Théâtre - La double inconstance de Marivaux - Cabu - Virginité - Arlequin

Publié le par bmasson-blogpolitique

Théâtre

La double inconstance.

De Marivaux

Compagnie RL

Jacques Brücher : Trivelin 

François Cognard : Un Seigneur 

Marie Delmarès : Flaminia 

Augustin Passard : Le Prince 

Hugo Seksig : Arlequin  

Pauline Chalamet : Lisette 

Natacha Steck : Silvia

C’est le temps de l’apprentissage, mais pas seulement amoureux. C’est aussi le temps de l’intégration d’une certaine fatalité car un homme puissant peut enlever une femme, contre sa volonté, et s’en faire aimer ! Il n’y a aucune rébellion. Arlequin s’adapte et  Silvia lutte pour épouser son rapteur. Mais, à ce moment-là, y avait-il beaucoup de possibilités pour une femme? Entre le destin d’une femme mariée et celui d’une mère célibataire, le choix est vite fait. Et entre l’amour d’un paysan et d’un prince, Silvia doit choisir. C’est le passage d’amours adolescentes à celui des amours adultes.

Silvia aime Arlequin qui l’aime. Tous deux sont des paysans. Silvia  se demande au départ, en parlant de l’intérêt du Prince pour sa personne : « M’a-t-il demandé mon avis ? Force-t-on à recevoir un présent malgré soi ? » Puis en parlant d’Arlequin*, une fois son cœur donné au bel inconnu, elle devient à son tour cruelle : « C’est le plus passable de tout le canton, je l’ai comme amoureux, faute de mieux. C’est un homme dont j’ai pitié. » Pas tendre ! On peut soupçonner que Silvia a percé le secret du prince qui rêve d’être aimé pour ses propres qualités et non pour son statut social. Mais que cherche-t-il en elle ? La saveur d’un sentiment amoureux qui le change de la flatterie de ses courtisan-e-s ? La quête de la virginité* champêtre? Il n’imagine pas, lui non plus, que cette image idéalisée de l’amour va se transformer. Silvia est néanmoins coquette et prête à combattre ses rivales qui se moquent d’elle, de sa fraîcheur, de sa naïveté, de son côté campagnard. Elle évincera la sulfureuse Lisette, sœur de Flaminia. Silvia déclare, péremptoire : «Lorsque j’ai aimé Arlequin, c’était un amour qui m’était venu ; à cette heure je ne l’aime plus, c’est un amour qui s’en est allé ;  Il est venu sans mon avis, il s'en retourne de même, je ne crois pas être blâmable ». Puis, Silvia intimera à Arlequin de se « consoler comme il le pourra et de s’accommoder de sa nouvelle relation avec le Prince ». La sentence est tombée.

 

 

Le Prince est jeune, plein de fougue, mais ne veut pas user de la violence pour plaire. Pourtant, il usera du rapt de Silvia et il saura utiliser ses relations, ses alliés, de mots avantageux et de présents pour parvenir à ses fins. Il veut que Silvia l’aime et elle l’aimera.

Le Prince flatte Arlequin en lui accolant un serviteur malgré lui (encore…), serviteur qui pense que la « femme est une espèce à nous inconnue », même si elle est convoitée pour ses charmes. Le malheureux aime secrètement Flaminia, sans retour.

Voilà notre valet servi… avec des accents et des intonations à la manière de « La vérité si je mens »…accents qui sont ravissants quand il s’emporte. Parfois, il rappe son texte, les bras le rythment et l’accompagnent. Il est plein d’ingénuité et est touchant.

 

Et pourtant, Arlequin se satisferait bien de son sort. La richesse, il n’en veut pas. Sa Silvia lui suffit.  Il n’a pas d’ambition ni « l’orgueil noble » de s’élever. Il découvre les usages de la noblesse, mais les refuse quand il s’aperçoit qu’il faut se soumettre et respecter ce Prince qui veut lui ravir son amoureuse. Mais il cède à la gourmandise** et le Prince a trouvé son point faible. Arlequin envisage une autre relation amoureuse quand il s’aperçoit qu’il risque de perdre la première. Il fait mentir le proverbe « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». « Comment les jaloux ont-ils l’esprit tourné ? Eh bien, oui, je suis jalouse » dit Flaminia qui devient amoureuse d’Arlequin, presque à son insu. Mais devient-on amoureux à son insu ? Au service du Prince, prête à dévoyer Arlequin pour plaire à son maître, elle lui découvre des qualités qui lui ont fait aimer son premier amant décédé.

Et Arlequin, assuré de l’amour de Flaminia, cèdera sans vergogne  ni scrupule sa première fiancée au Prince qui n’assure dans ce cas présent ni la justice ni la protection mais exige la docilité dans son propre intérêt. Il a gagné. L’ordre de la société est conservé. Le pouvoir lui a permis d’accéder à l’amour dont il rêvait.

 

Bien ? Mal ? « On n’est pas maître de son cœur. » Mais il lui a suffi de parler pour faire évoluer la situation. Le prince revendique et change les sentiments de son entourage. Il  agit sur le monde.

La morale conclut cette pièce de théâtre :

« Si tout cœur de femme est sujet à la légèreté, tout cœur d’homme ne vaut pas mieux. »

Les coussins volent, les claques aussi, les coups tombent. On n’est pas tendre au XVIIIe siècle ! La complexité du sentiment amoureux est associée au pouvoir, dans une prose française qui demande un peu d’attention. On y entend des expressions de cette époque : « Parler à la franquette » ( parler en toute franchise), « Le caquet » (bavardage intempestif, indiscret), « Ce faquin » (homme méprisable et impertinent, maraud, coquin), « Faire l’amour » (parler d’amour, faire la cour),« Nonobstant » (néanmoins)….

Marivaux disait : « Si on me traitait d’homme d’esprit, j'en serais heureux, mais rien ne me ferait davantage plaisir que si on disait de moi que j'ai corrigé quelques vices chez certains de mes contemporains. »

 

Cependant, dans la vie, les classes sociales se mélangent peu. Dans les contes de fées, on peut lire qu’un roi épouse une fille du peuple. Cendrillon, enfermée dans sa maison, use de chaussures pour sortir de chez elle et aller au-devant de son mari, un prince. Marivaux n’échappe pas à ces fantasmagories. Il devait croire que l’on peut s’élever grâce à l’amour. Malheureusement, Louis XIV a épousé secrètement madame de Maintenon et la Pompadour n’a pas épousé Louis XV.

D’autre part, au XXIe siècle, l’amour est un acte de choix et pas un sentiment qui viendrait de nulle part. Deux amoureux sont unis par ce qu’ils aiment plus que tout, l’amour. Cette possibilité de choix donne une autre saveur au sentiment amoureux.

 

Le spectacle est enlevé. Le rythme est soutenu. Les acteurs sont enflammés, passionnés et nous font vivre un moment de théâtre joyeux, festif avec beaucoup de rebondissements. Le temps passe à une allure accélérée. Les deux heures semblent être des minutes…et les questions que se posent les protagonistes sont toujours d’actualité.

Mais, ce que j’aimerais connaître, c’est la suite. Les deux mariages ont-ils été heureux ?

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Marivaux 
"Seconde surprise de l'amour" 
Par Alain Françon 
L'Humanité 
11 21
 
C'est une pièce qui parle de la liberté d'aimer qui on veut.
 

 »La Seconde Surprise de l’amour » est une comédie en trois actes et en prose de Marivaux représentée pour la première fois le 31 décembre 1727 par les comédiens ordinaires du roi au théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

« Dans « La Seconde Surprise de l’amour », il s’agit de deux personnes qui s’aiment pendant toute la pièce, mais qui n’en savent rien eux-mêmes et qui n’ouvrent les yeux qu’à la dernière scène » ainsi Marivaux résume-t-il lui-même l’intrigue de sa pièce.

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Jean-Claude Lecouflet

Arlequin

Bronze

Caen

Abbaye aux Dames

Cabu à Avignon:

 

Cabu

Pascale Audret dans la Double inconstance de Marivaux

Mise en scène de Roger Mollien

Festival du Marais

1971

Croquis non utilisé pour la publication dans Le Figaro

Avignon

 

 

Cabu

Laurent Benoît dans la Double inconstance de Marivaux

Mise en scène de Roger Mollien

Festival du Marais

1971

Croquis non utilisé pour la publication dans Le Figaro

Avignon

 

 

Cabu

Agathe Natanson dans la Double inconstance de Marivaux

Mise en scène de Roger Mollien

Festival du Marais

1971

Croquis non utilisé pour la publication dans Le Figaro

Avignon

 

Cabu

Dernières années avant mai 68.

Exposition proposée par le lycée Marie Laurencin

Lycée des Métiers de la mode et du Spectacle.

Riom/ Puy-de-Dôme

Le Festival d’Avignon 2018 honore l’œuvre de Cabu. La Comédie française et la Maison Jean Vilar organisent deux expositions qui traitent des rapports de l’artiste avec le spectacle vivant.

Le Théâtre de la Porte Saint-Michel présente des œuvres méconnues de Cabu réalisées lors des changements profonds qui traversent alors la jeunesse peu de temps avant Mai 68.

Des services à orangeade, des verres et des pichets dessinés, gravés et signés par Cabu dans les années soixante sont présentés.

Certains dessins montrent Cabu s’exprimant par la musique et le jazz, d’autres scènes sont le reflet de sa vie d’adolescent « le grand Duduche », jeune homme réfractaire à l’autorité de l’armée, de la police et de l’éducation nationale.

Cette jeunesse ne va plus supporter la société jugée trop conservatrice et va décider de combattre.

Cabu

La remise des prix

Avignon

« Moi Cabu, le grand Duduche, je ne suis pas un génie, je préfère être un hippie. »

 

Hantise du service militaire.

Les traces de la guerre d’Algérie hantent toujours les esprits.

Mon Général est de plus en plus contesté.

 

Elle fume, détendue, sa toute première cigarette.

Sûre d’elle mais encore emprisonnée dans sa robe d’écolière, elle est prête à défier l’autorité de l’internat.

 

Dansons jusqu'au bout de la nuit loin de tout interdit.

Premiers émois amoureux, premiers slows, des caresses encore interdites.

 

Fin d’autorité de la surveillante chef.

Le monde ancien est en train de s’écrouler.

 

Cabu 
La rafle du Vel'd'Hiv.
 

En 1967, à l'occasion de la sortie du livre de Claude Lévy et Paul Tillard, La Grande Rafle du Vel d'Hiv, Cabu, jeune dessinateur de presse, met tout son talent pour illustrer cette tragédie. Ces dessins restituent de manière poignante cette page sombre de notre histoire.

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Le roi est en colère

Tag à Rouen

 

Musée Calvet

Avignon

Entrée gratuite

 

Antoine Charles Horace Vernet

Dit Carle Vernet

Bordeaux, 1759 – Paris, 1836

Course de chevaux libres sur le Corso à Rome           

1826

Huile sur toile

 

*

NDLR : nouveau pèlerinage en France pour vérifier la virginité des jeunes femmes !

A Salency, « la pureté des filles » sera bien célébrée en 2019.

Le maire (SE), Hervé Deplanque, évoque une fête « un peu dépassée ». En cause, les critères de sélection retenus pour désigner la jeune Rosière : la conduite irréprochable, la vertu, la piété, la modestie, mais aussi… la virginité.

http://m.leparisien.fr/amp/salency-60400/a-salency-la-purete-des-filles-sera-bien-celebree-en-2019-08-08-2018-7847031.php?__twitter_impression=true

 

Pétition :

En France, en 2019, certains prétendent encore évaluer la pureté et la virginité des filles – avec l'argent public !

Le 02 juin 2019 devrait se tenir à Salency une « Fête de la Rosière », à l'initiative de Bertrand Tribout, fervent catholique, président de la Confrérie de Saint-Médard. Cette initiative doit recevoir le soutien logistique et financier du maire, Hervé Deplanque (SE).

NDLR : les valeurs d’antan remises au goût du jour par l’église…

Oise : la fête qui célèbre la virginité des jeunes filles pourrait être annulée.

(…) Le maire de la ville a reçu de nombreux courriers de protestations et songe désormais à faire annuler l’événement.

(…) Car un critère de sélection de cette « Rosière » indigne. Celui de la virginité.

(…) « Je m’attendais à quelques réactions au niveau local, mais pas à ce que cela prenne une ampleur nationale ».

L’OMS appelle à cesser la pratique des tests de virginité

Ces examens, trop fréquents, ne reposent sur aucune base scientifique et menacent la santé des femmes, avertit l’institution des Nations unies.

(…) Test "de l'hymen" ou "des deux doigts".

(…) L’OMS estime donc qu’il est urgent d’informer les professionnels de santé, les pouvoirs publics et les particuliers sur les dangers de ces tests, en particulier dans les régions du monde où ils sont couramment pratiqués. 

 

 

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P 24, 51 :

Les chrétiens sont gourmands.

Les premiers chrétiens, qui cherchent à convertir non seulement les Juifs, mais aussi ceux qui ne le sont pas, décident d’abandonner la distinction entre nourritures « convenables » et « interdites ». Ils comprennent qu’il est plus aisé de prêcher la bonne nouvelle à des hommes et des femmes de toutes nations s’ils peuvent partager avec eux leurs repas. Pour devenir « universelle », l’Eglise devint omnivore.

 

« Il ( Porphyre, NDLR) fit cet admirable livre pour convertir un de ses disciples qui s’était fait chrétien par gourmandise. »

Voltaire

Pensées végétariennes.

Editions Mille et une nuits – 2014

Publié dans Théâtre

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