Hommage à Thérèse Clerc

Publié le par bmasson-blogpolitique

Hommage à Thérèse Clerc (par le collectif départemental 13 des droits des femmes)

Film de Morena Campani, « Née en 68 », Paris, mai 2016

Danielle Michel Chiche a écrit un livre sur Thérèse Clerc: Antigone aux cheveux blancs.

Voici le portrait d'une femme haute en couleurs, connue du grand public pour sa maison des Babayagas, et au parcours atypique. Elle a pour surnom « Thérèse de Montreuil ». En 2004, le journal Télérama la présente comme une féministe combattante qui a quitté son foyer après mai 68.

Elle a passé trois mois à l'hôpital pour soigner un abcès au poumon en 1967. Elle a découvert que sa chambre ne désemplissait pas et que les gens aimaient passer du temps avec elle à discuter. Elle, qui avait été dévalorisée pendant son enfance, a réfléchi sur sa personnalité. Elle a pu rebondir.

Elle est issue d'une famille catholique de droite. Jeune femme, elle vendait Témoignage Chrétien. Elle dit que Marx a changé sa vie. Marx et les Évangiles sont mélangés dans son expérience. Elle a découvert Marx à l'église grâce à un prêtre ouvrier. Elle a entendu « Les damnés de la Terre, levez-vous ! ». C'est la prise de conscience de l'exploitation. Elle se définit comme « une croyante laïque qui a une foi athée ».

Hommage à Thérèse Clerc
  • 1968, la rupture

Thérèse a vécu sa période grise avant 1968 , puis elle connut sa période bleue. Elle considère que 1968 lui a permis de vivre une seconde naissance. Depuis ce moment, elle a su lier l'individuel et le collectif. Elle est née à la vie et au combat. Cette joie est ressentie et entendue tout au long du film de Morena Campani. 1968 lui fait découvrir la puissance du collectif.

En 1968, c'est pour Thérèse la première expérience homosexuelle. C'est l'ouverture vers le plaisir, le refus de la culpabilité. Elle se libère de l'éducation cartonnée, raide, compassée reçue dans sa famille. Elle était une "bourge à collier de perles" et s'est transformée en "Woodstock avec des dredlox". Certains ont pensé qu'elle était devenue folle et ne l'ont pas reconnue avec ses cheveux lâchés et ses robes en coton. Elle était devenue libre de corps et de langage.

Thérèse divorce en 1969. Elle a dû trouver un travail car elle avait quatre enfants à charge. Son aîné avait 20 ans et sa dernière était âgée de 9 ans. Sa vie commence.

Pendant sa jeunesse, elle avait pour elle sa beauté. Avec l'âge, elle a gagné du style.

Elle disait aussi : « Le capital amorisant et solaire est ce qui m'a portée et poussée toute ma vie ».

Vers la fin de sa vie, elle pense :« Quand le temps s'éloigne et que l'espace se rétrécit, c'est le temps de l'éternité. » ou bien « Je rentre en sexagénaire. Je n'inspire plus le désir, mais pas encore la pitié ».

  • La place des femmes

Une femme bien élevée est une femme enfermée, effacée. Dans sa jeunesse, on disait d'elle dans sa famille: « Heureusement, cette pauvre Thérèse est jolie!».

Les femmes sont toute leur vie en attente de leurs premières règles, de leur grossesse, de la ménopause, de la mort.

Elle considère que les femmes essaient d'être amoureuses dans leur classe et dans leur couleur pour réussir leur mariage. Le mariage est synonyme de prison. Elle a trouvé que son ex-mari n'était pas méchant, mais chi...

L'argent entre aussi en ligne de compte. On monnaye tout et on monnaie les femmes. L'argent est symbolique. Il faudrait pouvoir travailler pour le plaisir.

Elle trouve que dans l'expression « Un prisonnier qui sort est ELARGI », le mot « élargi » est très beau.

Les femmes aiment leur bourreau. Elles sont les gardiennes de l'amour.

Les femmes occupent trois places: la vierge, la mère ou la prostituée. On retrouve des figures légendaires dans l'histoire. Thérèse préfère les vraies prostituées plutôt que les femmes mariées.

  • Le plaisir féminin était hors-la-loi

Une formule magique pour les femmes: "Oui, papa, oui chéri et oui patron!"

Elle pense que l'on culpabilise les femmes sur le sexe.

Le sexe servait à la procréation et à donner du plaisir aux hommes. Les femmes étaient interdites de plaisir et de sensations. Les femmes pouvaient faire l'amour, mais ne pas jouir. Elle trouvait cela curieux.

On expliquait aux femmes leur rôle génital (génitalité) par le truchement d'un mannequin en plastique qui reproduisait les organes féminins vu du côté médical.

C'est en 1968 qu'elle découvre la vraie liberté quand l'orgasme féminin est hors-la-loi. Elle le définit ainsi : "C'est quitter l'enveloppe terrestre (être hors de soi) pour un moment parfait". Ce mot a été détourné par le sentiment de colère, "Je l'ai mis hors de lui."

Le jour où l'on ose une autre pratique sexuelle est un jour de grande libération. L'homosexualité d'une femme avec une femme permet de quitter le monde des hommes, de ne plus les faire entrer dans l'intimité des femmes. Le plaisir venait d'une autre main que de celle d'un homme.

Thérèse s'est rendue compte de sa puissance extraordinaire.

Hommage à Thérèse Clerc

Page 23 :
« M’est-il permis à moi-même de raconter, de rendre avec des paroles la traduction inévitable que mon imagination fit du même morceau, lorsque je l’entendis pour la première fois, les yeux fermés, et que je me sentis pour ainsi dire enlevé de terre ? »

Page 25 :
« Alors je conçus pleinement l’idée d’une âme se mouvant dans un milieu lumineux, d’une extase faite de volupté et de connaissance, et planant au-dessus et bien loin du monde naturel. »


Page 26 :
« Ma volupté avait été si forte et si terrible, que je ne pouvais m’empêcher d’y vouloir retourner sans cesse. »

Dans Charles Baudelaire
Naissance de la musique moderne
Richard Wagner et Tannhaüser à Paris
Editions Mille et une nuits (juin 2013)
Lettre de Charles Baudelaire à Richard Wagner en date du 17 février 1860 publiée en 1922.
Le texte intitulé « Richard Wagner et Tannhaüser à Paris » est paru en 1861.

  • Le corps des femmes est politique

En 1967, les femmes ont eu accès à la contraception avec la loi Neuwirth. Puis, en 1976, elles ont pu avorter grâce à la loi Veil. Jusque là, on punissait les femmes qui avortaient et elles pouvaient aller en prison.

L'avortement est un droit. On n'est jamais fière d'avorter. Cela pose des problèmes au niveau physique, et au niveau de l'imaginaire. La société culpabilise les femmes qui y ont recours. Elles sont 500 000 femmes à avorter dans la région parisienne.

Les femmes sont exploitées dans leur intimité. Leur corps est politique puisqu'il fait l'objet de lois.

Le corps de la femme est important dans le rapport affectif. On a enfermé les femmes dans leur douleur. En 1968, la bourgeoisie intellectuelle dénonçait l'autorité du père, les rapports familiaux.

1968 a libéré la parole des femmes, paroles qui coulaient comme un flot. Les femmes parlaient des femmes et de l'intimité de leurs corps.

  • Les armes de la résistance féministe

    Il y a des femmes résistantes dans le monde entier face à la domination masculine. Pour certains hommes, les femmes ne sommes que perversité.

Les femmes n'ont pas beaucoup de moyens de protester. Si elles sont non-violentes, le fait d'être heureuses est une forme de résistance.

Mais casser l'ordre ancien est aussi une forme de violence.

Elle aimait les mots savoureux, même s'ils étaient grossiers. Elle parlait un français limpide, beau et aimait lâcher de temps en temps un mot vulgaire.

« A 20 ans, sois belle et tais-toi,

A 50 ans sois poubelle et tais-toi ».

Elle n'aime pas la notion de "charité" qui donne à l'autre avec compassion, mais préfère le mot de "solidarité" qui rappelle que nous sommes tous solidaires.

Un dimanche par mois, elle organisait un plat collectif en présence d'un philosophe ou d'une personnalité. Elle connut un immense succès, et il fallut changer de salle vers celle du temple protestant voisin, quand la manifestation était annoncée dans Futuroscope. Les philosophes rendent l'humanité plus haute, pensent, disent et prophétisent.

La pensée, le rêve et le rire sont liés à la politique.

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  • La politique et Thérèse Clerc

Un pays et un territoire commun ont un sens commun. Les gens opprimés et culpabilisés ont eu l'idée géniale de se mettre en collectif et qui dit collectif, dit politique. Pour Thérèse, la manifestation est une thérapie et la thérapie est une manifestation.

A la fin de la guerre d'Algérie, les jeunes Français en reviennent. Elle décide d'adhérer au Mouvement de la Paix.

Elle rejoint le MLAC en 1973. Elle a participé à beaucoup d'avortements dans un appartement. Elle se considère différente des faiseuses d'anges.

En marge de Celles de la terre, elle a relu la Bible en étudiant les personnages féminins dont le destin était tué dans l’œuf.

Elle adhère plus tard au PSU et travaille sur la théorisation de l'Utopie.

En 1993, elle a signé l'appel des 577 qui réclamaient une démocratie paritaire.

Thérèse a créé l'université populaire sur la vieillesse (unisavie), la Maison des Femmes de Montreuil (la maison est située rue de l’Église !), et la Maison de retraite coopérative des Babayagas pour que les femmes ne terminent pas leurs vies seules ou dans la maltraitance. Jean-Pierre Brard, maire communiste de Montreuil, l'a beaucoup aidée. L'entente avec Dominique Voinet a été plus difficile. La mairesse l'aurait bien renvoyée de Montreuil. Mais, après 12 ou 13 ans de lutte, la Maison de retraite coopérative existe.

Thérèse avait une grande connivence politique et humaine. Elle a su créer un lieu militant et convivial qui survit et vit malgré les subventions en baisse.

Une femme politique a-t-elle un autre destin que de devenir un homme politique?

Hommage à Thérèse Clerc
  • L'hymne des femmes

Nous, qui sommes sans passé les femmes,
nous qui n'avons pas d'histoire,
depuis la nuit des temps, les femmes,
nous sommes le continent noir.

refrain :
Levons nous, femmes esclaves
Et brisons nos entraves,
Debout! Debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées ;
Dans toutes les maisons, les femmes,
Hors du monde reléguées
(refrain)
Seules dans notre malheur, les femmes
L'une de l'autre ignorée,
Ils nous ont divisées, les femmes,
Et de nos sœurs séparées.
(refrain)
Reconnaissons-nous, les femmes,
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble on nous opprime, les femmes,
Ensemble révoltons-nous.
(refrain)
Le temps de la colère, les femmes
Notre temps est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers

Morena Campani

Danielle Michel Chiche

MLAC

Celles de la Terre

Université Unisavie :

La Maison des Femmes de Montreuil

Maison de retraite coopérative des Babayagas

Neuwirth

Publié dans Femmes

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