Jean Domenichino - Les communistes des Bouches-du-Rhône en Front Populaire

Publié le par bmasson-blogpolitique

Jean Domenichino

Il travaille sur le théâtre régional.

Il a écrit l’ouvrage Les communistes des Bouches-du-Rhône en Front Populaire aux éditions des fédérés. Il est maître de conférence à l’université d’Aix-Marseille. Il a écrit des ouvrages sur les dockers et le bassin minier de Provence.

Emmené par Nédelec (CGTU), Tasso (SFIO), Billoux ou Cristofol, le double mouvement social et politique a fait la singularité et la puissance du Front populaire face à des pratiques mafieuses et fascistes incarnées par Sabiani, Carbone et Spirito.

La situation politique locale

En face il y a les partis bourgeois qui se structurent autour des grandes familles marseillaises.

Depuis 1920, socialistes et communistes forment les deux frères ennemis. Ils ont le même objectif in fine et ils visent le même électorat. Or, malgré le congrès de Tours, les socialistes n’ont pas perdu leur base électorale.

L’évolution de l’Internationale communiste

Le PCF va assimiler l’histoire révolutionnaire de la France et la révolution française de 1798, pas la bourgeoise de 1793. On réconcilie le drapeau rouge et le drapeau tricolore, la révolution russe et la révolution française. Le PCF opère une mutation, même si elle boîte un peu quelque part.

 

 

 

L’arrivée de nouveaux dirigeants dans les Bouches du Rhône.

 

Dans les Bouches du Rhône, c’est l’arrivée de nouveaux dirigeants qui ont su trouver leur place, s’appuyer sur des militants chevronnés. Ils se battent dans des conditions difficiles. Quand un ouvrier faisait grève, il pouvait facilement être mis à la porte ou quelque fois condamné.

Ils s’appellent François Billoux et Charles Nédélec. Ce dernier s’investit dans la CGT. En 1934, François Billoux organise une assemblée générale des communistes avec 83 participants. L’Internationale communiste est sous la domination bolchévique. La guerre de classe contre classe favorise le temps des exclusions et des auto exclusions. C’est la perte de 1 000 adhérents.

Ils sont les deux leviers fondamentaux du mouvement social, à savoir le milieu politique et le milieu syndical. Le syndicalisme a joué un rôle essentiel pour lever les obstacles.

François Billoux est à l’origine de la campagne pour un Marseille propre en luttant contre les Sabiani et ceux qui sont derrière. Avec deux leviers, les rapports sont compliqués. Ils agissent de manière autonome et ils sont complémentaires. Ils sont interactifs.

La possibilité d’union entre les socialistes et les communistes.

Il y a des socialistes qui sont minoritaires, ils n’ont pas voulu adhérer à l’Internationale communiste, mais ils ne sont pas hostiles au rapprochement avec les communistes. En octobre 1934, aux élections cantonales, un socialiste, Jean Michelin, se désistera et permettra à un communiste, Jean Cristofol, d’être élu maire de Marseille. C’est le premier communiste élu à Marseille.

L’espace industriel dans les Bouches du Rhône.

L’action des communistes n’aurait pu s’exprimer sans la présence dans la région de grandes unités de production industrielle, dont entre autre la réparation navale, la métallurgie.

Il y a une osmose entre le monde de l’entreprise et les habitations. Les quartiers se sont constitués autour de l’entreprise. Tout ce qui se passe dans l’entreprise a des répercutions dans les familles. Plus tard, le patronat a fait évoluer les centres de production loin des centres d’habitations. C’est dans les entreprises et dans l’action dans les entreprises, avec la CGT, que les communistes ont gagné leurs succès. En 1937, le PCF a 15 000 adhérents dans les Bouches du Rhône, 8 000 à Marseille, 6 000 dans le Var, autant en Corse. Nous sommes loin de la situation de 1934.

Esprit de conquête politique

Les élections de 1936 voient les municipalités d’Aubagne, de Saint Rémy de Provence, d’Arles, d’Istres, de Gardanne, de Marignane, de Noves, de Septèmes, de Tarascon et de Trets dirigées par la SFIO. Les Radicaux socialistes vont diriger Aix en Provence, Chateaurenard, Martigues, Port Saint Louis du Rhône, Port de Bouc et Salon de Provence. Les communistes ont gardé la municipalité de Miramas. Aux législatives, le PCF gagne trois circonscriptions.

Le rôle des délégués

L’unité syndicale entre la CGT et la CGTU s’est effectuée à la base. Fin 1934, il y a un tournant dans le visage syndical qui permet la réunification.

Les grèves quittent Marseille après juin 1936. Elles ont démarré dans des entreprises où les syndicats n’étaient pas implantés. Ce sont des grèves bon enfant. On joue à la pétanque. Les seules tensions entre les salariés et le patronat existent chez les dockers.

Toute une série de lois ne laissent plus le salarié seul face à l’entrepreneur, face au patron. Le contrat de l’homme de louage du 19 e siècle était terrible.

A partir de 1936, le syndicat change de rôle. Il n’organise plus seulement les grèves, mais régule les rapports sociaux. Ce n’est pas une chose facile. C’est la même difficulté pour les comités d’entreprise. En 1946 se pose la question de leur mise en place sans la collaboration de classe. L’UD CGT a 135 000 membres et s’implante dans les grandes entreprises avec les jeunes. Elle y possède des bastions.

Le Front populaire a fait changer les mentalités et les pratiques culturelles

C’est une période de réconciliation entre l’Etat et les ouvriers. L’Etat n’est plus l’allié du capital. Les rouages administratifs (les préfets) jouent leur rôle. L’action de Charles Nédélec est reconnue. Pour la première fois, un maire joue un rôle dans des conflits sociaux. Les congés payés vont instaurer des nouvelles pratiques culturelles. S’il y a peu de départs en vacances en 1937/1938, les comités d’entreprises d’après guerre vont favoriser les départs. La droite surnomme Léo Lagrange de ministre de la fainéantise. C’est un temps pour faire autre chose. Louis Aragon inaugure la Maison de la Culture à Paris. C’est le temps de l’aspiration au bonheur. Cela ne va pas durer longtemps. Les orages s’annoncent. Blum va instaurer la pause de 1937. Pouvait-il faire autrement ? C’est une question encore d’actualité.

La guerre d’Espagne.

L’Internationale communiste crée France Navigation à Marseille qui est une plaque tournante pour le passage des armes acheminées de Suisse et qui partent pour l’Espagne. Des meetings sont organisés pour demander à Blum d’intervenir.

Le 30 novembre 1938, c’est la fin du Front Populaire.

C’est l’échec de la grève et l’avènement de l’Anschluss en mars 1938.

Le PS et le PCF ne sont pas sur la même longueur d’onde. Les décrets Daladier remettent en cause la semaine de 40 heures pour pouvoir la porter à 48 heures dans toutes les entreprises. Elle peut atteindre 50 ou 60 heures payées en heures supplémentaires.

Le travail peut aussi s’effectuer par roulement, par exemple un jour sur deux. C’est la flexibilité avant l’heure. On dit que c’est la fin de la semaine des deux dimanches.

La grève a été annoncée un mois à l’avance et cela a permis aux chefs d’entreprises et à l’Etat de s’organiser en réquisitionnant. La grève a été mollement soutenue par la gauche non communiste. La réponse du patronat face à cette grève a été la répression par les licenciements, le block out et la fermeture des chantiers qui réembauchent le lendemain sans les syndiqués de la CGT. Plus de 1100 salariés sont licenciés dont les délégués du personnel. Le secrétaire de la CGT des dockers de Port de Bouc écope de deux mois de prison. Le patronat s’est organisé et le gouvernement l’a soutenu.

C’est une victoire à la Pyrrhus.

La répression a suscité chez les jeunes une rancœur durable contre les directions. Le patronat a désigné les communistes comme des fauteurs de trouble et leur a donné un certificat de bonne conduite, un statut. Lorsque les conditions seront favorables, les salariés regarderont les communistes et le PCF. Si cette période a été florissante, c’est grâce aux communistes.

Bande annonce du film « La vie est à nous ».

La vie est à nous est un film français réalisé par  Jean Renoir en 1936. Le film a été tourné à l'initiative du Parti communiste français pour la campagne électorale du Front populaire avec des fonds recueillis à la suite de collectes effectuées au cours de meetings, et avec la participation bénévole des techniciens et artistes.

Edmonde Charles-Roux

L’irrégulière

L’itinéraire de Coco Chanel

Le Livre de Poche

Grasset, 1974

 

Le Front populaire, 1936, pages 517 à 528 :

Edmonde Charles-Roux rappelle les élections du 26 avril 1936 qui vit la victoire du Front Populaire, contredisant tous les pronostics d’une forte abstention : 85% des électeurs s’étaient déplacés.

Suivirent les occupations d’usines en mai. Coco Chanel trouve « choquant » que les hommes se mettent en grève. Mais, « la vague s’étendant au textile provoqua sa stupeur. » Elle ne pouvait ni comprendre, ni imaginer que sa conception autoritaire de maîtresse de l’industrie puisse être mise en cause.

Vinrent les temps de rébellion des patrons de combat qui refusaient « d’appliquer les hausses de salaire » (accords de Matignon).  Alors, les femmes intervinrent dans la grève. « Des vendeuses dansant autour des comptoirs, (…), alors oui, vraiment, c’était la révolution. »

Puis, la maison Chanel fit grève. « Car là, c’était le comble, le crime de lèse-majesté, là le geste inqualifiable. »

Coco Chanel est enfermée au Ritz. « Un piquet de grève à deux pas du Ritz n’est pas de ces choses que l’on oublie. » Coco Chanel sera interdite d’entrée dans ses ateliers. Elle n’oubliera pas cette humiliation et se vengera en fermant sans préavis son entreprise en 1939.

Publié dans histoire

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