"Interview" de Nicolas Truong - Avignon IN - Pasolini

Publié le par bmasson-blogpolitique

Interview

Nicolas Truong

Avec Nicolas Bouchaud et Judith Henry

Avignon IN

07 2016

Spectacle conçu à partir de :

Chronique d’un été, film d’Edgar Morin et Jean Rouch (Argos Films, 1961)

Années 1960, Edgar Morin demande :

« Etes-vous heureux ? »

Mais dans notre 21e siècle, quand l’individualisme règne, peut-on poser la même question, et pourquoi pas celle-là :

« Que partageons-nous avec les autres humains ? »

Entretiens avec Yves Bonnefoy, dans Le beau danger, Michel Foucault ‘Editions de l’EHESS, 2011)

Journal 1966-1971 de Max Frisch, Suhrkamp Verlag Frankfurt am Main (1973, Editions Gallimard, 1976, pour la traduction française)

Max Frisch (15 mai 1911 à Zurich - 4 avril 1991 à Zurich) est un écrivain et architecte suisse alémanique.

Membre du Groupe Olten, il est considéré comme faisant partie des écrivains les plus importants de la littérature de langue allemande de l'après-guerre. Dans son œuvre, Frisch a particulièrement prêté attention aux problématiques d'identité personnelle, de morale et d'engagement politique. L’ironie est une caractéristique significative de ses publications d'après guerre.

Frisch, dont l'oeuvre est en grande partie autobiographique, a publié à deux reprises un Journal de son cru concernant les années 1946-1949 puis 1967-1972 (tous deux traduits chez Gallimard). (Le Monde, 2013)

Ecrit en 1957, on considère qu'il fait aujourd'hui partie des œuvres en prose les plus connues de Max Frisch. Traduit en plusieurs langues, il a été adapté au cinéma en 1991 par Volker Schlöndorff sous le titre Homo Faber . Une nouvelle adaptation cinématographique a été faite en 2014 par le réalisateur suisse Richard Dindo sous le titre Homo Faber (Trois Femmes)

Le philosophe masqué, entretien avec Christian Delacampagne (Le Monde, février 1980) dans Dits et écrits de Michel Foucault (Editions Gallimard)

Christian Delacampagne (né le 23/12/1949 à Dakar et mort le 20/05/2007 à Paris) est un philosophe et écrivain français

Historien des idées, il fut un auteur prolifique et inclassable. Il assigne à la philosophie la tâche de mettre en évidence les mécanismes de domination et d'oppression à travers l'Histoire. Ses recherches ont porté en particulier sur le racisme qu'il tente de distinguer de la xénophobie, sur le « choc des civilisations» contre lequel il s'incrivait en faux et sur l'Art, notamment la peinture et l'art brut, auquel il s'est très tôt intéressé.

Les effets du bon et du mauvais gouvernement, fresque d’Ambrogio Lorenzetti (Palazzo Pubblico, Sienne, 1338, Scala Archive, Paris 2016 et Leemage, Paris)

Cette distinction en trois registres sur chaque mur permet une continuité de la lecture de l’un à l’autre tout en donnant une place de choix à la figure de la Paix, qui occupe le centre du mur Nord et peut ainsi organiser l’ensemble de la composition. Le mur Ouest présente la ville sous le gouvernement injuste de la Tyrannie. Le mur Est présente quant à lui un monde dominé par le sentiment de la sécurité

L’abécédaire de Gilles Deleuze (Lettre Q) film de Michel Pamart (1988)

Composé de huit heures d'entretien avec le philosophe français Gilles Deleuze, l'Abécédaire est le seul film consacré à ce penseur qui a toujours refusé d'apparaître à la télévision. Il accepta pour cette unique fois une entrevue avec une équipe de télévision, à condition que ce film prenne la forme de conversations entre lui et son ancienne élève et amie Claire Parnet et qu'il soit diffusé après sa mort.

L’Ultima intervista di Pasolini de Furio Colombo et Gian Carlo Ferretti (Avagliano Editore, Rome et Editions Allia, 2010, pour la traduction française)

Cet entretien s’est déroulé samedi 1er novembre 1975, entre quatre et six heures de l’après-midi, quelques heures à peine avant l’assassinat de Pasolini.

07/2017:

Le meurtrier de Pier Paolo Pasolini est mort.

Un mystère qui reste entier

«Pino Pelosi était la seule personne qui aurait pu faire la lumière sur la mort de Pier Paolo Pasolini. Avec sa mort, il ne nous reste que les résultats des examens scientifiques», a déclaré Stefano Maccioni, l'avocat d'un cousin du cinéaste, selon la même source. Pino Pelosi avait affirmé qu'il venait de sortir de l'Alfa Romeo du réalisateur quand «au moins six personnes» sont arrivées à bord de deux voitures et une moto. Il faisait nuit, il n'a pas vu leurs visages.

 

"La Longue route de sable" de Pasolini : un regard à la fois poétique et sociologique sur l'Italie.

Quelques mots d'Alberto Moravia

« Pier Paolo Pasolini haïssait la violence, et malheureusement la violence l’a fracassé. C’était un homme courageux, bien plus courageux que beaucoup de ses concitoyens et de ses contemporains, car il avait le courage de dire la vérité. Avec sa mort, nous avons perdu un témoin. Il se disait lui même différent. En quoi l’était-il? D’une certaine manière, Pasolini essayait - comment dire? - de provoquer des réactions dans le corps inerte de la société italienne. C’était avant tout un poète. Et de poètes, il n’en naît que trois ou quatre par siècle dans le monde. Je vous le dis: cette image qui me persécute, l’image de Pasolini qui s’enfuit à pied sur le long de la plage d’Ostie, pourchassé par quelque chose qui n’a pas de visage et qui est ce qui l’a tué, est emblématique de l’Italie. Une société qui tue ses poètes est une société malade. »

 

Ernest Pignon Ernest parle de Pasolini :

 

Il dit dans cet entretien (son dernier avant sa mort, NDLR) : « Je suis comme quelqu’un qui est allé en enfer. Et quand je reviendrai…Il s’arrête et il dit « Si je reviens, j’aurai vu bien au-delà de l’horizon », puis il dit « On termine demain ? » Il lui dit « Donne-moi un titre. » Et il dit « Tu mets : Nous sommes tous en danger. » Et il meurt après. Il a été assassiné dans la nuit.

Ernest Pignon Ernest parle de Pasolini :

 

Pasolini parlait de ce capitalisme basé sur la consommation, sur la télévision ;

Stanislas Nordey : « Il y a toute une série d’entretiens de Pasolini qui vient d’être éditée. »

 

Stanislas Nordey lit Joseph Andras sur Pasolini

 

POÈTES DANS LA CITÉ (1/8). PIER PAOLO PASOLINI, « SOLDAT SANS SOLDE »

Lundi, 24 Décembre, 2018

 

Joseph Andras

 

Les fracas du monde font vibrer leurs vers. Pour l’Humanité, l’écrivain Joseph Andras rend corps à des poètes aux prises avec le cours des choses. Des vies intenses, ancrées dans la lutte, tenues par un idéal collectif. Aujourd’hui, entre rage et sacré, Pier Paolo Pasolini.

Voilà un corps sec et nu, assis, l’œil fixé sur l’une des pages d’un livre dont nous ignorons le titre. Un miroir à sa droite, des murs en pierres apparentes, une fenêtre donnant sur une nuit d’automne. L’auteur de cette photographie, l’une des dernières du poète en vie, a 25 ans – moitié moins que son modèle. Pasolini s’apprête à présenter la traduction de son recueil les Cendres de Gramsci à Stockholm – il a, en cette année 1975, achevé de monter Salò ou les 120 journées de Sodome, fait part de la nécessité d’intenter un procès aux autorités démocrates-chrétiennes italiennes et promu l’abolition de la télévision. Cette image est fragment d’une série en noir et blanc : Pasolini se déplace, passant du siège au lit, s’allongeant, se redressant, franc mammifère en sursis, fins muscles saillants, sexe délesté de sa honte génésiaque. Peut-être ne lit-il pas vraiment, sans doute laisse-t-il flotter son regard, offrant seulement sa solitude à l’objectif – l’ampoule trace un cercle imparfait sur la pierre ; l’ombre cerne la gueule combien creusée du cinéaste.

Ce corps – « corps de désir consumé », notait Pasolini deux décennies plus tôt – ignore qu’il sera retrouvé dans quelques jours, étendu, écorché, ravagé sur un terrain vague de l’hydrobase d’Ostie. Ce corps n’a pas encore les cheveux collés par le sang, le visage réduit en viande, le nez brisé, l’oreille gauche arrachée, le foie déchiré, les testicules tuméfiés, le cœur éclaté, des doigts coupés et dix côtes fracturées. Ce corps dévêtu, comme rendu à sa naissance, nous le regardons vivant, assuré, insolent, sans l’odieuse bâche blanche qui le couvrira bientôt, tachetée, rougie, par deux pierres maintenue sur un sol pourri.

Ses Lettres luthériennes, composées les mois précédents, sonneront sans qu’il l’ait souhaité comme un testament. Texte de « dénonciation désespérée et inutile », brûlot doctoral, sermon à la jeunesse, soufflet à son temps : la consommation, devenue fait social total, tient du désastre ultime – un totalitarisme, un nouveau fascisme, un génocide, même ; le petit peuple a disparu sous les assauts répétés du « développement » ; l’empire technologique a piétiné l’« écologie » ; le néocapitalisme a transformé ses contemporains en autant d’« automates laids et stupides, adorateurs de fétiches ». Ce « cataclysme anthropologique », a-t-il avoué la même année, il l’éprouve jusque « dans son corps ». Pasolini, l’athée épris d’un Christ non divin, le communiste rongé par le passé, le barbare soucieux de « fraternité perdue », l’impénitent provocateur persécuté, l’opposant au bien-être libéral, le contempteur du Pouvoir et de l’Argent, avait un temps songé partir vivre au Maroc ou au Soudan – les nations du tiers-monde avaient tout son amour de « terrien irréductible ».

Mais ce cliché, jamais Pasolini ne le verra. Comptant insérer cette mise en scène dans un roman en préparation, Pétrole, il a prié l’auteur des images, Dino Pedriali, de n’en rien publier. Les deux Italiens se trouvent alors dans un village du centre du pays, Chia : une tour médiévale de 40 mètres acquise par le poète cinq années auparavant. C’est ici, confie ce dernier au photographe, qu’il écrit le mieux. Pasolini lui avoue qu’il n’a « plus la force de (s) e battre ». Qu’il ne recherche pas le scandale mais la vérité. Que Pétrole n’en sera pas moins, cette fois, un véritable scandale. Que la photographie réussira là où les mots ont échoué. Pasolini indique pour seule consigne : faire comme si la pose n’en était pas une. Le lit est tiré au cordeau, le plateau de la commode vide ; la série est prise de l’extérieur, à travers l’une des fenêtres. Terreur et magie se nouent dans l’esprit du jeune Dino. « Mon destin artistique s’est arrêté tragiquement avec ces photos. Ma carrière était finie. (…) Son nu était un cri de désespoir. C’est pour cela que son amie, la comédienne Laura Betti, voulait que je brûle mes photos », racontera-t-il en 2013.

La Suède, puis Paris ; Pasolini rentrera à Rome le 31 octobre et sera massacré dans la nuit du 1er au 2 novembre après avoir donné un entretien quelques heures plus tôt. Les humains ne sont plus que des machines, y répétera-t-il. Nous sommes tous en danger. Projetés dans « l’arène du tout avoir à tout prix ». Risquant fort de finir noyés. À la dernière question, il répondra au journaliste : « Tout le monde sait que mes expériences, je les paie personnellement. » Il promettra d’approfondir l’échange, par écrit, et de le remettre au matin.

Pour l’heure, Pasolini se rhabille dans sa vieille tour. Il ordonne à son cadet de se taire et le met en garde contre les ennemis, nombreux, qu’ils ne manqueront pas de se faire. Le photographe se souviendra : « On se quitte comme ça. »

Mercredi : Bob Kaufman,  « nos cœurs assoiffés »

Par Joseph Andras

 

Stanislas Nordey

Que nous dit encore Pasolini ?

C’est le spectre infini de son regard. Il est poète. Il est devenu cinéaste. Il a écrit du théâtre. Il a écrit des chroniques dans les journaux. Il a touché à la linguistique. Il a exploré partout,  son monde, et une époque. Il l’a toujours fait en prenant des risques.

 

Madame

Les Corps chez (= écorché)

2019

Paris

Fluctuart

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Poppée Bashung, la fille d'Alain Bashung, fera ses débuts au théâtre en 2022 dans une pièce de Pasolini. Pendant deux mois, la jeune comédienne tiendra le rôle principal dans Orgie, pièce de 1968. Une première apparition au théâtre, pour celle qui a déjà joué au cinéma et à la télévision.

Le Figaro.

02 22

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Publié dans Théâtre

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