Université de la culture de la Paix- Anne Morelli

Publié le par bmasson-blogpolitique

Le Mouvement de la Paix

Université Populaire de la culture de la Paix.

17 octobre 2015

Istres

Anne Morelli -1

Comment la guerre nous est-elle proposée comme solution aux conflits ?

Docteur en histoire

Auteur du livre ‘Principes élémentaires de propagande de guerre’

Pour la prochaine guerre, on va nous emballer tout cela tellement gentiment, avec les mêmes principes, qu’on va dire « Ah oui, cette fois, ce sont eux qui ont commencé. Et puis, nous, c’est pour une bonne cause, ce n’est pas comme eux. Avec quelles armes ils luttent, etc » Et tout cela va se retrouver tellement emballé, que la population va repartir. Et donc, moi je crois, comme je suis enseignante, je crois à l’éducation, je crois qu’avoir une grille d’analyse ça les empêche de manipuler l’opinion quand elle comprend de quoi il s’agit. C’est un peu comme si vous avez un spectacle de magie et avant le spectacle, il y a quelqu’un qui vient vous expliquer les trucs. Vous ne le voyez plus du même œil, naturellement.

 

 

Et donc, je pense que l’éducation est quelque chose de très important pour résister à cette propagande de guerre. Il faut connaître ces mécanismes.

Et je vous donnerai un dernier exemple.

C’est la guerre contre la Yougoslavie. La propagande était réunie à Bruxelles autour de l’OTAN, autour de quelqu’un qui s’appelle Jamchi. Tous les jours, il inventait quelque chose que tous les journalistes remettaient dans leurs articles ou leurs présentations à la télévision. Et ce Jamchi qui est-il ? Bien sûr, c’est quelqu’un de l’OTAN. Mais, quelle est sa formation ? Il est historien. Et qu’est-ce qu’il a fait comme thèse ? Il a fait une thèse sur la propagande de guerre pendant le première guerre mondiale. Donc, il connaît tout ça. Il l’applique.

Alors, quand j’ai écrit ce livre, ma plus jeune fille de treize ans à qui j’avais un peu expliqué ce que je faisais me disais : « Et tous les jours, il se dit lequel il va appliquer ? » « Non, ce n’est pas aussi simple que ça. Il ne dit pas ‘Je vais faire 1, 3, 4 et maintenant on va faire 2, 6, 8.’ » Mais en fait, tout ça ressurgit à chaque occasion. Et quand on connaît les règles du jeu, on n’est plus dupe.

L’humour belge

Il y a eu une exposition à la bibliothèque royale de Bruxelles qui s’appelle « La beauté de la guerre ». J’ai déjà fait une exposition avec les gens de la bibliothèque royale, et les connaissant, je pense vraiment que c’était une provocation dans le titre pour montrer qu’il y avait des gens qui trouvaient que la guerre était noble, héroïque, chevaleresque. Mais, c’était avec un brin d’autodérision. Vous savez que c’est ce qu’on nous attribue en général. Et donc, il y a des gens qui s’en sont scandalisés au premier degré, alors que selon moi, il fallait le prendre au second degré.

Et je vous donnerai un exemple tout récent à ce sujet. J’ai impulsé avec mon petit mouvement « Femmes pour la Paix et de l’Université » un colloque qui va se tenir et une publication qui va se faire sur : « Les femmes sont-elles plus pacifistes que les hommes ? » Je me pose la question depuis des années, mais vous voyez des tortionnaires à Abou Ghraib qui sont des femmes, vous voyez à la fois des femmes chez les Kamikazes ou des femmes qui tiennent les armes à Kobané. C’est une question qui se pose réellement. Mais nous avons pensé peut-être à appeler le livre « Les femmes aiment la guerre ». C’est une provocation évidemment. Vous pouvez dire « C’est scandaleux ! » Mais c’est parce qu’on veut pendre tous les contre-exemples. On a toujours porté l’idée que les femmes, parce qu’elles portaient la vie, elles étaient douces et pacifistes, etc. mais autour de nous on voit de plus en plus d’exemples, et on en a déjà vues dans l’histoire.

Ps: Ndlr: si il faut se justifier, c'est que l'ambiguïté n'aide pas à la clarté des idées.

L’éducation

Je suis tout à fait d’accord avec vos. C’est très compliqué. On a l’impression qu’à nous, on ne nous la fait pas. Mais, autour de nous, les gens sont tellement innocents, qu’ils gobent tout ce qu’on leur raconte, et cette propagande a un véritable poids sur l’opinion publique. Quand on sort de notre petit milieu militant, on est tout de suite confronté à des gens qui gobent tout ça. Et c’est très difficile à leur faire remonter la pente. Je dirai que c’est pour ça que l’éducation est essentielle. J’ai énormément de plaisir. Bruxelles est une petite ville. Je vous ai dit que j’ai 1 300 étudiants à la fois. Ca fait 25 ans que j’en ai. Faites le calcul. Ils sont nombreux. Et quand je monte dans le tram’, il y a toujours quelqu’un qui dit : « Oh, madame, vous avez vu, il y avait vraiment le principe numéro quatre, il était… » Je me dis : « Chouette, il y a quelque chose qui a été semé. » Il n’est plus dupe. Mais, c’est chez les jeunes qu’il faudrait semer ça. Or, ce qui est plutôt actuel, on les emmène voir les chars et sautiller autour des Kalashnikovs

Opération de séduction de l’armée envers les enfants.

L’armée est l’école de la docilité évidemment. D’autre part, pour ce que vous avez raconté pour l’armée française qui intéresse les enfants, vous pouvez exactement dire la m^me chose pour la Belgique, et je suppose que c’est dans tous les pays d’Europe pareil. Mon petit-fils est parti aussi dans un camp de l’armée, avec son instituteur. Et ma fille a protesté et tous les disaient : « Mais avec quoi elle vient ? Ca amuse les gosses ! Si maintenant on ne peut plus les emmener à monter sur les chars. » Les parents qui protestent ont l’air de trouble-fête.

A propos des incidents lors de la manifestation à Air France :

Qu’entend-on par méthode violente ? Celui qui met des milliers de gens au chômage ou bien, même si c’étaient eux qui auraient déchiré une chemise de chez Dior ou que sais-je ? Quel est le poids de la violence d’un côté ou de l’autre ? Mais je crois que c’est Berthold Brecht qui disait : « On voit toujours la violence du fleuve, on ne voit pas la violence des berges qui l’enserrent ».

Doute et agis !

Des interventions disaient en résumé : « C’est très bien de douter mais qu’est-ce qu’on peut faire ? »

Et bien, moi, mon dernier flash aux étudiants, c’est toujours « Doute et agis ».

Il faut d’abord douter, et puis il faut bien sûr prendre position. Je dois savoir si je suis solidaire des femmes de Kobané, ou bien des femmes Kamikazes, mais je dois prendre position, je dois agir. Mais je dois d’abord douter et peser les différents éléments de la cause.

 

En 2016, à Marseille:

Le 26 novembre se tiendront “6 heures pour la paix à partir de 13h30 à la faculté Saint Charles à l’initiative du Conseil départemental du Mouvement de la paix des Bouches du Rhône  en partenariat avec l’école de journalisme qui filmera les intervenant-e-s et la librairie Diderot. 
 

Extrait du communiqué de presse :

3 conférences, 3 débats, 6 heures de découvertes et d’échanges pour déconstruire les mécanismes d’incitation à la guerre, découvrir la culture de paix et emprunter les chemins du désarmement nucléaire

 

Voici quelques exemples de traitement de ceux qui ont des doutes sur les guerres: Instituteurs de 14/18, guerre en Afghanistan...

Défense de l'Allemagne en 1939: "nous sommes pacifistes, nous voulons la paix. Nous allons nous défendre."

Publié dans Paix

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