Théâtre - Marie-Claude Vaillant Couturier - Livre de Gérard Streiff - Primo Levi - Survivants des camps de concentration

Publié le par bmasson-blogpolitique

Marie Claude Vaillant-Couturier

Théâtre

Par Poupette et Compagnie

De Jean-Pierre Thiercelin

Avec Céline Larrigaldie

Elle était amie, dans le temps de sa jeunesse, avec Danielle Casanova et Jeannette Thorez. Elle ne souhaite pas être passive, elle deviendra journaliste.

Elle s’occupera du journal Avant-Garde, puis du Journal des filles de France. Elle rêve de vivre en Union Soviétique pendant qu’Hitler entonne un discours démagogique en affirmant que "ce que chacun d’entre vous souhaite, nous le réaliserons". En 1933, elle réalise un reportage clandestin dans le camp de concentration de Dachau. Elle enchaîne en 1934 avec les grandes grèves, puis en 1937 avec le bombardement de Guernica* en Espagne par l’aviation allemande et italienne.

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Quand Otto Abetz, un ambassadeur nazi, demande à Picasso à propos de Guernica

« C’est vous qui avez fait ça ? », le peintre lui répond :

 « Non, c’est vous ! ».

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Paul Vaillant-Couturier

Paul Vaillant-Couturier

En 1934, elle vit avec Paul Vaillant-Couturier. Il est le rédacteur en chef du L’Humanité et député communiste à Villejuif. Il a composé les paroles de la Chanson de Craonne. Il décèdera d’un infarctus un mois après leur mariage en 1937.

Femme reporter à L’humanité, Marie-Claude fut-elle la bienvenue dans ce monde d’hommes ? Internée à Auschwitz, puis à Ravensbrück, elle pense "qu’il fallait des survivants pour témoigner, et cette idée la faisait tenir". Ses camarades disaient qu’elle avait un visage rayonnant qui traversait l’abomination. Elle a pu survivre car elle comprenait les ordres allemands, ce qui l’a sauvergardée des coups des nazis quand les femmes qui ne les comprenaient pas étaient battues. Elle témoignera après la guerre aux procès de Klaus Barbie et de René Bousquet et sera députée.

 

NDLR : on continue !
 
Marie-Claude Vaillant Couturier au Panthéon : campagne de signatures organisée par Femmes Solidaires

 

 

Monsieur le Président de la République,

Nous venons par la présente solliciter de votre haute bienveillance une demande qui nous est chère et qui est de votre seul ressort. Nous souhaitons que vous puissiez faire entrer Marie-Claude Vaillant-Couturier dans la crypte du Panthéon au côté de sa chère amie et camarade de déportation Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Il nous semble qu’au regard de ce qu’elle a apporté à notre pays et des valeurs qu’elle a défendues, tant dans ses convictions que dans ses actes, elle devrait naturellement trouver sa place auprès des grand.e.s femmes et hommes envers lesquel.le.s la Patrie est reconnaissante. Permettez-nous de porter à votre connaissance quelques étapes de sa vie qui nous semblent pouvoir vous convaincre de la légitimité de notre démarche.

En 1933, toute jeune reporter à la revue Vu comme photographe, deux mois après l’accession d’Hitler au pouvoir, elle réalise clandestinement, au péril de sa vie, les premiers clichés des camps d’Oranienburg et de Dachau, publiés dès son retour en France afin de dénoncer la politique du parti nazi.

Dès l’été 1940, engagée au Parti communiste, elle entre dans la Résistance et participe à des publications clandestines, notamment à L’Université Libre et à l’édition de L’Humanité clandestine. Elle assure la liaison entre la résistance civile (Comité des Intellectuels du Front national de lutte pour l’indépendance de la France) et la résistance militaire de l’Organisation spéciale.

Le 9 février 1942, elle est arrêtée à la suite d’une opération des brigades spéciales avec 150 autres résistant.e.s communistes. Les hommes seront fusillés au Mont-Valérien tandis que les femmes seront déportées à Auschwitz-Birkenau puis à Ravensbrück. Son convoi, parti de Compiègne le 24 janvier 1943, comprenait 232 femmes et seulement 49 d’entre elles sont rentrées.

A la libération du camp de Ravensbrück le 30 avril 1945, Marie-Claude Vaillant-Couturier fait le choix de rester pour accompagner les Français.e.s intransportables. Elle sera la dernière Française à quitter le camp le 25 juin 1945. Son courage et sa bienveillance auprès de ses camarades de déportation sont salués par tous et toutes, y compris par la presse française. Ainsi Le Monde fait paraître un article en juin 1945 insistant sur l’incomparable loyauté de Marie-Claude Vaillant-Couturier : « Chaque jour, cette magnifique Française parcourt les blocs, relève les courages, donne de l'espoir qui n'est souvent que de l'illusion. Le mot de sainteté vient à l'esprit quand on voit cette grande sœur de charité auprès de ces hommes et ces femmes qui meurent chaque jour ».

En 1945, à son retour bien qu’épuisée, elle participe à l’Assemblée constituante. Elle sera par la suite plusieurs fois députée de la Seine et vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Le lundi 28 janvier 1946, lors de la quarante-quatrième journée, Marie-Claude est citée comme témoin au Tribunal de Nuremberg. Lors de son témoignage face aux criminels nazis, elle affrontera ces derniers avec courage et responsabilité. Elle témoignera du sort fait à ses camarades des 31 000 mais aussi du génocide des juifs et des tziganes et sera en mesure de parler en détail de nombreux convois dans lesquels elles et ils périrent.

Dès son retour des camps, Marie-Claude Vaillant-Couturier voue le reste de son existence à la justice sociale et à la mémoire de ses camarades mort.e.s en déportation. Membre dirigeante de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes dès 1945, elle en devient ensuite vice-présidente, puis co-présidente en 1978. Elle est également une des premières animatrices de l’Amicale d’Auschwitz. En 1964, devant l’Assemblée nationale, elle défend la notion d’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, ouvrant ainsi la voie à la ratification par la France en 1968 de la Convention de l’ONU sur l’imprescriptibilité de ces crimes.

En 1987, elle est appelée par toutes les parties civiles à témoigner contre Klaus Barbie.

Lors de la création de la Fondation pour la Mémoire de la déportation en 1990, elle en est désignée unanimement présidente, puis présidente d’honneur jusqu’à son décès.

Dès le 20 novembre 1945, Marie-Claude Vaillant-Couturier est nommée Chevalier de la Légion d’honneur puis élevée au grade d’Officier en 1981. Le 16 avril 1995, elle reçoit la cravate de Commandeur de la Légion d’honneur des mains de son amie Geneviève de Gaulle. Elle s’éteint le 11 décembre 1996 à Paris.

Enfin, cette grande militante féministe fut vice-présidente de l’Union des femmes françaises, aujourd’hui Femmes solidaires, et mena nombre de batailles pour l’égalité salariale et les droits des femmes.

Monsieur le Président, voici les quelques éléments que nous souhaitions porter à votre connaissance. Nous savons qu’une telle décision doit emporter un consensus national, mais Marie-Claude Vaillant-Couturier fait partie de ces femmes d’exception dont le parcours exemplaire fait l’unanimité au-delà de son engagement politique.

Dans l’espoir que notre demande retienne favorablement votre attention, veuillez recevoir, Monsieur le Président, nos salutations les plus respectueuses.

Sabine SALMON,

Présidente nationale de Femmes solidaires

Le village de Craonne

Le village de Craonne

Craonne

Un bourg florissant

Craonne était un village riche et prospère.

Au XVe siècle, Louis XI accorde le droit de tenir une foire franche de trois jours.

Pendant les guerres de religion, Craonne subit pillages et invasions.

En 1573, les villageois construisent des remparts.

Après la crise du phylloxéra à la fin du XIXe siècle, la culture maraîchère se développe.

Vagues d’assaut

Dans la nuit du 4 au 5 mai 1917, trois nouveaux régiments d’infanterie sont placés dans leurs tranchées, au pied du plateau de Californie.

A 9 heures du matin, les vagues d’assaut s’élancent et progressent à travers le plateau.

Mais dans l’après-midi, l’artillerie allemande se déchaîne et le 18e RI doit repousser une première contre-attaque.

Au cœur des combats.

Dès 1914, le village de Craonne subit des destructions. Des affrontements opposent les troupes allemandes et françaises.

Le village n’est repris par les Français qu’en mai 1917, et sert de point de départ à l’assaut du plateau de Californie.

A la fin de la guerre, le village est entièrement détruit.

Il est reconstruit en contrebas.

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Le souvenir de l’ancien village de Craonne

Un arboretum fut aménagé à cet emplacement afin de perpétuer le souvenir du village détruit.

Marie-Claude, la récitante qui porte le même nom en hommage à Marie-Claude Vaillant-Couturier, est contente que le CNR ait donné le droit de vote aux femmes au sortir de la seconde guerre mondiale, mais remarque que "cela n’empêche pas sa mère de faire la vaisselle". Durant le spectacle, elle vendra le muguet des déportés. Elle ne cesse de boire et de manger. Quelle gourmande ! Quand elle entend Nuit et brouillard, elle tombe en pleurs. Seules ses larmes ne sont pas rouges car tout est rouge en elle: son parti, ses idées, ses vêtements, ses accessoires, son noeud dans les cheveux. Côté musique, elle aime Cloclo (elle sait, cela ne fait pas coco !) et les Yéyés de l’époque. Fleur bleue, elle pense que le meilleur moment dans l’amour, c’est quand on monte l’escalier.

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Marie-Claude Vaillant-Couturier, née Marie-Claude Vogel, est une femme politique française, communiste, résistante née le 3 novembre 1912 à Paris et décédée le 11 décembre 1996 à Paris. Originaire d'un milieu bourgeois et artiste, elle devient militante communiste et travaille au journal « L’Humanité » comme reporter-photographe. Engagée dans la Résistance, elle est déportée à Auschwitz en 1943 puis transférée à Ravensbrück, camp où elle reste plusieurs semaines après sa libération afin d'aider des malades intransportables.

Déportée en janvier 1943 avec 230 autres Françaises - dont seulement 43 revinrent -, Marie-Claude Vaillant-Couturier témoigna au procès de Nuremberg face à ses anciens bourreaux. C'était le 28 janvier 1946.

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« Avec mes yeux, ce sont des milliers de morts qui vous regardent. »
Marie-Claude Vaillant-Couturier

Elle est élue députée communiste de 1945 à 1958 puis de 1967 à 1973.

Elle a été l'épouse de Paul Vaillant-Couturier, puis de Pierre Villon.

Elsa Triolet a aussi été journaliste pendant le procès de Nuremberg.

« Le procès de Nuremberg aurait pu être l’arme massue contre le nazisme, une aide immense pour la dénazification des esprits. Nous nous sommes enlevés nous-même cette arme car ce procès est-il utile pour la dénazification du monde ? Non, puisqu’il donne aux nazis l’espoir que tout n’est pas perdu. On aura le temps de mieux s’organiser, de se cacher et, qui sait, de recommencer. »
La valse des juges. Elsa Triolet-

Autre résistante communiste, Danielle Casanova.

Louis Aragon rend hommage à Danielle Casanova et à Maïe Politzer :

Hélas les terribles semailles Ensanglantent ce long été Cela dure trop écoutez On dit que Danièle et Maïe (...) Maïe et Danièle Y puis-je croire Comment achever cette histoire Qui coupe le cœur et le chant.

Août/septembre 1943

Danielle Casanova (née Vincentella Perini, Ajaccio (Corse), 9 janvier 1909 – Auschwitz, 9 mai 1943 est une militante communiste et une résistante, morte en déportation à Auschwitz. Elle a été responsable des Jeunesses communistes, et elle fonde l'Union des jeunes filles de France.

 

 

 

Danielle Casanova

 

Elle naît à Ajaccio en 1909, de parents instituteurs. Elle sera la seule femme du bureau du Comité Central de la Jeunesse Communiste en juin 1932.

L’année suivante, elle épouse Laurent Casanova.

En 1936, elle devient secrétaire des jeunes filles et crée l’UJFF, organisation pacifiste et antifasciste.

Après l’interdiction du Parti Communiste en 1939, elle entre dans la clandestinité où elle côtoie, entre autres, Georges Politzer.

Elle est arrêtée en 1942. Le mois suivant, elle est confiée aux Allemands et est maintenue au secret. Elle arrive à Auschwitz en janvier 1943 et les femmes du convoi franchissent l’entrée en chantant La Marseillaise.

Elle sera dentiste et organise la solidarité avec ses compagnes.

En mai 1943, elle meurt du typhus. C’est Marie-Claude Vaillant-Couturier qui préviendra ses parents par un courrier.

 

Danielle Casanova au Panthéon

Demande effectuée par l'association "Résister Aujourd'hui".

Octobre 2018

 

Danielle Casanova.

"Ils ont voulu l'anéantir, ils l'ont rendue immortelle."

Louis Aragon.

Hélène de Comarmond est de la famille de Danielle Casanova.

05 21

 

Assassinée à Auschwitz en 1943.

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Gérard Streiff

 
Une vie de résistante
 
Marie-Claude Vaillant-Couturier
 
Oskar éditeur
 
2014
 
 
 
1942
 
Le couple Villon/Vaillant-Couturier se retrouve après l'évasion de Pierre Villon.
 
Marie-Claude raconte :
 
« Je me souviens de ce beefsteak Longchamp car c'était la première fois que je mangeais du cheval. Dans ma famille, on ne mangeait pas de cheval ; dans la bourgeoisie, on ne mangeait pas de cheval, et comme Vaillant était un cavalier, il trouvait que manger du cheval, c'était quasiment de l'anthropophagie. Je n'avais donc encore jamais mangé de cheval. Mais sous l'Occupation, on était moins délicat et j'avais donc commandé un steak Longchamp. Mais si j'ai gardé le souvenir de ce menu, c'est aussi parce que c'est le dernier déjeuner que j'ai fait libre. »
 
 
 
La mise en quarantaine à Auschwitz:
 
« Oui, toutes les Françaises survivantes de notre convoi. Nous avons appris, par les Juives arrivées de France vers juillet 1944, qu'une grande campagne avait été faite à la radio de Londres où l'on parlait de notre transport, en citant Maï Politzer, Danielle Casanova, Hélène Solomon-Langevin et moi-même et, à la suite de cela, nous savons que des ordres ont été donnés à Berlin d'effectuer les transports des Françaises dans les meilleures conditions. Nous avons donc été en quarantaine. (…) Cette quarantaine était faite parce que le typhus exanthématique régnait à Auschwitz ? On ne pouvait quitter le camp pour être libéré ou transféré dans un autre camp ou pour aller au tribunal qu'après avoir passé quinze jours en quarantaine, ces quinze jours étant la durée d'incubation du typhus. Aussi, dès que les papiers arrivaient, annonçant qu'une détenue serait prochainement libérée, on l'envoyait en quarantaine où elle restait jusqu'à ce que l'ordre de libération soit signé. Cela durait parfois plusieurs mois, mais au minimum quelques semaines. »
 
 
 
La fin de vie à Auschwitz :
 
« Les détenues hongroises qui sont arrivées ont donc été conduites sous cette tente et, là, il en mourait énormément. Tous les jours, une équipe venait chercher les cadavres sous la tente. Un jour, en revenant à mon bloc, qui était voisin, en passant devant la tente au moment où on la nettoyait, j'ai vu un tas de fumier qui fumait, et tout d'un coup j'ai réalisé que c'était du fumier humain, car les malheureuses n'avaient plus la force de se traîner jusqu'aux lieux d'aisance. Elles pourrissaient dans cette saleté. »

Giuseppe Pellizza

Les quatre états

Peinture terminée en 1901

C'est la célébration des idéaux d'humanité, de socialisme.

Le thème est une manifestation de travailleurs. Pellizza a étudié à la Pinacothèque Ambrosiana le peintre Raphaël d'Athènes et s'en sert de référence. Les styles historiques retracent une continuité entre la forme et les idéaux qui relient le passé et le présent.

Le tableau a été exposé pour la première fois à Turin en 1902. La déception de l'artiste à la suite des réactions de la désapprobation royale sur le sujet choisi et la non remise du premier prix poussa l'artiste au désespoir et au suicide. Milan, dans les années 1920 est dirigée par les socialistes. Le tableau représente donc les idéaux de gauche vers 1920, parfois réformiste, parfois révolutionnaire et a aussi son importance après la seconde guerre mondiale. Le tableau a été restauré dans les années 1980 à la Galerie d'Art Moderne.

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Quarto Stato (désigne le prolétariat).

L’événement fondateur est une grève ouvrière dans une usine de Volpedo qui marque profondément Giuseppe Pellizza da Volpedo.

 

Cette œuvre a été présentée pour la première fis en 1902 à l’occasion de la première Quadriennale de Turin.

 

« Une femme avec un enfant au ras suit son mari gréviste…Grèves – Même les femmes peuvent y prendre part- Une femme dans le tableau peut être en première file avec eux. »

Giuseppe Pellizza da Volpedo

 

« La question sociale s’impose ; beaucoup s’y sont dédiés et étudient d’arrache-pied pour la résoudre. »

Giuseppe Pellizza da Volpedo

 

« Le flot de la foule de l’humanité… Le flot de la foule de l’humanité assoiffée de justice. »

Giuseppe Pellizza da Volpedo

 

« Je crois que l’art de l’avenir sera celui qui saura produire l’œuvre qui démontre la bonté et la dignité de la foule. »

Giuseppe Pellizza da Volpedo

 

1900, film de Bernardo Bertolucci

Été 1900, près de Parme. Deux garçons naissent le même jour sur les terres des Berlinghieri. Alfredo est le petit-fils du propriétaire, Olmo le fils du métayer. Les deux garçons grandissent ensemble et sont liés par une belle amitié. Les événements historiques et politiques vont les séparer : la révolution agricole, les grèves et la naissance du fascisme se chargent de leur rappeler leur différence de rang social.

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Conversations ou le voyage d'Ulysse.

Avec Eric Cénat (Ferdinando Camon) et Gérard Cherqui (Primo Levi)

 

Hitler a été fidèle à son livre Mein Kampf . Il n'a pas trahi ses idées. Quand le diable arrive dans un pays, beaucoup de personnes le suivent avec enthousiasme. La propagande a été massive et multipliée par 10. Pour endoctriner les jeunes, on a réduit la mémoire par rapport à l'Histoire et on les a mis en ordre de pensée. La manipulation des masses a été développée, mais pas que par les nazis. Soljenitsyne qui a souffert des déviations du socialisme, dans l'Archipel du Goulag, regrettait le tsarisme.

On a cousu sur Primo Levi l'étoile jaune, et pas uniquement sur ses vêtements. Il a été juif de par les lois raciales et par le Lager (=camp).

Son manuscrit a été refusé pendant plusieurs années. La parution du livre  Si c'est un homme  de Primo Levi en Allemagne en 1961 a eu un écho. Il allait aider les Allemands à comprendre. Les jeunes Allemands ne se comprenaient pas eux-mêmes et ne comprenaient pas leurs parents. Ils invoquaient le diable.

 

Pourquoi les Allemands ont-ils accepté Hitler et son anti-judaïsme ? Pourquoi faire expier à une race la volonté d'exister ? Comment un homme peut-il devenir un bourreau ? Les Allemands ont vécu dans un isolement culturel total. Quand il n'y a plus de loi, c'est le temps de la loi de la jungle et du plus méchant qui domine. Les Allemands fusillaient les partisans et déportaient les juifs. Après son arrestation, Primo Levi a eu à choisir.

 

Le premier camp de concentration ouvert a été celui d'Oranienburg dans lequel on a mis les communistes et les socialistes qui protestaient. Les responsables y ont été roués de coups pour les démoraliser.

Dans les camps de concentration, le premier traumatisme vécu a été le manque de solidarité. On y trouve des ennemis, pas des camarades.

 

Puis, l'isolement par la langue est mortel. Celui qui ne comprenait pas l'allemand ne pouvait pas obéir aux ordres, et celui qui ne parlait pas l'allemand ne pouvait rien dire. En connaissant un peu d'allemand, on a la compréhension du monde. Quand on ferme la bouche à quelqu'un, il meurt, même s'il ne s'en rend pas compte.

 

A Auschwitz, la main d’œuvre gratuite survivait trois mois. Il y avait un conflit entre le personnel du camp et les industriels. Un ouvrier qui meurt après trois mois est un mauvais ouvrier. Il meurt gratuitement...

Les Lager poursuivaient trois buts :

la terreur

l'extermination

la main d’œuvre

L'animal, lui, ne fait pas mal pour le plaisir. Les camps permettaient de voir jusqu'où l'homme est capable d'aller dans le mal. C'était un champ d'expérimentation. On met des gens dans un enclos, sans rien et on voit comment cela se passe. Peut-on refuser un privilège ? C'est difficile de le faire et on met le doigt dans le système.

Mais, dans un Lager, on apprend aussi ce qu'est l'essence d'un homme. Y a-t-il des souffrances qui rendent meilleur ? Non, mais il y a des souffrances qui permettent de comprendre. Le traumatisme d'Auschwitz n'a pas été que négatif. Il a appris beaucoup de choses. Primo Levi a eu la chance de surmonter le problème de la langue et un maçon dans le camp lui a fourni à manger. Il n'est pas tombé malade, sauf à la fin. Après, il a connu des phases de dépression. Il a été pris dans un dilemme. « Il y a eu Auschwitz. Il n'y a pas d'existence de Dieu. » Il n'a pas trouvé de solution au problème. Dans les années 1980, quarante ans après, il y a eu de nombreux suicides parmi les survivants des camps. Les nazis avaient gagné et pris le contrôle du cerveau des autres. A cette souffrance s'ajoute la culpabilité du survivant.

 

Parmi les Allemands, ceux qui savaient se taisaient et ceux qui ne savaient pas ne posaient pas de questions, dans un contexte de terrorisme d’État Certains Allemands pensaient qu'il valait mieux fermer la fenêtre avant de connaître pour ne pas se sentir coupable de ce que l'on ne connaît pas.

 

Alors, pourquoi écrire ? Pour dénoncer, pour demander justice, pour éprouver un besoin essentiel de raconter comme les autres besoins essentiels de manger et de boire.

Même si l'on n'est pas cru ni écouté, écrire libère, soulage, a des effets thérapeutiques. Il a survécu pour porter un témoignage.

Primo Levi est précis, scrupuleux. Il est sans rancœur, et tout en douceur. Empli d'un humanisme forcené, il défend l'idée de tolérance. Il n'a pas de haine contre les Allemands. Il ne voulait pas crier lui-même, mais faire crier les autres et il partait sur la durée.

 

Camon avait neuf ans à la guerre. Il est encore vivant.

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Primo Levi

1947

"Si c'est un homme".

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Ulysse est un chapitre dans la Divine Comédie de Dante et dans Si c'est un homme. Quand Primo Levi rentra des camps, il avait une barbe longue comme celle d'Ulysse. Son voyage de retour a été son odyssée.

Istvan Buda

Dante et Virgile, 2003

Bronze, calcaire

Publié dans Théâtre

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