La grâce pour Jacqueline Sauvage.

Publié le par bmasson-blogpolitique

La grâce pour Jacqueline Sauvage.

 

Je comprends qu'après des années de maltraitance, un conjoint qui n'aime plus son compagnon soit envahi par la haine envers l'autre qui bafoue, rabroue ou oblige à vivre selon ses uniques caprices. Et comment un bourreau peut-il imaginer que sa victime soit consentante toute sa vie? Le problème, c'est que la violence entraîne la violence et peut se retourner quelquefois contre le dominant. C'est un jeu dangereux et il n'y a pas que les femmes qui meurent tous les trois jours sous les coups d'un conjoint. Quand on ne veut pas reconnaître la légitime défense à Jacqueline Sauvage, on ne la défend pas, et l'ambiguïté s'installe au sujet du bourreau, ce qui permet de reproduire des schémas de domination dans les couples et de tolérer toutes les formes de violence. C'est le baromètre qui montre comment les personnes faibles sont aidées ou non dans notre société.

 

On nous présente ces crimes comme des crimes passionnels. Mais, on pourrait mener une campagne d'idées sur le thème: «Taper, ce n'est pas aimer.» «Violer, ce n'est pas aimer, même en étant marié». Toutes les formes de violence existent dans les familles. On voit des parents frappés par leur enfant. La violence est partout dans la vie et dans le monde. Si la société était basée sur l'égalité des sexes et non sur la domination patriarcale, les couples qui se forment ne fonctionneraient pas sur le schéma dominant/dominé. Un débat national sur l'amour sous toutes ses formes serait salutaire. «Est-ce qu'un acte violent est un témoignage d'amour?». «Jusqu'où faut-il aller pour obtenir de l'amour?». «En amour, faut-il être exigeant?». "Se sacrifier est-il une preuve d'amour?"

 

Quand on vit en couple, hétérosexuel ou homosexuel, on a une chance sur deux de partager sa vie avec quelqu'un de violent ou avec quelqu'un de respectueux. Seulement, c'est après vous être engagé que vous le découvrez à vos dépends. Pour échapper à l'emprise d'un conjoint pathologique, c'est extrêmement compliqué et long, et pas sans conséquences néfastes sur la santé et sur le moral.

 

Une victime peut subir, pendant des années, des mauvais soins, seul(e), désespéré(e), et dans l'indifférence. Je pense aussi aux hommes maltraités. En 2012, ils sont 30% des victimes des violences conjugales. Où peut-elle trouver de l'aide,  vers qui se tourner pour tenter de s'en sortir ? Des associations s'occupent des victimes, mais elles sont trop peu nombreuses. Et puis les subventions diminuent. Avant qu'un drame ne survienne, c'est en amont qu'il faut travailler et trouver des solutions.

Parfois, la justice peut être magnanime et à l'écoute des femmes maltraitées. En 2012, Alexandra Lange, après avoir tué en légitime défense le mari qui la battait, avait obtenu l’acquittement aux Assises du Nord sur recommandation du ministère public.

Alexandra Lange soutient la demande de grâce déposée par les trois filles de Jacqueline Sauvage qui a été condamnée à dix ans de prison pour le meurtre de son mari violent et partiellement grâciée par le président de la République, mais dont les juges lui refusent aujourd'hui le statut de victime. Ils ne reconnaissent pas la légitime défense. Un conjoint peut frapper l'autre en toute impunité, pendant autant de temps qu'il le veut et de la manière physique ou psychologique de son choix. Il peut continuer à humilier et à ne pas respecter son conjoint.

 

Pourquoi un être humain supporte-t-il ces violences?

Peut-être a-t-il connu uniquement la violence comme moyen de communication ? Peut-être a-t-il vu quelqu'un de son entourage subir des violences et l'a intégré comme un schéma normal de fonctionnement entre les membres d'une famille? Peut-être est-il submergé par la peur? Peut-être a-t- il accepté de se sous-estimer, et de perdre confiance en lui comme l'a très certainement suggéré avec insistance son tortionnaire? Peut-être espérait-il que la situation s'arrangerait? Peut-être s'est-il fait piéger et s'est trouvé isolé? Peut-être aime-t-il encore ce compagnon irrespectueux? Peut-être culpabilise-t-il? Malheureusement, ce que l'on n'imagine pas, c'est qu'après la première claque, tout est joué. Le rythme et l'intensité vont aller crescendo, mais pas cesser. Le violent restera violent, la victime pourra en mourir.

 

Quand une femme quitte le navire, on l'accuse d'être égoïste, voir inutile à la société. On élève les filles pour qu'elles soient de bonnes épouses et de bonnes mères, prêtes à tout endurer et à faire des miracles. Une femme célibataire, c'est impensable. Mais les hommes célibataires ne sont pas mieux vus dans la société. En 2016, le célibat est devenu un handicap selon l'Organisation Mondiale de la Santé qui va classer les personnes célibataires comme «stériles.» Au lieu de mesurer les risques psycho-sociaux des mauvais traitements subis pendant une vie de couple non épanouissante, et de trouver des solutions à ces problèmes, l'OMS pointe du doigt les célibataires qui ne trouvent pas leur équilibre et leur compte dans une vie de couple. Ils sont treize millions en France, environ 100 millions dans le monde! L'OMS devrait se demander pour quoi les personnes préfèrent vivre seul(e)s plutôt que mal accompagnées. Le modèle de la famille bourgeoise est malmené par les capitalistes eux-mêmes qui demandent une main-d’œuvre malléable, corvéable à merci, disponible et par l'évolution des mentalités individualistes. Au Japon, le gouvernement a été obligé de mener des campagnes de valorisation de l'amour et de la vie à deux pour relancer la natalité qui s'effondre. Les deux sexes ne s'aiment plus assez. Les femmes veulent travailler et ne pas être freinées dans leur carrière et les hommes n'aiment plus les femmes.

 

On devrait élever les enfants dans des valeurs de respect et d'égalité entre les sexes. On devrait permettre à tout un chacun d'avoir le droit à la parole, d'assurer son épanouissement personnel et de développer son sens critique. Chaque être en devenir devrait avoir les armes et les outils pour maîtriser sa vie et non la subir, pour mener une vie autonome, sans être dépendant d'un bourreau, ou pouvoir vivre en couple dans de bonnes conditions. Chaque individu doit pouvoir prendre sa vie en main. Les femmes ne devraient pas être pénalisées dans le travail quand elles sont mères. Et on devrait aider les couples à élever les enfants tout en travaillant.

 

Les lois existent, mais ne sont pas appliquées. C'est bien par les mentalités et le combat d'idées qu'il faut agir. Il y a un lien entre les idées politiques et les mentalités. Je sais que tous les partis politiques sont traversés par ces questions sociétales. A gauche, et dans mon parti, le PCF, on y réfléchit. La réflexion a le mérite d'exister. Par contre, à l'opposé, je ne pense pas que les partis de droite et son extrême distillent des idées d'émancipation et de bienveillance envers les femmes ou envers les êtres faibles à protéger. On pourrait mener d'autres débats sur le traitement des personnes vieillissantes au bord de la mort ou sur la protection de l'enfance en France. Mais, ça, c'est une autre histoire.

Viol

Une victime sur cinq n'a jamais parlé de son agression et seuls 13% des victimes ont déposé une plainte, affirme une étude de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP, février 2017)

François Hollande, l'homme pré-MeToo, a le corps à 60 degrés.

(…) Donc là, Hollande se retrouve face à Catherine Ceylac, qui va pas l'interroger sur la politique, elle s'en tape la hanche droite avec un râteau à feuilles, comme dirait personne puisque je viens de l'inventer. Ceylac, elle est dans l'intime, ce qu'elle aime, ce sont les failles, les blessures.

(…) A Marseille, ce week-end :

Hollande logeait au Sofitel, la chaîne d'hôtels officielle des chauds du pelvis.

(…) Sofitel de Marseille où Valérie Trierweiler était aussi ce week-end, pour un festival du livre.

(…) On ne peut plus suivre. Je lui conseille d'ouvrir un kebab.

Jacqueline Sauvage, la fiction au prisme du réel.

Corinne Audouin a assisté au procès en appel de Jacqueline Sauvage, à Blois, en décembre 2015. Malgré la justesse du personnage interprété par Muriel Robin, le film d'Yves Rénier diffusé lundi soir sur TF1 échoue à restituer la complexité de l'affaire.

(…) Comme s'il fallait absolument simplifier, surligner, pour que le téléspectateur comprenne bien la thèse du film : Jacqueline Sauvage n'avait pas d'autre solution que de tuer son mari. 

(…) Rien ne colle.

De ce désastre, le film ne montre rien. Les scènes de procès sont totalement hors-sol, comme si personne ne croyait vraiment à ce qui est raconté.

"Jacqueline Sauvage est devenue un symbole. Parce qu'elle n'est pas morte, elle".

(…) Oui, je te parle de ces mortes (123 en 2016), qui sont encore souvent réduites à des entrefilets dans la presse,  faits divers décrits comme des "drames conjugaux" ou des "crime passionnels", quand ils ne sont pas rangés dans la rubrique "insolite" ("Ivre, il tente d’étrangler sa femme pour des grumeaux dans la pâte").

Pourquoi invisibiliser les luttes féministes?

Les féministes oubliées par TF1 :

 

Publié dans Femmes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article