Théâtre - Marie Tudor

Publié le par bmasson-blogpolitique

Marie Tudor

De Victor Hugo

Mise en scène de Philippe Calvario

Avec Cristiana Réali, Jean-Philippe Ricci, Jean-Claude Jay, Florence Le Corre

Musique de Patrick Matteis et Thomas Gendronneau

Costumes de Mina Ly

Mars 2016

« Il y a deux manières de passionner la foule au théâtre : par le grand et par le vrai. Le grand prend les masses, le vrai saisit l’individu. Le but du poète dramatique doit donc toujours être le grand comme Corneille ou le vrai comme Molière ; ou mieux encore et c’est ici le plus haut sommet où puisse monter un génie, d’atteindre tout à la fois le vrai et le grand, le grand dans le vrai, le vrai dans le grand comme Shakespeare le fait. Marie Tudor est un effort de plus vers ce but rayonnant. Quelle est en effet la pensée que je tente de réaliser dans Marie Tudor ? Une Reine qui soit femme. Grande comme Reine. Vraie comme femme. »

Victor Hugo, 17 novembre 1833.

 

La reine est amoureuse de Fabiano Fabiani et est aussi malade de jalousie. Le couple formé mène une vie joyeuse et suscite la haine et la peur, l’amant faisant couper la tête de ceux qui lui déplaisent. Après la mort d’Henri VIII, son père qui eut six femmes, Marie règne. « Quand une femme règne, le caprice règne. On donne l’homme à la femme et la femme au diable», dira Simon Renard, l’ambassadeur du roi d’Espagne. Il décrit Marie comme « prude quoiqu’elle elle ait des amants ».

Gilbert, un ouvrier ciseleur, est malheureux et gémit après Jane, sa fiancée: « Tu ne me donnes plus une parole d’amour naturelle. L’amour rend bien méchant ».

Jane est séduite par l’amant de Marie Tudor, Fabiano Fabiani, qui tuera celui qui veut révéler l’origine noble de Jane et faire lire ses actes de naissance, papiers cachés à la mort de son père. Quand Gilbert aperçoit le cadavre, il dit : « On vient d’assassiner un homme ! » Fabiano Fabiani répond : « Non ! Un juif ! ».

Gilbert est éperdu de douleur quand il apprend par la bouche de Fabiano Fabiani que Jane l’a trompé. « Jane m’a trahi et s’est donnée à cet infâme. »

Marie entre en scène. « Il n’y a eu jusqu’ici que la femme. Il faut laisser entrer la reine. » Elle veut faire avouer son amant. Sait-elle qu’il l’a trompée ? « Les plus beaux yeux d’un homme sont parfois menteurs. Les tiens délivrent la loyauté, la naïveté. Je t’aimerais mieux mort plutôt qu’heureux avec une autre. Quand un homme trahit, cela se voit tout de suite », s’interroge-t-elle. Et Fabiano Fabiani répond : « Ce n’est pas votre majesté que j’aime, c’est toi ».

Marie sait tout. Fabiano Fabiani n’a pas à avouer. Elle fait convoquer devant elle Jane. Celle-ci dit : « Chaque mot que je dis me fait mourir ». La reine rétorque : « C’est bien ! ». Les rires jaillissent dans l’assistance.

Marie veut se venger de Fabiano Fabiani et rage : « Si nous n’avons pas de preuves, nous en ferons. Nous ne sommes pas la reine pour rien ! ». A nouveau des rires dans le public.

« La reine parlera au bourreau. La tête parlera à la main ! », dit Marie. Et encore les sourires du public.

Fabiano Fabiani ne se doute pas que Marie lui tend un piège. « Elle me sourit. Le péril n’est pas pour moi ! » Et la colère de Marie va se déployer : « Misérable et lâche, tu rendras les biens que je t’ai donnés. Un Italien est fourbe, un Napolitain est lâche. Mets-toi à genoux devant la reine. Je n’userai ni le poison, ni le poignard, mais la place publique et la peur. Je suis une femme outragée et je serai une reine qui se venge ».

Fabiano Fabiani se défend : « Séduire une femme n’est pas un crime ! », mais Marie utilisera un subterfuge pour l’accuser de régicide et de trahison. Gilbert l’aidera dans ce dessein quitte à en mourir car la vie sans l’amour de Jane ne vaut d’être vécue. « Mourir sans être aimé, mourir sans être pleuré ! », se désolera-t-il.

Mais Marie repousse chaque jour l’exécution des deux hommes, Fabiano Fabiani et Gilbert. Son cœur de femme aime toujours. « La reine est folle. Que voulez-vous ? Comme le disait François 1er, souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie » se lamente Simon Renard, l’ambassadeur d’Espagne.

Jane se repend et implore son pardon auprès de Gilbert, emprisonné dans la tour de Londres. « Je serai pour toi quelque chose de moins qu’une sœur, quelque chose de plus qu’un chien. Et si tu te maries Gilbert_ car il plaira à Dieu que tu finisses par trouver une femme pure et sans tâche, digne de toi_ et bien si ta femme est bonne et si elle veut bien, je serai la servante de ta femme. (…) Si tu ne te maries pas, je serai bien douce, bien résignée », gémit-elle. Cette tirade me fait penser à la chanson de Jacques Brel, Ne me quitte pas : «

Ne me quitte pas Je ne vais plus pleurer Je ne vais plus parler Je me cacherai là A te regarder Danser et sourire Et à t'écouter Chanter et puis rire Laisse-moi devenir L'ombre de ton ombre L'ombre de ta main L'ombre de ton chien mais, Ne me quitte pas ».

Mais le peuple intervient et réclame la mort de Fabiano Fabiani. Marie est stupéfaite : « On a bien raison de dire quelle horrible chose est le peuple ! ». Rires dans l’assistance et aussi quand Marie se justifie avec cynisme devant Jane. Marie a pensé intervertir Gilbert et Fabiano Fabiani pour sauver la tête de son amant lors de l’exécution : « C’est une exécution de nuit. Le peuple n’y verra rien. On n’avait que celui-là sous la main. Sans doute aurions-nous pu en prendre un autre. Quelle fatalité ! ».

Il y aura en effet une exécution, mais lequel des deux hommes mourra ?

Victor Hugo nous dépeint le portrait amer d’une femme, d’une reine insatiable et instable, tant en amour qu’en pouvoir et qui est l’objet de luttes en coulisse. Elle est amoureuse, cruelle, cynique, égoïste, frustrée, manipulée. Le statut de Jane représente la trahison puis l’abnégation pour l’homme trahi, en forme de repentir. La pièce se termine par sa reddition. Dans un monde dominé par les hommes, elles se débattent pour tenter de défendre leur droit à la parole et à l’amour. Leurs cœurs et leurs raisons ne sont pas à l’unisson. Toutes deux subissent le désir des hommes. Leurs contradictions, leurs failles sont exploitées par leur entourage, en fonction de leurs propres intérêts. Les origines modestes et italiennes de Fabiano Fabiani ne plaisent pas aux Anglais qui n’auront de cesse de le voir chuter et tomber du piédestal sur lequel l’a mis la reine. La beauté de Jane provoque son malheur et son déshonneur. Ses origines nobles ont attiré les convoitises de Fabiano Fabiani qui souhaitait conserver les biens nobiliaires donnés par la reine, mais qui appartenaient en réalité à Jane, sans que celle-ci le sache, les origines de sa naissance lui ayant été tues. Il la manipule en fonction de ses propres intérêts.

Le peuple intervient car le déshonneur de leur reine devient le sien. L’affaire privée devient une histoire publique. Une reine n’a pas le choix en amour. Marie devait épouser Philippe II d’Espagne et elle l’épousera.

La musique rock accompagne le changement de décors entre les actes.

Le jeu des acteurs, tout en sobriété et en force, est formidable. Un grand bravo à Cristiana Réali. Les costumes stricts ajoutent à l’importance du rang social des personnages et allongent la silhouette des acteurs. La seule vêtue en blanc est Jane. Et pourtant sa robe se tâche quand elle implore à genoux dans la boue et la poussière le pardon, tâche symbolisant la perte de sa pureté de femme.

Westminster

Westminster

Marie Tudor

By Hugo

par Jacno

 

Marcel Jacno

1904 - 1989

Maison Jean Vilar

Avignon

08 19

 

Graphiste, typographe, Jacno est un homme de caractère(s). Il crée son alphabet pour ses affiches.

A la fin des années 1920, il travaille pour le cinéma. Dessinateur, il publie des caricatures dans la presse.

En 1947, il finalise le conditionnement du paquet de cigarettes des « Gauloises » (signature émise à un milliard et demi d’exemplaires par mois). Il travaille pour les parfumeurs.

Il travaille la mise en page dans les journaux (Ici Paris, Radar, Détective), dans l’édition (Julliard, Denoël, Hachette), dans les ouvrages (la Bible).

En 1951, il rencontre Jean Vilar. Il contribue à développer la notoriété du TNP, puis de nombreux théâtres parisiens.  

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Marie Tudor à Calais.

 

Marie Tudor à Calais.

 

Marie Ire , dite la Sanguinaire, également connue sous le nom de Marie Tudor, née le 18 février 1516 et morte le 17 novembre 1558 , est la première reine régnante d'Angleterre.

Elle est la fille cadette d'Henri VII Tudor et d'Élisabeth d'York.

Marie Tudor impose le retour du catholicisme en Angleterre. 

En 1514, le Roi de France Louis XII veut un héritier. Afin de sceller la paix avec l'Angleterre, il s'unit avec la sœur d'Henri VIII, la belle Mary Tudor. Marie mourut abandonnée de tous à l’âge de 42 ans.

Marie Tudor, c'est aussi LE drame passionnel de Victor Hugo.

 

Calais est conquise en août 1347, dès les premières années de la guerre de 100 ans, par le Roi d'Angleterre Edouard III, au terme d'un siège de plus d'un an.

« Si l'on ouvrait mon cœur, on y trouverait gravé le nom de Calais. »- Citation célèbre de Marie Ière dite Marie Tudor.

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Publié dans Théâtre

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