de talents. Sur le stand du Venezuela, les Diables dansants, créatures en assemblage de masques et tissus, effraient un peu les petits enfants, qui peuvent en apprivoiser l’art dans un atelier éphémère. Diables ou épouvantails à condor, emblème pillé par l’empire des États-Unis dépeçant les démocraties d’Amérique latine. Au village du monde, des mondes se font écho. L’association Al Kamandjâti, créée sur l’initiative du musicien palestinien Ramzi Aburedwan, anime les écoles de musique de Ramallah, Jénine et Deir Ghassanah. Ici elle collecte des instruments pour les élèves palestiniens. Dans un grand bac, un bouquet de flûtes et guitares sert de tremplin à l’envol d’une installation de violons suspendus, arpèges en partance. Le Pads (Parti algérien pour la démocratie et le socialisme) a orné ses toiles de tente des grands portraits de combattantes de l’indépendance de l’artiste Mustapha Boutadjine.

Sous leurs regards vivants, un hommage est rendu au camarade Henri Alleg, homme de culture s’il en fut. Vaste cartographie, le Val-de-Marne a opté pour une boussole chilienne, avec piano, guitare et contrebasse. Angel Para chante Victor Jara. Souviens-toi, Amanda, quand tu allais chercher ton fiancé à l’usine, lui qui comme tant d’autres n’est jamais revenu ; quand tu vibrais de cette attente, de ces « cinq minutes qui te feront fleurir ». Sur le stand du CN, fleurissent en noir et rouge sur toiles blanches les pointes à vif de Charb, Coco, Lardon, Luz Louison et Guillaume Duchemin, dessinateurs aux traits acerbes invités à faire sa fête à la réforme des retraites. Au même endroit, l’artiste Pascal Colrat, par la photo d’une belle jeune fille éclairée comme un La Tour, prolonge les vers de Boris Vian : « Je n’ai pas besoin de gagner ma vie, je l’ai. » C’est l’exposition « Affiche-moi l’camp » où l’on se chope un vol d’hippopotame, on lévite aux signes de Lutt’opie détourés sur un ciel à la Magritte. Au nord, justement, la scène a mis le feu à l’averse, Lénine Renaud, ex-Marcel et son orchestre, Loïc Lantoine, et le rock métal et cornemuses de l’Opium du peuple.

Sur l’un des panneaux de l’exposition consacrée à Pasolini par la Cinémathèque française, offerte en avant-première aux visiteurs de la Fête, la mémoire brûle. Sortie en flammes, et pour viatique ces mots du cinéaste, poète et frère d’armes contre ce que déjà il nommait le « génocide culturel » des forces de domination : « Il faut résister dans le scandale, Et dans la colère, plus que jamais, Naïfs comme des bêtes à l’abattoir, Troublés comme des victimes, justement. »

Dominique Widemann

David Lescot lit La lettre d’Anatole France à Marcel Cachin:

 

Cher citoyen Cachin,

Je vous prie de signaler à vos lecteurs le récent livre de Michel Corday, les Hauts Fourneaux, qu’il importe de connaître.
On y trouvera sur les origines et la conduite de la guerre des idées que vous partagerez et qu’on connaît encore trop mal en France ; on y verra, notamment (ce dont nous avions déjà tous deux quelque soupçon) que la guerre mondiale fut essentiellement l’oeuvre des hommes d’argent ; que ce sont les hauts industriels des différents Etats de l’Europe qui, tout d’abord, la voulurent, la rendirent nécessaire, la firent, la prolongèrent. Ils en firent leur état, mirent en vie leur fortune, en tirèrent d’immenses bénéfices et s’y livrèrent avec tant d’ardeur, qu’ils ruinèrent l’Europe, se ruinèrent eux-mêmes et disloquèrent le monde.
Ecoutez Corday sur le sujet qu’il traite avec toute la force de sa conviction et toute la puissance de son talent. — » Ces hommes-là, ils ressemblent à leurs hauts fourneaux, à ces tours féodales dressées face à face le long des frontières, et dont il faut sans cesse, le jour, la nuit, emplir les entrailles dévorantes de minerai, de charbon, afin que ruisselle au bas la coulée de métal. Eux aussi, leur insatiable appétit exige qu’on jette au feu, sans relâche, dans la paix, dans la guerre, et toutes les richesses du sol, et tous les fruits du travail, et les hommes, oui, les hommes même, par troupeaux, par armées, tous précipités pèle-mêle dans la fournaise béante, afin que s’amassent à leurs pieds les lingots, encore plus de lingots, toujours plus de lingots. Oui, voilà bien leur emblème, leurs armes parlantes, à leur image. Ce sont eux les vrais hauts fourneaux ! (page 163).
Ainsi, ceux qui moururent dans cette guerre ne surent pas pourquoi ils moururent. Il en est de même dans toutes les guerres. Mais non pas au même degré. Ceux qui tombèrent à Jemmapes ne se trompaient pas à ce point sur la cause à laquelle ils se dévouaient. Cette fois, l’ignorance des victimes est tragique. On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels.
Ces maîtres de l’heure possédaient les trois choses nécessaires aux grandes entreprises modernes : des usines, des banques, des journaux. Michel Corday nous montre comment ils usèrent de ces trois machines à broyer le monde. Il me donna, notamment, l’explication d’un phénomène qui m’avait surpris non par lui-même, mais par son excessive intensité, et dont l’histoire ne m’avait pas fourni un semblable exemple : c’est comment la haine d’un peuple, de tout un peuple, s’étendit en France avec une violence inouïe et hors de toute proportion avec les haines soulevées dans ce même pays par les guerres de la Révolution et de l’Empire. Je ne parle pas des guerres de l’ancien régime qui ne faisaient pas haïr aux Français les peuples ennemis. Ce fut cette fois, chez nous, une haine qui ne s’éteignit pas avec la paix, nous fit oublier nos propres intérêts et perdre tout sens des réalités, sans même que nous sentions cette passion qui nous possédait, sinon parfois pour la trouver trop faible.
Michel Corday montre très bien que cette haine a été forgée par les grands journaux, qui restent coupables, encore à cette heure, d’un état d’esprit qui conduit la France, avec l’Europe entière, à sa ruine totale. » L’esprit de vengeance et de haine, dit Michel Corday, est entretenu par les journaux. Et cette orthodoxie farouche ne tolère pas la dissidence ni même la tiédeur. Hors d’elle, tout est défaillance ou félonie. Ne pas la servir, c’est la trahir. « 
Vers la fin de la guerre, je m’étonnais devant quelques personnes de cette haine d’un peuple entier comme d’une nouveauté qu’on trouvait naturelle et à laquelle je ne m’habituais pas. Une dame de beaucoup d’intelligence et dont les mœurs étaient droites, assura que si c’était une nouveauté, cette nouveauté était fort heureuse. » C’est, dit-elle, un signe de progrès, et la preuve que notre morale s’est perfectionnée avec les siècles. La haine est une vertu, c’est peut-être la plus noble des vertus. « 
Je lui demandai timidement comment il est possible de haïr tout un peuple :
— Pensez, madame, un peuple entier, c’est grand… Quoi ? Un peuple composé de tant de millions d’individus, différents les uns des autres, dont aucun ne ressemble aux autres, dont un nombre infiniment petit a seul voulu la guerre, dont un nombre moindre encore en est responsable, et dont la masse ignorante en a souffert mort et passion. Haïr un peuple, mais c’est haïr les contraires, le bien et le mal, la beauté et la laideur. « 
Quelle étrange manie ! Je ne sais pas trop si nous commençons à en guérir. Je l’espère. Il le faut. Le livre de Michel Corday vient à temps pour nous inspirer des idées salutaires. Puisse-t-il être entendu ! L’Europe n’est pas faite d’Etats isolés, indépendants les uns des autres. Elle forme un tout harmonieux. En détruire une partie, c’est offenser les autres.
Notre salut, c’est d’être bons Européens. Hors de là tout est ruine et misère.
Salut et fraternité,

Ernest Pignon Ernest parle de Pasolini :

 

Il dit dans cet entretien (son dernier avant sa mort, NDLR) : « Je suis comme quelqu’un qui est allé en enfer. Et quand je reviendrai…Il s’arrête et il dit « Si je reviens, j’aurai vu bien au-delà de l’horizon », puis il dit « On termine demain ? » Il lui dit « Donne-moi un titre. » Et il dit « Tu mets : Nous sommes tous en danger. » Et il meurt après. Il a été assassiné dans la nuit.

Ernest Pignon Ernest parle de Pasolini :

 

Pasolini parlait de ce capitalisme basé sur la consommation, sur la télévision ;

Stanislas Nordey : « Il y a toute une série d’entretiens de Pasolini qui vient d’être éditée. »

 

Ca fait du bien de voir un débat pour le journal « L’Humanité » ici, au festival d’Avignon. De nombreux intervenants, artistes mêlent l’histoire et la création artistique du journal. Ces lectures de textes font une sacrée bouffée d’oxygène. Dans le monde politique d’aujourd’hui, ça fait du bien.

L’Humanité n’est plus l’organe central du Parti Communiste français. Il est nécessaire à la vie démocratique. Je lis deux journaux tous les matins : « le  Figaro » et « l’Humanité ».

Chaque journal représente sa classe dans le contexte de la lutte des classes, et il faut les deux. S’il en manquait un, il manquerait tout. « L’Humanité » est une des dernières digues avant que tous les marchands ne s’emparent des derniers journaux d’opinion qui restent en France.

C’est la politique du « court-termisme ». Tout se fait dans le temps court.

La politique internationale ? c’est celle du doigt sur la gâchette.

La politique diplomatique ? c’est celle du tweet.

La politique économique ? c’est celle des grandes multinationales qui veulent remplacer les états, c’est celle du « trading haute fréquence ».

Tout est marchandise. Tout doit aller vite. Tout est privatisé. Et à force de tout privatiser, on sera privé de tout. C’est pour cela qu’il y a besoin de politiques publiques qui préservent l’art, la création, la culture et qui permettent le débat le plus pluraliste dans notre pays qui éveille les consciences et l’humanité. Le journal « L’Humanité » y a toute sa place.

La suite ici:

Publié dans Politique

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