Les Amis De L'humanité - Culture - Charles Sylvestre et Pierre Dharréville - Camus

Publié le par bmasson-blogpolitique

Les Amis De L'humanité

Barbentane

La culture et ses enjeux

Charles Sylvestre

Ancien journaliste à « La Marseillaise » et « L’Humanité »

Pierre Dharréville

Responsable national de la commission culture du PCF

07 19

 

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

 

« Je rentrais de la guerre d’Algérie et je me suis retrouvé à la « Marseillaise ». je n’étais même pas communiste. Je ne sais pas si j’étais de gauche. Mais je ne pouvais pas souffrir cette sacrée guerre d’Algérie. Il y avait un type formidable qui vient de mourir. Il s’appelait Georges Doman. Il avait été FTP (Franc Tireur Partisan). « Veux-tu commencer à travailler sans être payé ? » C’était en 1962. J’ai accepté.

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

 

 

Avignon avait un maire communiste en 1945 et 1946. Georges Pons était médecin de la famille de Charles Sylvestre. On l’appelait le médecin des pauvres. Il avait été résistant comme René Char. Avignon s’est joué avec cette trilogie : Vilar, Pons, Char. Ils s’entendaient merveilleusement bien et savaient ce qu’ils voulaient. A la Libération, ils voulaient faire renaître le pays. Pas seulement au niveau de l’argent, mais aussi au niveau « des têtes ».  En 1945, la France ne pouvait pas être la France d’avant, celle de Vichy, celle de Laval. En même temps qu’une exposition de Picasso et de Braque, Vilar allait jouer dans le Palais « Meurtre dans la cathédrale » de T. S. Eliot, un anglais. C’est une pièce contre l’insoumission. Un archevêque résiste au roi. Il sera tué en pleine cathédrale.

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

 

Pour le premier festival, Vilar a créé : « Richard II » de Shaekespeare, une pièce de Maurice Clavel « La terrasse de Midi », et une pièce très difficile de Paul Claudel : « Tobie et Sara ». Il mettait la barre haute. Ils n’allaient pas jouer « Mireille » dans le Palais des Papes. Ca a été une réussite au niveau de l’écho, de la presse parisienne. Mais financièrement, ça a été un désastre. La mairie d’Avignon a dû rajouter 700 000 F aux 300 000 F déjà votés.

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

Vice président de l’association.

Barbentane

Qu’est-ce qu’on peut faire et pas seulement secteur par secteur ? C’est agir sur l’état d’esprit général dans la société. Cette année, un petit signal s’est allumé au festival d’Avignon. Olivier Py et Philippe Martinez (CGT) ont invité 300 personnes du monde travail, des salariés, des chômeurs, des précaires, des sans-papiers. Ils sont invités à assister à des spectacles, à rencontrer des artistes, à discuter entre eux. C’est un retour aux origines du festival d’Avignon. Vilar ne voulait pas s’en tenir au public qu’il avait bien connu à Paris. Il avait envie de sortir de la « bonbonnière ». Il voulait créer quelque chose de beaucoup plus ouvert. Il avait la cour d’honneur, le ciel, les étoiles. Ca ne pouvait pas réussir si, avec son équipe, ils fonctionnaient en vase clos. Les Comités d’entreprise ont joué un très grand rôle. Il a dit à la fin de sa vie que sans les comités d’entreprises et les syndicats, il ne pourrait plus assumer sa fonction.

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

Vice président de l’association.

Barbentane

 

Vilar savait que c’était fragile. Ca renvoyait aussi quelque chose au monde du travail. A Chaillot et à Avignon, 1 000 personnes venaient grâce aux comités d’entreprises. Martinez (CGT), Mailly (FO)  et Régis Debré se désolaient que les comités d’entreprises se tournent vers la billetterie. « On a de l’argent et on va acheter des billets à prix réduits. » Ca a transformé le monde du travail en consommateur. Gérard Philipe allait dans les cours de lycées, dans les lieux de vacances du monde du travail.

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

Vice président de l’association.

Barbentane

 

Gérard Philipe trouvait qu’il n’y avait pas assez d’ouvriers au festival d’Avignon. Vilar trouvait « que c’était plus facile à dire qu’à faire. » Les trois directeurs de théâtre (Avignon, Aix avec l’art lyrique, Marseille et le festival des musiques), ont signé un texte commun paru dans Libération, il y a 2 ans, disant  qu’ils avaient un problème. Le public ne se variait plus. Il était trop homogène. La limite a été atteinte.

 

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

Vice président de l’association.

Barbentane

 

L’art lyrique, le théâtre, la musique ne sont pas faits que pour une partie de la population qui a l’habitude d’aller dans ces structures. La société peut-elle se contenter d’avoir une partie d’elle-même qui a accès à cette culture et de laisser le reste sur la touche? Ceux qui sont sur la touche regardent la télévision. Tout n’est pas méprisable mais c’est souvent lamentable du point de vue culturel. Sur France 2, à 13h, vous avez 45 secondes sur les migrants qui se noient en Méditerranée, ou sur une usine qui ferme, et vous avec un quart d’heure sur la consommation. A quoi ça habitue les gens et les enfants?

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

Il y a des attentes profondes dans la société qui se sont exprimées de façon inattendue avec le mouvement des Gilet-e-s Jaunes. On nous présente la contradiction de la société avec le peuple inculte d’un côté et de l’autre, les élites cultivées. C’est une vision tronquée de la réalité. Il y a des cloisonnements et des divisions qui font beaucoup de mal. On a besoin de réapprendre à lire le monde et la culture est décisive pour cela. Je pense qu’un théâtre est un lieu important pour une ville. On s’y retrouve, on se rencontre, on y prend du plaisir, et on s’interroge aussi.

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

C’est une des « vertus » de la culture. Ce n’est pas un supplément d’âme. Sinon, la partie est perdue. Il faut dépasser le débat sur l’accès à la culture. A Port-de-Bouc, le théâtre sort de ses murs. Les artistes s’interrogent sur la manière dont leur œuvre a de la portée. Avec de l’exigence artistique, ils se demandent « Comment ce que je fais est vu, et interroge un large public ? »

 

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

L’artiste n’a pas toutes les clés pour rendre son œuvre visible. Il y a des métiers pour ça et il faut travailler là-dessus dans les milieux culturels. Après l’accès, il y a aussi la pratique. Il n’y a pas d’un côté, ceux et celles qui donnent et de l’autre, ceux et celles qui reçoivent. Pourtant, il y a gens qui ont une capacité particulière à exprimer des choses, à les représenter, à faire passer des émotions, à poser des questions que nous n’arrivons pas à exprimer. Ils doivent prendre plus de place dans l’espace public. Face à la désespérance, cela peut ouvrir des portes. Des artistes se sont intéressé-e-s à ce que disait le mouvement des Gilet-e-s Jaunes et à s’élever contre le mépris du pouvoir politique et de ceux qui parlent dans les postes de télévision et de radios. Les gens n’attendent pas de consommer plus.

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

Se faire respecter. C’est une dimension de l‘ordre de la culture. On peut apprécier ou pas des œuvres, des pratiques artistiques. Quand on est mis en présence d’une œuvre, il se passe quelque chose. La critique est riche. Les centres d’art contemporain, comme à Port-de-Bouc par exemple, suscitent des interrogations. On ne comprend pas des fois. D’autres fois, on est hermétiques. Le pari n’est pas perdu. Il doit nous ouvrir l’esprit.

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

Les associations  « Le Secours Populaire », le « Secours Catholique », «les « Petits Frères des Pauvres » ne se contentent pas  de dire « On va ouvrir des épiceries ». Elles se battent pour l’accès à la culture. Elles n’acceptent pas cette pyramide de Maslow* qui tire vers le bas. La première difficulté est de manger à sa faim. Pour s’en sortir et être humain-e pleinement, ça ne suffit pas. La culture est essentielle pour vivre. Dans les collectivités territoriales, quand les budgets diminuent, la première chose que l’on touche, car cela soulèvera le moins d’opposition, ça peut être la culture. On fait une erreur. Pour faire valoir ses droits, pour se faire respecter, pour faire vivre la démocratie, si on touche à la culture, cela devient vite plus compliqué. Certain-e-s acteurs-trices du monde culturel revendiquent la sanctuarisation (= protection, NDLR) du monde culturel.

 

*

 

                       

http://alain.battandier.free.fr/spip.php?article6

 

 

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

Il ne faut pas en rester aux chiffres et aux protocoles. Mais il faut mettre sur la table ce qui permet la richesse de la rencontre, de l’humanité. Tout ce qui peut nous permettre l’épanouissement et l’émancipation. On peut ensemble ouvrir des espaces. On a parlé de l’école. La difficulté est que l’on ne veut faire que des choses utiles immédiatement. On veut former des gens à un travail pour rapporter de la compétitivité et de la rentabilité. Ca ne marche pas comme ça. La vie n’est pas comme ça. Dans une entreprise, là où on est le plus performant, c’est quand on a conscience de l'œuvre à laquelle on participe. Réduire l’école et la formation professionnelle aux gestes, c’est se tromper. Chacun et chacune doit pouvoir se situer dans le monde, dans le travail, dans la société. Ainsi on permettra des dynamiques populaires où chacun-e se sent respecté-e et à sa place.

Jean-Christophe Daudet

Maire de Barbentane

 

Il a commencé sa carrière à Saint-Denis, près du journal « L’Humanité ». Il a travaillé à Fos-sur-Mer pendant quatorze ans.

«Pour parler de l’incendie de Notre-Dame, on a tous été choqués car la cathédrale fait partie du patrimoine national. Au conseil municipal, on a fait une minute de silence. Victor Hugo en a parlé. Je me suis demandé si la mairie allait donner ou pas une subvention. Et nous avons décidé de ne pas le faire. Quand on a vu l’emballement médiatique et le nombre de dons qui étaient conséquents, on s’est dit que ce n’était pas nécessaire. Les entreprises le faisaient dans un souci de défiscaliser.

Barbentane est un village qui a un fort patrimoine, malheureusement à 90% d’ordre privé. L’objectif est de rénover la chapelle Notre-Dame de l’Observance. On cherche des partenariats publics-privés car le budget du ministère de la culture n’est pas très important. Le personnel de la DRAC dans les Bouches-du-Rhône répond trois, quatre ou six mois plus tard. Il est débordé ».

Jean-Christophe Daudet

Maire de Barbentane

 

« La culture et le patrimoine sont des outils de développement local. On a les « jeudis de Barbentane ». La culture permet d’ouvrir l’esprit à contrario du repli sur soi. Les gens ont peur de l’avenir. Quand on ne sait pas où on va, il faut savoir d’où l’on vient. »

Jean-Christophe Daudet

Maire de Barbentane

 

« Le vote pour le RN : les gens perdus sont comme des lucioles qui vont s’écraser contre les phares d’une voiture. On veut que ce village soit ouvert, tolérant. On a un chantier international de jeunes qui accueille des Mexicains, des Turcs, des Algériens. La population est très contente de les accueillir. »

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

Nous allons examiner à l’assemblée nationale une nouvelle loi sur la distribution de la presse. Dans ces lois de la Libération, il y a la loi Bichet qui organise la distribution de toute la presse

Dans tout le pays. Les grands propriétaires (de la presse, NDLR) ont le sentiment de payer pour les autres. Ils veulent mettre fin à cette mutualisation qui est de l’ordre du service public. Je suis inquiet sur les évolutions à venir.

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

 

La grève des cheminots : le gouvernement les a obligés à reprendre le travail avec des menaces graves de pertes de salaires. On menace aux professeurs de supprimer un demi mois de salaire. Le chantage au porte-monnaie est effrayant. « Quand on décide, vous appliquez ! Et silence dans le rang.» Ca joue de façon considérable sur les citoyens.

Pour la presse, le 25 août 1944, appliquant le programme du Conseil National de la Résistance, des ordonnances sur la presse qui disent que la presse doit être sanctuaire (= indépendante, NDLR) des puissances d’argent et du pouvoir politique. Où en est-on du sanctuaire de la presse ?

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

 

« La Croix » est restée indépendante. Le reste de la presse est aux mains d’un certain nombre de milliardaires. Ils en font ce qu’ils veulent. Je lis tous les journaux, y compris ceux du dimanche. Depuis l’ère Macron, il y a eu un durcissement de l’orientation des journaux qui est vertigineux. Pour les Gilet-e-s Jaunes, les « unes » de ces journaux (Le Parisien, le Journal du Dimanche, le Point, etc) sont devenus des tracts de propagande qui allaient dans la même direction. Il existe la menace financière sur la presse. Mais il y a  aussi une menace idéologique. Avec le « secret des sources », il y a une volonté de dicter aux journaux et aux journalistes les idées qu’ils doivent défendre. La presse française remonte aussi à la Révolution. Et aussi aux années Trente (1930).

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

Vichy, c’est la négation de la presse. La plupart a collaboré ou s’est effondrée. En 1944-45, qui a recréé la presse ? C’est la Résistance : « Combat », avec Albert Camus*, « Libération », d’Astier de la Vigerie, « L’Humanité » est clandestine pendant les années de guerre et de la Résistance. Ca en dit long. Ces gens avaient des idées fortes et les défendaient la « plume à la main ». Si on veut interpeller les pouvoirs dirigeants, il faut leur dire « Respectez les ordonnances de 1944. » C’était sous l’égide du général de Gaulle et des Résistants chrétiens et communistes.

*

Albert Camus 

Avignon 

Bibliothèque Ceccano

Albert Camus 

Avignon 

Bibliothèque Ceccano

Biographie

Albert Camus 

"Le mépris se transforme en fascisme."

Albert Camus 

L'amour, le don et le non  retour...

 

Albert Camus 

L'argent roi 

"Du port obscur montèrent les premières fusées des réjouissances officielles. La ville les salua par une longue et sourde exclamation... Le docteur Rieux décida alors de rédiger le récit qui s'achève ici, pour ne pas être de ceux qui se taisent, pour témoigner en faveur de ces pestiférés, pour laisser du moins un souvenir de l'injustice et de la violence qui leur avaient été  faites, et pour dire simplement ce qu'on apprend au milieu des fléaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser."

Albert Camus

La Peste

-------------

« Plus je vieillis et plus je trouve qu’on ne peut vivre qu’avec les êtres qui vous libèrent, qui vous aiment d’une affection aussi légère à porter que forte à éprouver. La vie d’aujourd’hui est trop dure, pour qu’on subisse encore de nouvelles servitudes. »

Albert Camus à René Char

Albert Camus

La méchanceté est liée à l'ignorance.

"Celui (ou celle) qui sait se refusera à toujours dominer et à violenter. A la puissance iel préfèrera toujours l'exemple."

NDLR: si c'était si simple!

-----------------

« On se fatigue de voir la bêtise triompher sans combat. »

 

Albert Camus

--------------

Albert Camus.

Le fascisme brutal fait irruption quand la démocratie est malade.

-----------

« Et puis, j'ai plus d'affinités avec la terre, avec le soleil, avec la mer, qu'avec les hommes ; avec les rêves, qu'avec la réalité."

Maria Casarès :

"Lettre à Albert Camus"

---------------

Albert Camus et  María Casares.

--------

 

Albert Camus

-----------

Albert Camus 

"Vivre tue" 

Depuis 1913.

---------

"Attends-moi comme je t’attends… Vis, sois éclatante et curieuse, recherche ce qui est beau, lis ce que tu aimes et quand la pause viendra, tourne-toi vers moi qui serai toujours tourné vers toi."

Correspondance –

Albert Camus à Maria Casarès.

-------------

Caligula, p.53

Albert Camus. 

Citations. Caligula - 1944.

-----

"Le fascisme, c’est le mépris. Inversement, toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme."

Albert Camus

-

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

 

« Il faut présenter au public ce qu’il ne sait pas ce qu’il désire », c’est de René Char. Il faisait partie de la trilogie « Vilar, Pons, Char ». Pons était le maire communiste d’Avignon de 1945 à 1947. « Ce qui vient au monde pour ne rien déranger, ne mérite ni égard ni patience. » Ce mot de René Char est devenu mon viatique (= Ce qui aide et soutient pour les besoins de l'existence, NDLR). C’est une clé et du présent et de l’avenir. Même au festival d’Avignon, on dit : « Il faut créer des choses qui réussissent, voire à n’importe quel prix. » D’où les célébrités, la médiatisation. Les citoyens et ceux qui travaillent ne sont-ils que des exécutants ? Ou ont-ils réellement choisi leur métier ? Il y a des mots comme « cœur de métier », « l’amour du métier ». L’appel des appels va fêter ses dix ans. Ca s’est fondé sur l’attachement au cœur de métier contrairement au néo-libéralisme qui veut dicter d’en haut aux gens ce qu’ils ont à faire. Pour moi, culture et vie sociale se croisent.

 

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

Je n’ai pas parlé du festival d’Avignon. Dans quelques jours, nous irons sur place discuter de culture et aussi de « l’Humanité ». Le 11 juillet, une initiative aura lieu avec des artistes à la maison Jean Vilar. Il faut prendre soin du spectacle vivant qui est dans une phase complexe. Il y a une articulation entre le travail déterminant et important des grandes scènes nationales et  les compagnies qui proposent d’autres choses. Il faut travailler sur le rapport entre la création artistique et le public. « Il faut présenter au public ce qu’il ne sait pas ce qu’il désire », cette phrase de René Char pose la question de l’accès à la création, des rapports entre les créateurs et le public, et aussi de la pratique artistique dans notre pays. Ca participe aussi à l’éducation populaire (et inversement, NDLR).

 

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

On ne peut pas oublier les plasticiens. Il y a peu de politiques publiques mises en œuvre pour les aider à l’échelle nationale. Ni oublier les écrivains. On peut discuter de la disparition programmée de la Maison des Ecrivains à Paris. Donc toute la politique éditoriale revient à des acteurs privés. On a besoin d’outils publics car ils sont communs démocratisés, décentralisés, pour développer la culture dans notre pays. La culture ne doit pas devenir un objet de marchandisation parce qu’on obtiendrait une uniformisation des esprits. La richesse est dans la diversité culturelle. Aujourd’hui, il y a  une crispation identitaire dans notre pays. Et pour en sortir, je crois profondément à la culture. C’est elle qui nous met en mouvement.

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

 

Il y a une crise anthropologique. On fait le vide culturel. Quand le PDG de TF1 parle des médias et dit : « Je suis là pour vendre du temps de cerveau disponible pour la publicité », on voit dans quel registre il se situe. La macronie au pouvoir n’est pas un mouvement politique nouveau. Je vous encourage à lire de Pierre Serna qui écrit toutes les semaines dans « L’Humanité » la « chronique de l’extrême centre ». Dans son livre il approfondit ces idées-là et il montre la filiation du macronisme avec les mouvements bien connus depuis la Révolution française.

 

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

Les politiques culturelles qui ont cédé à la marchandisation ne datent pas d’Emmanuel Macron et de ses amis. Sous le libéralisme, la puissance publique recule. Elle se défait des outils pour intervenir. C’est le cas lorsque l’on décide de créer une agence nationale de la culture. C’est pareil pour le sport. Il y avait un ministère avec un débat pour définir des orientations, avec des leviers pour agir et encourager des dynamiques.  Ces agences deviennent des administrations indépendantes, et passent les plats pour celles et ceux qui frappent à la porte pour demander de l’argent.

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

La culture n’est pas un « truc » qui se décide en haut, dans un ministère. La culture émerge des femmes et des hommes. Elle grandit dans l’éducation populaire. La marchandisation a fait des dégâts monumentaux. Il y a beaucoup de soucis à se faire quand on regarde l’état de l’éducation populaire. Dans les politiques publiques, il faut encourager tout ce qui peut émerger, se construire avec les artistes qui ne sont pas des individus uniquement capables de création, mais avec des artistes investi-e-s dans la société, enraciné-e-s dans leur territoire, dans des mouvements.

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

La démocratie culturelle.

La crise politique d’aujourd’hui n’est pas seulement une crise de défiance à l’égard des élus. C’est une crise institutionnelle beaucoup plus profonde. C’est une crise de sens. Lucien Sève, le philosophe, le dit ainsi : « c’est une crise anthropologique*. Nous avons la possibilité à identifier la crise écologique (et c’est tant mieux) pour sauvegarder et préserver la planète, mais par contre nous ne mesurons pas cette crise anthropologique dont les conséquences sont aussi grandes ».  Quelle humanité sommes-nous et voulons-nous être ? Quels humains sommes-nous ? Ces questions ne sont pas suffisamment présentes dans le débat public et politique et dans notre manière de vivre les uns avec les autres. La culture est convoquée immédiatement pour répondre à cette question fondamentale. La culture nous permet de nous lier, d’échanger, de grandir.

 

 

*

L'anthropologie est une science, située à l'articulation entre les différentes sciences humaines et naturelles, qui étudie l'être humain sous tous ses aspects, à la fois physiques et culturels.

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

La démocratie, c’est d’abord faire ensemble.

Cet affaissement démocratique est lié à une forme de démocratie marchande. La démocratie d’opinion ou de l’instant nous impose la dictature des sondages. On a du mal à creuser le sillon, à approfondir, à regarder sur le temps long où nous voulons aller et quels chemins il faut emprunter.

Pierre Dharréville

Député PCF des Bouches-du-Rhône

 

 

La marchandisation.

Dans une société divisée fragmentée, comment faire, comme le disait René Char, pour faire renaître le Pays ? Aujourd’hui, est-ce encore un défi d’actualité ? Pour faire renaître un pays et son humanité, on a besoin de déployer ce qui nous aide à nous épanouir, à nous émanciper, à être libre. C’est là qu’intervient l’appel à la culture. Les politiques publiques sont dans les domaines des politiques de marchandisation. On s’en remet au marché. C’est le défi à relever. On a marchandisé le logement, la formation professionnelle, etc. La culture n’y échappe pas. Des forces financières ont intérêt à ouvrir des espaces de profits. La culture peut développer de la rentabilité. Les industries culturelles du cinéma se mettent en œuvre. Mais l’industrie peut aussi faire de belles choses.

Charles Sylvestre

Créateur des comités des « Amis de l’Humanité »

 

L’audace artistique.

Le premier acte de l’artiste, ce n’est pas d’attendre l’argent de l’état. Il en faut. Le premier acte doit être indépendant de tous les pouvoirs. Vilar avait un mot incroyable. Il disait : « Il faut présenter au public ce qu’il ne sait pas qu’il désire. » Il voulait tout le temps apprendre quelque chose, surprendre, ouvrir les regards. Il a renouvelé ses programmes. Chaque année, il y avait quelque chose de nouveau. Cette question de l’audace artistique et culturelle est très importante.

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article