Mes textes : Léonie d'Aunet - Colère

Publié le par bmasson-blogpolitique

Elle est jolie, Léonie, Léonie d'Aunet. Elle ne sait pas dans quel guêpier elle va se mettre. Elle a foi en elle et porte de l'admiration à Victor Hugo. Elle va redonner à l'écrivain le goût de la vie et le distraire du chagrin qu'il éprouve après le décès de sa tendre et chère fille Léopoldine. Si Léonie est jeune, elle ne remplacera jamais Léopoldine. Elle devra s'affronter à une fantôme, Léopoldine, à une femme légitime, Adèle Foucher,  et à une maîtresse, Juliette Drouet. Le défi est élevé et cela ne la rebute pas pour autant. Pour Victor Hugo, la rencontre avec Léonie lui permit de supporter son deuil. Mais il ne se remettra vraiment jamais de cette terrible épreuve. Dix ans plus tard, il considère cette disparition comme injuste, incomprise et invivable.

Oh! Que de fois j'ai dit : «Silence ! Elle a parlé! 
Tenez ! Voici le bruit de sa main sur la clé !
Attendez! Elle vient! Laissez-moi, que j'écoute!
Car elle est quelque part dans la maison sans doute!» 

(IV, Jersey, Marine-Terrace, 4 septembre 1852).

Léonie est jeune. Elle n'a pas encore l'expérience. Elle ne sait pas combien c'est compliqué de se battre contre une seule femme officielle. En pénétrant dans la vie de Victor Hugo, elle va découvrir que la lutte contre trois autres femmes est un combat déséquilibré. Elle ne peut pas imaginer que Victor Hugo va se servir d'elle, de son amour, pour se rattacher à sa vie, à la vie. Non, il n'est pas comme ces hommes cyniques qui jettent le noyau une fois le fruit dégusté ! Et pourtant, tant qu'il aura besoin de son énergie, de sa jeunesse, de sa beauté, elle restera à ses côtés. Elle ne peut imaginer qu'il y ait une fin. Après tout, il l'aime puisqu'elle lui inspire des vers ! Il lui dédicace des ouvrages. Hugo lui envoie le 3 mai 1845 un exemplaire de la nouvelle édition du Rhin, avec cette dédicace en vers :

A madame Léonie :
On voit en vous, pur rayon,
La grâce à la force unie,
Votre nom, traduction
De votre double génie,
Commence comme lion,
Et finit comme harmonie.

Ah, Léopoldine....Cette fille ingrate aux yeux d'Hugo tombe amoureuse de Charles à seize ans et trois ans plus tard, elle brave l'autorité paternelle qui considère qu'elle est trop jeune pour se marier. Après avoir épousé Charles Vacquerie dont le père est un armateur havrais, le 15 février 1843 et après avoir  emménagé près du Havre au domicile de la belle-famille, Victor Hugo écrit dès le 17 février à Juliette Drouet :

" Elle me quitte. Je suis triste, triste de cette tristesse profonde que doit avoir, qu’a peut-être (qui le sait ?) le rosier au moment où la main d’un passant lui cueille sa rose. Tout à l’heure j’ai pleuré (…) ". 

Villequier 

Tombe 

Léopoldine Hugo

 

Pendant trois ans de long deuil, Hugo n’écrira plus.  Il utilisera ces années et traduira de manière éblouissante son long chemin intérieur. Plusieurs rues du Havre, à Montmorency,  font référence aux Misérables : « impasse Cosette », « impasse Javert », « rue Fantine », « escalier Jean Valjean ». Il existe une impasse Vacquerie près de la rue Félix Faure, sur les hauteurs du Havre.

Mais l'amour de Léontine ne survivra pas à l'épreuve de l'exil. Juliette qui a tout sacrifié pour lui, elle aussi, sera là pour sauvegarder l'œuvre du maître. Léonie est perdante à l'avance. Si l'amour rend aveugle, Léonie ne verra son horizon qu'à travers ses envies de gloire et son fantasme d'être la seule compagne d'un homme savant et reconnu. Son obsession amoureuse pour LUI l'empêchera de se prémunir et de se protéger contre son insatiable curiosité cruelle. Et pourtant, comment une femme du XIXe siècle pouvait-elle se prémunir d'un homme vorace en amour, quand elle était considérée comme un être mineur dénué de toute indépendance ? Le code Napoléon et la publication du Code Civil entérine les préjugés sur les femmes, sur leur place dans la société, sur leur subordination et leur minoration dans le mariage. Alors que bien des femmes avaient été séduites par l’abolition de la féodalité et par la proclamation des principes républicains (liberté, égalité, justice) dans les premiers mois de la Révolution, alors qu’elles avaient envahi l’espace public, les voilà mises sous tutelle par les lois napoléoniennes. Le code civil en 1804 : Le code Napoléon affirme l’incapacité juridique totale de la femme mariée qui passe de la tutelle de ses parents à celle de son mari. La femme adultère est passible d'un emprisonnement de 3 mois à 2 ans. L'homme adultère est passible d'une simple amende, et seulement s'il amène sa concubine au domicile conjugal.

Mais en même temps, en vivant comme un satellite d'Hugo, elle a eu la chance d'entrer dans la grande histoire. Si elle n'a pas eu la chance d'être la compagne aimée qui partagerait sa vie, si elle n'a pas eu le beau rôle, elle a eu la chance d'avoir été appréciée pour sa vitalité par un homme désespéré qui s'est ressourcé à la fontaine de sa vie. Elle restera néanmoins dans l'histoire. On dit toujours que l'histoire oublie les perdants. Mais pas tant que cela. Pour parler des gagnants, il faut bien parler aussi des perdants...Ce sont ces derniers qui donnent le beau rôle aux autres. Les ennemis, gagnants ou losers, sont liés. Vercingétorix, bien qu'il soit mort humilié, ficelé dans une sombre prison, exhibé à Rome, reste dans nos mémoires comme un chef gaulois valeureux. Les vainqueurs, pour savourer leur victoire, savourent la défaite des vaincus. Plus ceux-ci ont perdu avec honneur, plus la victoire a un goût éclatant. Ils aiment entretenir l'image des perdants pour se remémorer leur victoire. Léonie doit être cachée à Juliette...

Juliette a du caractère et de l'ambition. Elle veut devenir actrice. C'est autour des planches, qu'elle rencontre Victor Hugo. Entre eux, c'est l'entente parfaite. Tout au moins, au début de leur passion, de sa passion. L'osmose de leurs âmes est en adéquation avec la réunion de leurs corps. C'est le temps de la fusion de l'amour et de l'esprit. Mais bientôt, Hugo se lasse des jeux de l'amour avec Juliette. Les tentations de la chair sont nombreuses. Les occasions de batifoler dans les bras de la jeunesse, de se ressourcer dans les idylles rapides des courtisanes ne manquent pas. Les foyers de théâtre permettaient des aventures plus légères. Les corps se distendent. Pas les âmes. Ils s'écriront entre un à dix messages par jour pendant cinquante ans. Quand elle l'attend et qu'il ne vient pas, elle est en rage. Elle trépigne, elle lui décrit par le menu tous ses sentiments d'espoir, de regrets, de colère, de doute. Il lui répond : « Je voulais venir, comme je te l'avais promis, mais il y a eu un empêchement, un contre-temps, une difficulté nouvelle et inattendue à résoudre... » Il vit sa vie comme il l'entend. Il aime en parler, la décrire, se regarder vivre, se lire dans les mots de Juliette. Il l'a installée pour sa disposition personnelle dans ses murs, non loin de son domicile conjugal. En maître avéré, il y va quand bon lui semble. Elle ne deviendra pas actrice. Elle ne l'épousera pas non plus. Le grand maître en a décidé ainsi. Ses deux espoirs se sont envolés. Elle accepte d'y renoncer.

Juliette Drouet ne fut pas seulement la compagne au long cours du grand poète français. Elle fut aussi une inlassable épistolière. Elle attendra son amoureux pendant de longues années. 

« Il faut toujours en revenir au même point de départ, c’est-à-dire à t’attendre éternellement. », écrit-elle à Hugo. Elle lui a donné sa vie, mais se plaint :  

« Je t’aime mon Victor bien-aimé, écrit-elle en 1841, mais j’ai le cœur triste et plein d’amertume ; je te vois si peu, si peu, et le peu que je te vois, tu m’appartiens si peu que tous ces peus là font un tout de tristesse qui m’emplit le cœur et l’esprit. »

Décrite par ceux qui la connaissaient comme indépendante, impulsive et colérique, elle a également été considérée par la société parisienne comme une courtisane typique qui s’habillait magnifiquement, qui a dépensé de l'argent d'une manière extravagante, et qui était extrêmement belle. Drouet avait un teint limpide, les yeux brillants, un nez fin et ciselé, une petite bouche pourpre située dans un visage ovale, encadrée par une masse de cheveux bleu-noir. Elle est devenue la secrétaire d’Hugo et son compagnon de voyage. Pendant de nombreuses années elle a vécu une vie cloîtrée, ne quittant la maison que pour son travail avec Hugo. En 1852, elle l'a accompagné dans son exil à Jersey, puis à Guernesey en 1855. Elle lui a écrit des milliers de lettres tout au long de sa vie, qui témoignent de son talent d'écriture selon Henri Troyat qui a écrit sa biographie en 1997. Elle était amoureuse de Victor et lui a été fidèle pendant cinquante ans. Juliette Drouet connut les affres du soupçon à propos de toutes les femmes qu’approchait Hugo, oubliant seulement de craindre Léonie Biard (autre nom de Léonie d'Aunet), qu’il eut pendant huit ans pour maîtresse.

 

Hugo aime les femmes autour de lui. Elles lui sont nécessaires et vitales, tout comme l'air qu'il respire et comme la nourriture qu'il ingurgite. Il est gourmand et épicurien. Il aime qu'elles se démènent pour l'aider. Il n'apprécie pas la rébellion et le besoin d'indépendance de ses deux filles vis-à-vis de lui. Il le vit comme une trahison. Pourquoi aller chercher de l'amour ailleurs quand lui en a tant à leur donner ? Ses gendres ne peuvent être que fades par rapport à lui. C'est qu'il a un ego sur-dimensionné. Il a conscience de sa force créatrice et de l'intérêt qu'il suscite dans la France et dans le monde. Léopoldine se marie contre son avis. Adèle fuit l'Europe et erre dans les limbes de la mélancolie tout en reniant son nom et la renommée de son père. Ses deux maîtresses servent-elles de substitut à ses deux filles perdues, tout comme des parents qui s'occupent d'un animal de compagnie pour remplacer le vide laissé par les enfants partis vivre leur vie ? Seul Hugo pourrait répondre à cette question...

Léopoldine avait la vie devant elle, à dix-neuf ans. Sa mort marquera aussi sa jeune sœur Adèle, âgée de 13 ans au moment du drame et qui portera cette douleur seule sur les épaules. Son père l'a peut-être oubliée. Par réaction et pour survivre, Adèle veut détruire le lien familial, mais elle est dans l'ambiguïté. Quand elle en a envie ou besoin, elle joue sur la réputation et la notoriété de ce nom pour tenter de parvenir à ses fins. Elle ruse. Ce père ne l'aide pas beaucoup. La comprend-il seulement ? Quand elle écrit un livre de musique, il refuse de le publier, lui reprochant ses provocations. Quand elle aime un jeune homme, son père le réprouve en ne voyant que ses défauts. Certes, Pinson a eu le choix entre la prison ou l'armée (on pouvait encore choisir à cette époque!) pour payer ses dettes de jeu. Quand Victor Hugo écrit à sa fille, c'est pour lui demander de revenir vivre avec lui. Il la veut pour lui seul. Il ne veut pas la voir autonome. C'est le début de sa déchéance. Si elle a marché sur l'eau pour traverser l'océan et rejoindre son amant Pinson à Halifax, elle est en train de se noyer dans le désespoir. Où qu'elle aille, à Halifax, dans les îles de la Barbade, Victor Hugo est connu et reconnu comme étant celui qui s'est intéressé aux pauvres gens. Et à cause de ce nom, elle ne trouve pas sa place dans ce monde. Son oncle, Eugène Hugo a lui aussi sombré dans la folie. Adèle rentrera en France, brisée, seule, faible, pauvre, meurtrie et abîmée. Elle terminera sa vie quarante ans plus tard dans une maison de santé à Saint-Mandé. Elle repose à Villequier. Elle non plus n'aura pas eu la chance de vivre une vie sereine, à l'abri des soucis et des contrariétés.

Adèle Foucher est l'épouse légitime de Victor Hugo et la mère de cinq enfants : Léopoldine, Adèle, François-Victor, Charles et Léopold. Elle est une mère de famille excellente et une maîtresse de maison généreuse. Mais elle est délaissée par son mari. Elle s'accordera une parenthèse amoureuse avec Saint-Beuve, puis reviendra vers ses enfants et vers les intérêts littéraires et financiers de Victor Hugo. Elle deviendra amie de Léonie d'Aunet, la rivale de Juliette Drouet. Juliette ne sut rien, Victor se remit à la rédaction des Misérables. Pendant l’exil de son mari, elle séjourne à Bruxelles, à Jersey, et à Guernesey  puis à  Paris. Elle sera souvent suivie de sa fille Adèle, dont le sort ne cessera de la préoccuper. C’est au cours d'une des soirées, probablement chez Fortunée Hamelin, que Léonie d’Aunet connaît Victor Hugo, vers 1841. L’écrivain dira d’elle :

J’avais trente-neuf ans quand je vis cette femme.
De son regard plein d’ombre il sortit une flamme,
Et je l’aimai.

A l'aube du 5 juillet 1845, Léonie Biard, 25 ans, et Victor Hugo, 43 ans, dorment tendrement enlacés dans la chambre d'hôtel. Le tout nouveau pair de France vient de louer cette chambre dans le passage Saint-Roch à Paris. La nuit a été exténuante. Victor a la quarantaine enflammée. Il est tôt ce 5 juillet 1845 quand la police débarque dans l’Hôtel.  Ce que Biard, le mari de Léonie, peintre, n’imagine pas est l’identité de l’amant : il croit que sa femme a une liaison avec un acteur de théâtre et face à Hugo il est surpris. Victor Hugo sort de sa poche la carte de Pair de France et fait étalage de son immunité parlementaire. Le National, un journal républicain, relate l’événement dans le numéro du 10 juillet :La scandaleuse aventure, dont plusieurs journaux ont entretenu le public ces jours derniers, soulève une grave question de droit constitutionnel. Un illustre personnage, qui cumule les lauriers du Parnasse et le manteau d'hermine de la pairie, a été surpris en conversation criminelle avec la femme d'un peintre. Le mari outragé, qui était à la piste de cette intrigue, se présenta tout à coup dans l’asile qu'ils avaient choisi aux environs de l’église Saint-Roch, accompagné du commissaire de police. Ce fonctionnaire se mit en mesure d’arrêter les deux coupables pris en flagrant délit. La justice ne se pique pas de galanterie : elle s’empara de la femme sans façon et sans explication. Mais le pair se mit à parlementer et invoqua l’inviolabilité dont il est couvert par la Constitution. Le commissaire hésita et finit par laisser sortir le galant vicomte. Les relations hors-mariage sont des affaires sérieuses à ce moment-là. L'adultère est traqué. L'église catholique considère que le suicide et l'adultère sont des atteintes à l'honneur de l'humanité. Hugo invoque son inviolabilité que lui garantit son statut de pair de France et il rentre chez lui. Il ne peut être inquiété. Léonie est emmenée à la prison Saint-Lazare et deux mois plus tard au couvent des Dames de Saint puis à celui des Augustines.  Les filles de rue sont alors dites « en carte » et celle des maisons closes sont dites « à numéro ». Les « insoumises » sont punies. A Paris la seconde section de Saint-Lazare, lieu de punition et hôpital pour les prostituées,  remplit le rôle d'internement administratif sur simple avis médical. Léonie y restera jusqu’au mois de février de l’année suivante et dès sa sortie, malgré son mariage avec le peintre Pierre Auguste Briard, elle retrouve régulièrement son amant.

Biard retire sa dénonciation faite auprès de la Cour des Pairs, qui aurait amené à un procès interne pour adultère, contre un des membres de la chambre. Madame d’Aunet subit donc un procès « régulier » pour adultère, perd la tutelle de ses enfants (confiés à Biard) et ne reçoit aucune aide financière à la suite de la séparation. Léonie d’Aunet trouve un soutien en la personne de Fortunée Hamelin et surtout de la duchesse d’Orléans. Réfugiée chez une tante, Léonie d’Aunet commence une nouvelle vie difficile. Elle collabore à diverses revues, en écrivant des articles de mode. L’activité littéraire, lentement, s’élargit, ses ouvrages commencent à paraître, sous forme de feuilletons, dans des revues et sont enfin publiés chez Hachette, grâce à la protection d’Adèle Hugo. Léonie analyse la psychologie féminine et montre  des femmes privées de leurs enfants, trahies par des maris sans scrupule et objets de vexations et de violences. Elle s'inspire dans ses œuvres de sa vie personnelle. L'arrestation de Léonie a lieu sur un tissu de lâcheté et de peur du scandale. Hugo se défausse derrière sa charge honorifique. Il la laisse purger sa peine de prison et d'isolement sans intervenir. Elle aurait dû s'apercevoir qu'il utilisait sa responsabilité de pair comme d'un paravent pour protéger Juliette. Il ne veut pas qu'elle souffre. Elle est sa priorité. Entre les deux maîtresses, il a choisi. Il préfère que Léonie en subisse les conséquences, seule. S'il est courageux en écriture, il l'est moins en amour. A la peine de prison, s'ajoutera la peine de ne pas être aimée.  Mais Léonie ne veut pas le voir. Elle se raccroche à ses rêves, à ses illusions. Elle trouvera deux soutiens de deux personnes extérieures, mais pas d'Hugo. Pourtant, elle ne renonce pas, pas encore, elle ne se décourage pas, pas encore, elle croit toujours en l'amour de Victor Hugo pour elle, encore. Avec le temps, les années passant, Léonie reverra ses prétentions à la baisse. Face à l'inertie de son amant, elle ne demande plus à devenir la nouvelle madame Hugo. Le mariage ? Si elle est séparée de corps d'avec son mari, Hugo ne quittera jamais Adèle Foucher. Elle se résout à être la maîtresse officielle. Pour cela, il faudrait qu'Hugo répudie l'autre maîtresse, la rivale, cette Juliette. Cela fait tant d'années qu'elle bataille frontalement avec son amoureux. Forte de ses atouts, forte de sa jeunesse, de son intrépidité et de son courage, -n'a-t-elle pas suivi son époux sur le Spitzberg en défiant l'interdit général et en devenant la première femme à entreprendre ce genre d'expédition?- elle chancelle face à la ténacité de Victor. Il ne souhaite pas changer de vie. Elle doit l'accepter. Elle ne l'acceptera pas. Elle peut utiliser la ruse. Un enfant les lierait-ils enfin définitivement ? Elle entame une liaison avec le poète en 1843 ou 1844. Son fils Georges Biard naît le 24 août 1844. A-t-elle usé de cette corde pour exercer une pression supplémentaire sur Victor Hugo ?Elle reste une femme seule qui survit difficilement. Hugo l’aide jusqu’à sa mort par plusieurs prêts, souvent importants. Le poète a en charge les enfants de Léonie après sa séparation de corps d'avec son mari. Elle fait pression sur Hugo pour devenir la maîtresse officielle. Pour Hugo, Juliette Drouet ne doit pas savoir que Léonie existe, mais pour Léonie, Juliette doit savoir qu'Hugo l'a trompée avec elle-même pendant tant d'années. Espérant provoquer la rupture entre Hugo et Juliette dont elle est jalouse, elle envoie à sa rivale les lettres que Victor lui a écrites pendant les sept années qu'ont duré leur liaison. Nous sommes en 1849. La révélation fait le désespoir de Juliette. Elle lui écrit : « Je sais que tu as adoré pendant sept ans une femme que tu trouves belle,  jeune, spirituelle, accomplie ".  La liaison entre Hugo et Léonie ne sera interrompue qu’avec l’exil de Victor Hugo. C'est l'attitude de Juliette pendant le coup d’État en 1851 qui les liera à tout jamais.   Elle le sauvera de l'emprisonnement lors du coup d’État de Napoléon III. Léonie n'a pas eu de chance. Elle est éloignée de la vie du poète en 1852.  Hugo utilise cet événement extérieur pour rompre. Adèle Boucher est chargée par le grand homme de la dissuader de le suivre. Adèle ne se fait pas prier. Léonie est une rivale en moins qui aura une petite consolation car son esprit et sa personne  ont  inspiré dans Les Contemplations de Hugo, publiées en 1854, dans Toute la lyre au livre VI : 

Dieu* remplissait la nature

L’amour emplissait nos cœurs… et

La Dernière gerbe.

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*

Tag

"God is you."

Dieu, c'est toi.

Avignon

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En janvier 1870, Léonie meurt très pauvre le 21 mars 1879, assistée par son fils Georges, qui la fait enterrer dans le cimetière de Ville-d'Avray près de Paris, selon ses volontés. Elle aura eu la chance d'avoir un fils aimant jusqu'au bout, elle qui a connu de la malchance en amour. A-t-elle appris que Victor Hugo avait eu pour maîtresse l’actrice Alice Ozy en 1847, alors qu'elle était la maîtresse de son fils Charles ?  Espérons qu'elle a eu la chance de ne pas l'apprendre…

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Michèle Perrot : "On est empoisonné en France par cette tradition de la galanterie. C'est un mythe brillant, mais qui recouvre une domination particulière des hommes sur les femmes."

Libérer la colère ?

Collectif

Illustrations de Natalie-Ann Roy
— sous la direction de Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy

 

Nous sommes en colère! Ce fut une révélation. Une épiphanie. Ce sentiment est tellement honni pour les femmes. Nous vivions dans le déni. Nous ravalions le grondement. Déjà le dire. Se l'avouer. L'écrire. Le hurler. Nous sommes en colère. C'est le début de la libération. Geneviève Morand et Natalie-Ann Roy croient que si les femmes manquent de pratique, leur colère est nécessaire. Elles ont décidé de la prendre au sérieux, et de lui ouvrir un espace. Cette colère accumulée, longtemps cachée pour préserver les apparences d'harmonie, se déploie ici comme une puissance politique méconnue. Ce livre rassemble les témoignages, les coups de gueule et les réflexions d'auteures aux réalités variées. Ensemble, elles pulvérisent le mythe de la femme supportant les outrages en silence, comme celui de l'hystérique aux emportements absurdes. Leur indignation s'explique et s'assume; encore faut-il avoir le courage de les écouter.

 

Adèle Devéria

1800 – 1857

Léopoldine enfant, dormant

Crayon de graphite sur papier

1825

Maison de Victor Hugo

Place des Vosges

 

 

Louis Boulanger

1806 – 1867

Léopoldine à l’âge de quatre ans

Huile sur toile

1827 – 1828

Léopoldine Hugo (1824 – 1843)  est la fille aînée d’Adèle et Victor Hugo. Elle meurt accidentellement noyée en 1843. Ce portrait se trouvait dans le salon de la place Royale.

Maison de Victor Hugo

Place des Vosges

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Macron et les Misérables : on va bientôt pleurer dans les chaumières, sur son sort.

11 19

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Léonie d'Aunet 

"Voyage d'une femme au Spitzberg"  - En 1839. 1 ère édition en 1854.

Villequier 

Musée Victor Hugo 

Maison Vacquerie 

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Publié dans mes poésies

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