Théâtre - Sandrine Bonnaire dans "L'Homme A"

Publié le par bmasson-blogpolitique

Théâtre

L’Homme A

D’après L’Homme assis dans le couloir et L’Homme Atlantique de Marguerite Duras.

Sandrine Bonnaire

Erik Truffaz, trompette

Marcello Giuliani, contrebasse, guitare

 

La magie opère quand l’exercice de l’intimité amoureuse sur scène est difficile. Le spectacle est envoûtant, déclamé en un long monologue.

« Je ne vous aime plus. » « Je ne vous aime plus comme au premier jour. »

Trompette à la Miles Davis, avec sourdine, plainte dans son souffle, explosion dans sa colère.

La voix est douce, suave, monocorde. Elle caresse l’oreille. Elle susurre. Sandrine Bonnaire se déplace sur scène comme un félin, semblant glisser avec ses hauts talons pointus. Les trois protagonistes s’accordent, s’écoutent, s’entendent, se répondent, se complètent par le truchement des mots de Marguerite Duras et de la musique, dans le clair-obscur de halots lumineux palots.

Le premier texte parle de cinéma. « Regarde la caméra ! », une femme dirige un homme.

« Vous regarderez l'appareil comme vous regardiez la mer, comme vous regardiez la mer et les vitres et le chien et l'oiseau tragique dans le vent et les sables d'acier face aux vagues. » Nous plongeons dans la nostalgie.

« Vous ne regarderez pas la caméra. Sauf lorsqu'on l'exigera de vous. Vous oublierez. Vous oublierez que c'est vous, vous l'oublierez. Je crois qu'il est possible d'y arriver. Vous oublierez aussi que c'est la caméra. Mais surtout vous oublierez que c'est vous. Vous. Oui, je crois qu'il est possible d'y arriver, par exemple à partir d'autres approches, de celle entre autres de la mort, de votre mort perdue dans une mort régnante et sans nom. » Elle lui intime le désamour.

Le second texte parle du désir d’une femme qui s’offre à un homme. Les deux textes ont vingt ans d’écart.

« L'homme aurait été assis dans l'ombre du couloir face à la porte ouverte sur le dehors. Il regarde une femme qui est couchée à quelques mètres de lui sur un chemin de pierres. Autour d'eux il y a un jardin qui tombe dans une déclivité brutale sur une plaine, de larges vallonnements sans arbres, des champs qui bordent un fleuve. »

Ils s’observent, s’attendent.

« Elle n'aurait rien dit, elle n'aurait rien regardé. Face à l'homme assis dans le couloir sombre, sous ses paupières elle est enfermée. Au travers elle voit transparaître la lumière brouillée du ciel. Elle sait qu'il la regarde, qu'il voit tout. Elle le sait les yeux fermés comme je le sais moi, moi qui regarde. Il s'agit d'une certitude. »

L’homme agit. Elle en devient laide. Le corps de la femme est fluide, docile. « Je t’aime, toi ! » Ils tremblent  de cet amour si fort. Les soubresauts du cœur parcourent tout le corps, en commençant par les cheveux. Elle pleure de bonheur. Puis, inattendue, la demande de violence, suivie de la mort ou du sommeil.

Une femme récite et lit des mots d’amour d’une autre femme.

Il fallait oser déclamer sur scène la crudité des corps et des sentiments, je ne sais pas s’ils sont amoureux, examinés au scalpel, même si Marguerite Duras est loin d’être une féministe avec ses désirs de dominer l’homme ou ses rêves de se faire frapper.

Mais, merci à une grande actrice d’exprimer les fantasmes d’une grande dame de la littérature. Sandrine Bonnaire nous dit « Suivez-moi ! » et nous embarquons dans son univers en l’écoutant.

 

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Violences conjugales : le glaçant témoignage de Sandrine Bonnaire

À l’occasion des révélations des mesures issues du Grenelle de l’environnement, Sandrine Bonnaire a livré un témoignage très émouvant.

(…) « J'ai essayé de me défendre. Je suis tombée dans les pommes. Je me suis réveillé avec huit dents de cassés. J'ai craché plein de morceaux de dents, du sang, il était encore là, il m'a amené une serviette-éponge, qui s'est remplie de sang. Je suis allée me regarder dans le miroir. J'avais une ouverture là (NDLR, au niveau du menton) »

(…) « Les médecins m'ont dit que des fractures comme celles que j'avais provenaient d'accident de voiture, ou chez un enfant qui passait par-dessus un guidon sur du béton » se souvient-elle encore. Un témoignage glaçant.

Film « Voleurs de vie » avec Sandrine Bonnaire et André Dussollier – page 117 :

« On n’était pas fâché, dans le fond, que Sandrine Bonnaire et André Dussolier eussent traversé les mers pour se mêler aux moutons ». « Chaque jour, un technicien de surface repeignait l’herbe, afin qu’elle fut aussi verte que la veille, et que la script-girl ne soit pas consternée par les dégâts des eaux pluviales ».

Hervé Hamon

L’Abeille d’Ouessant

Récit

Editions du Seuil – 1999

 

Voleur de vie est un film (drame) réalisé par Yves Angelo avec Emmanuelle Béart, Sandrine Bonnaire en 1998. 

L'existence de trois jeunes femmes qui vivent dans un ancien presbytère, au bord de la mer. Emmanuelle Béart, Sandrine Bonnaire, André Dussollier, Vahina Giocante.

Voleur de vie narre l'histoire brumeuse de deux sœurs rongées par un oppressif trauma familial. L'une (Béart) collectionne les hommes avec une légèreté blessée.

Au beau milieu d’un cimetière, dans un ancien presbytère, vivent deux sœurs et la fille de l’une d’elle. La première, Alda passe son temps à changer d’amants souvent et fait en sorte de n’entretenir que des relations basées sur le sexe, dénuées d’amour. La deuxième, Olga, mère de Sigga, reste chez elle en permanence ne sortant que très rarement et surtout se consacrant à sa sœur et à sa fille

 

Ouessant: décors pour le film "Voleur de Vie".

« Voleurs de vie. »

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