Juan Pablo Escobar à Marseille

Publié le par bmasson-blogpolitique

Juan Pablo Escobar

 

Oui, il est le fils de Pablo Escobar, le narco-traficant colombien et il aurait pu changer de nom. Non, il a rompu avec l’histoire violente de son père en adoptant une autre réflexion et un mode de vie basé sur d’autres valeurs. Son amour pour son père ne l’a pas aveuglé.

Quelle force de caractère ! Il est architecte et vit ailleurs qu’en Colombie depuis 20 ans, plus précisément en Argentine.

Son ton est sobre, retenu, en contraste avec la violence de la vie qu’il raconte et des événements dramatiques qu’il a vécus.

Tout son discours est entré en résonance avec le débat politique actuel. Quand Macron veut désengager l’Etat de toutes les dépenses utiles à son peuple, quitte à paupériser les Français-e-, lui, Juan Pablo Escobar atteste que c’est à l’Etat de construire les écoles, les hôpitaux, et ce n’est pas, comme en Colombie, aux narco-traficants de le faire.

Il a développé son discours sur les liens entre les parrains d’Amérique du Sud et d’Amérique du Nord, sur les valeurs humaines, sur son éducation, sur son héritage, sur la CIA, sur les moyens démesurés dont disposent les narco-traficants (ils possèdent des sous-marins par exemple), sur l’amour que lui a porté sa mère, sur le rôle de l’Etat et de l’éducation, sur les contradictions des un-e-s et des autres, sur l’hypocrisie des dirigeants des USA, sur le cinéma qui a valorisé, à tort, son père, sur la misère et ses conséquences.

S’il écrit, c’est parce qu’il veut mettre en garde la jeunesse sur les dangers de ces trafics. Il pourrait se contenter d’écrire, mais il veut partager ses convictions et il participe aussi à des conférences.

 

Je vous livre quelques extraits de son entretien réalisé le 19 octobre à la Fnac de Marseille.

 

Il a été longtemps menacé. Il veut écrire la vérité. C’est le moment. Ceux qui l’ont menacé se sont entretués. Il a aujourd’hui plus de liberté pour écrire ce livre-là.

 

 

Il pense aux victimes car elles sont nombreuses. Il souhaite transmettre cette réalité à son fils. Et il veut donner un message d’espoir à la jeunesse car, quand on voit ce qu’il s’est passé à ce moment-là, il ne faut surtout pas que les jeunes prennent cette voie-là.

 

À l’âge de sept ans, il est allé en prison car il était le fils de Pablo Escobar. Il a surmonté pas mal de problèmes judiciaires, au moins six ou sept, car il était le fils de Pablo Escobar.

La presse continue à parler, à faire des raccourcis et à le condamner tandis que la justice, à chaque fois, l’a acquitté.

 

Sa famille a été obligée de se déplacer car la Colombie est un pays qui a une longue culture de violence politique. Depuis la fin des années 1940, début des années 1950, il y a une guerre civile larvée.

 

Il est issu d’un milieu paysan, d’une classe moyenne plutôt basse. Ses parents se sont rencontrés, se sont mis ensemble, et très rapidement, ils ont vu qu’avec la drogue, ils pouvaient faire fortune.

 

Avant d’être trafiquant de drogues, son père a fait pas mal de trafics différents et il a accumulé des travers de petit délinquant pendant très longtemps. La première chose qu’il a faite, c’est de s’introduire dans les bureaux du lycée pour obtenir les réponses aux examens et il a fait des trafics de diplômes.

 

 

La prison est la meilleure université pour devenir délinquant.

 

Ca aurait du l’aider pour se réinsérer dans la société, mais à chaque fois qu’il sortait il devenait de plus en plus délinquant.

 

"Pour moi, l’éducation c’est la seule chose essentielle pour pouvoir faire face à ces trafics de drogue, et en même temps, il faut se donner les moyens pour lutter contre ces trafics."

On ne va pas gagner la guerre contre la drogue avec des mitraillettes, on va la gagner autrement. Aujourd’hui, les narco-traficants ont des pouvoirs militaires que l’on peut comparer à des pays, à des états nations et qui ont des armes tout à fait modernes.

 

Ils ont les moyens de s’infiltrer dans les démocraties et de les noyauter.

 

Pablo Escobar a eu un poste plus important que le Président de la République colombienne.

 

Tout ce que Pablo Escobar demandait était réalisé. Par exemple, il a fait construire sa propre prison dans laquelle il est allé quand il a été incarcéré.

 

Il ne veut pas donner une image glamour et romantique de Pablo Escobar. Quel est le message qu’il veut donner, lui ? Il aurait pu, peut-être devenir un Pablo Escobar 2.0. Mais c’est l’écueil dont il n’a pas voulu car il a vu les morts, les malades et l’influence sur la jeunesse de la drogue.

 

"Ca peut paraître paradoxal. L’argent de la drogue nous a donnés certes la fortune, mais jamais du bonheur."

 

Il n’a jamais vu un narcotrafiquant prendre sa retraite.

 

L éducation lui a permis d’être une personne différente. Son père a toujours voulu qu’il fasse des études car il ne voulait pas qu’il prenne la même voie que lui. Il a pu faire des études que son père n’a pas pu faire car il venait d’un milieu modeste et son père a eu l’opportunité de les lui payer. Malgré tous les efforts qu’il a faits et malgré les études, il y a quelque chose d’humainement difficile pour lui. Il y a beaucoup de préjugés sur lui. En tant que fils de Pablo Escobar, il est coupable malgré tout.

 

 Il aurait pu être condamné et envoyé sur la chaise électrique. Il a une très grande force de caractère et ça l’a beaucoup aidé. L’amour qu’il y a au sein de sa famille aussi. Même s’il y a une partie de la famille qui l’a trahi. Il ne parle pas de la famille de son père. Ses frères et sœurs se sont alliés avec le cartel de Cali.

 

 

Il y a des séries, des clips, des films qui passent au cinéma et qui donnent une image déformante et très éloignée de la réalité de Pablo Escobar.  Ils glorifient l’image de son père et incitent les jeunes à aller dans la facilité et dans le trafic de drogues.

 

En amour, cela ne signifie pas être aveugle. Il a toujours été conscient des malheurs que pouvait apporter ce trafic-là.

 

Dans la même journée, il pouvait envoyer tuer quelqu’un et recevoir de la façon la plus aimable ses invités. C’est un paradoxe. Il avait aussi le sens de la solidarité et n’abandonnait pas les pauvres de la société colombienne.

 

 

La Colombie est un pays très violent mais que Juan Pablo aime beaucoup. L’image de la Colombie à l’étranger est très mauvaise. Cela fait 50 ans que les Colombiens s’entretuent.

 

Le pays a été stigmatisé pendant très longtemps, et c’est aussi à cause de son père.

 

Son père n’aurait jamais pu être aussi grand narcotrafiquant sans l’interdiction des drogues. Dans les années 1980, la cocaïne c’était le champagne pour faire la fête.

 

Il n’a pas l’impression que la CIA et la DEA (Drug Enforcement Administration) aient lutté efficacement contre la drogue. Dans son second livre, et c’est un scoop, il raconte comment la CIA et la DEA ont aidé son père à faire son trafic de drogue.

 

Pablo Escobar travaillait pour les gens qui le persécutaient. C’est une très grande hypocrisie. Pendant de nombreuses années on a parlé des parrains sud-américains, mais jamais des parrains nord-américains qui sont les plus riches au monde. On connaît l’identité des parrains sud-américains, mais pas ceux du nord de l’Amérique.

 

On a voulu impliquer le président du Pérou avec son père mais sa famille n’a pas voulu.

 

Son nouveau livre sera traduit en français. Il est important d’apprendre et de tirer les leçons de ce trafic. Si quelqu’un qui a lu mon livre veut faire comme Pablo Escobar, il retirera son livre immédiatement. Ce n’est pas le schéma qu’il faut prendre à cause de cette violence.

 

Nos pires ennemis sont parfois et toujours nous-mêmes.

 

Il a un héritage de son père. Un des chapitres de ce livre est « Où est l’argent ? » On lui a demandé où était l’argent sans qu’il le sache et ce fût une grande menace. Depuis la mort de son père, ses ennemis ont tout pris. Tout le monde s’est servi : le gouvernement, la police,  les politiciens et une partie de la famille de son père. Il est content et assez heureux de ne pas avoir cet argent qui est à double tranchant car cela peut transformer la façon de voir la vie. Et avec cela, il serait peut-être une autre personne.

 

Il a été entouré par des gens qui ne lui donnaient pas le bon exemple et il a été toujours seul. Quand il jouait au football, il jouait avec les gardes du corps et jamais avec les enfants de son âge. A l’école primaire, les parents des autres enfants interdisaient qu’ils jouent avec lui dans la cour de l’école.

 

Quand il était avec 20 ou 30 personnes, c’étaient tous des délinquants. A l’intérieur de sa famille, on pouvait cloisonner un peu et il a vécu une vraie histoire d’amour avec sa mère, tandis que les adultes qui venaient des quartiers très pauvres n’avaient pas d’autre moyen d’expression que la violence. Pour avoir un morceau de pain, ils pouvaient tuer quand ils n’avaient rien à manger.

 

Ils étaient délaissés par l’Etat et complètement dévoués à la personne de Pablo Escobar. Il a utilisé les espaces libres laissés par l’état colombien. Les narco-trafiquants ne sont pas bêtes et la nature a horreur du vide. Ce ne sont pas souvent l’état qui construit les écoles et les hôpitaux, mais les narco-trafiquants, dans les endroits les plus reculés de Colombie et dans d’autres pays d’Amérique latine. Il décrit une réalité. Ce devrait être lui qui devrait les prendre en charge.

 

Les sous-marins des narco-trafiquants peuvent être conduits avec un téléphone. Les Américains et les Soviétiques avaient des sous-marins, mais aujourd’hui c’est le high tech des narco-trafiquants qui disposent de grands pouvoirs.

 

Un jeune de 13 ans lui a donné une enveloppe fermée. Il racontait comment il avait connu l’histoire de Pablo Escobar. Sa grand-mère lui en avait parlé, il avait vu des films et lu des livres. Son but était de vivre comme Pablo Escobar. "Quand il a lu mon livre, il a voulu devenir journaliste et raconter des histoires. Moi, j’avais compris que j’avais accompli mon but."

Grandes menaces sur le processus de paix en Colombie : appel à la Communauté internationale

Pablo Escobar est le criminel le plus riche de l’histoire, avec une fortune estimée à plus de 30 milliards de dollars.

 

Fête de l'Humanité 

PCC = Parti Communiste Colombien

Colombie

"Paix, Démocratie et  Justice sociale."

 

Marseille

Place de Lenche

Le 7 août 2018, il y a eu une fusillade car un serveur de bar aurait refusé de servir des hommes alcoolisés. Ils sont revenus dans l'après-midi régler leur compte...

 

 

Janvier 2019 :
À Paris, un bar "à la gloire" de Pablo Escobar crée la polémique.
Source AFP

Juillet 2019 :

Depuis 3 ans, les ONG réclament une intervention de l’ONU aux Philippines. C’est chose faite. Le président Duterte mène une politique anti-drogue à l’origine de milliers exécutions abusives. Le 11/07 l’ONU a exigé à la Commission des droits humains une enquête.
Source « L’Humanité »

Final du spectacle de danse de la Colombie.

Martigues

 

 

Un drapeau s’envole, dévoilant la totalité de la troupe de danse représentant la Colombie.

 

Les costumes sont chatoyants et colorés.

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"Escobar, un héritage maudit" : une série documentaire inédite sur la vie de Juan Pablo Escobar.
(…) Car la force de ce documentaire réside dans les nombreux témoignages inédits, de Juan Pablo dans un premier temps mais également de sa femme María Ángeles Sarmiento, qu'il connait depuis qu'il a 13 ans et qui a vécu à ses côtés la chute de Pablo Escobar, puis la fuite pour échapper aux ennemis de son père et enfin l'exil. On retrouve également une interview de l'avocat qui s'est occupé de l'héritage de la famille du chef de cartel, ou encore d'anciens policiers, gardes du corps ou journalistes. Des sources précieuses qu'il a fallu convaincre de l'intérêt du projet.

01 21

Le fils de Pablo Escobar s'en prend à Netflix et aux séries qui "glorifient" son père.

Pour Le HuffPost, Juan Pablo Escobar explique les effets néfastes de séries comme "Narcos" sur les jeunes générations.

(…) Son fils, qui se dit “pour que l’on raconte son histoire”, se montre très critique envers les œuvres qui le placent en héros, comme vous pouvez l’entendre dans l’interview en tête de cet article.

(…) Entre toutes ces œuvres narrant le cartel de Medellín et son Patrón, la seule véritablement authentique serait ce documentaire dans lequel il témoigne, sur RMC Story: “J’essaye simplement de les éveiller quant aux conséquences lorsqu’on essaye de ressembler à mon père. Parce que cela va les détruire, leur famille et leur pays”. 

Coiffeur

Saint-Brieuc

Escobar ber

"La mort vous coiffe si bien..."

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Graph 
Paris 
"Fuerza Colombia 
Force à la Colombie"
 
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Pablo Escobar dans "Narcos".
"La Marseillaise"
 
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Publié dans histoire

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