Cinéma- Fatima

Publié le par bmasson-blogpolitique

Cinéma- Fatima

Cinéma- Fatima

Un film de Philippe Faucon avec Soria Zeroual, Zita Hanrot.

Le rythme du film est calme, régulier. Pas de courses poursuites, pas de meurtres, pas de rebondissement inattendu, uniquement des faits quotidiens d’une famille comme les autres. Quelques rires, parfois des larmes.

Fatima a 44 ans. Elle parle le français. Elle ne comprend pas tout. Elle demande à ses filles de l’aider. « -Que veut dire ‘Je suis persuadée ?’ –Cela veut dire que la personne qui le dit se sent supérieure ». Notons le niveau de maturité de la réponse de l’adolescente.

Le mari de Fatima l’a quittée. Il a refondé une nouvelle famille avec une autre femme. On ne la verra pas. C’est la plus jeune des filles qui s’en préoccupe. Il conserve un contact avec ses deux filles. Il les suit, les conseille, les aide, tente de calmer les conflits mère/filles.

Des conflits ? C’est surtout avec la plus jeune de 15 ans. La souffrance, la fierté humiliée la poussent à dire à sa mère « qu’elle ne sera jamais comme elle, la serpillière de tout le monde, et plutôt voler ! ». Notons la révolte d’une adolescente.

Fatima est femme de ménage. Mais quand elle était petite, au ‘bled’, elle a appris à lire et à écrire. Le soir, elle tient un journal, journal qu’elle lira à sa fille aînée une fois l’examen obtenu.

Elle lui narrera les soucis, les inquiétudes, les espoirs, les difficultés pour que sa fille puisse poursuivre ses études en médecine. Mais elle le lui lira après, une fois la page tournée, une fois la réussite obtenue.

Pour y parvenir, elle ne ménage pas ses heures de femme de ménage. Double journée professionnelle, le matin dans des bureaux, la journée chez une famille bourgeoise française. Des médecins eux aussi. Et ensuite, retour chez soi pour s’occuper des filles et de la maison. Malheureusement, ses longues heures d’absence laisseront la plus jeune livrée à elle-même avec les dangers de mauvaises rencontres ou de fugue du collège.

Les voisines sont jalouses. L’aînée est le jour et la nuit avec la plus jeune. A-t-elle été aussi difficile que la cadette ? On ne le sait pas. Ces femmes qui n’ont pas été à l’école disent : « Elle ne part pas là-bas pour étudier. Nous, on sait pourquoi elle y va ! » Ou bien : « Elle nous ignore. Elle ne nous dit plus bonjour depuis qu’elle est partie pour étudier! » ou encore : « Tu laisses ta mère toute seule, tu l’abandonnes… ». On ne fait pas de cadeau à celle qui veut s’élever dans la société. Elle est trop ambitieuse !

Pour réussir sa première année de médecine, il faut tout apprendre par cœur. Pas de sortie entre copains, pas de vacances, le bachotage jusqu’au bout et l’argent dépensé avec parcimonie.

L’étudiante est consciente des efforts fournis par ses parents, spécialement par sa mère qui lui prépare des petits plats et s’occupe de son linge pour lui alléger la vie.

Mais, un jour, le corps lâche. Les réflexions de sa seconde fille l’ont fait réfléchir et Fatima ne souhaite plus reprendre son travail de récurage et de nettoyage des autres et de leur intérieur. Elle veut profiter de sa vie à elle, avant de vieillir trop vite. Elle s’est oubliée.

Il y a beaucoup de tendresse pour cette maman. Le propos est universel. Beaucoup d’entre nous se reconnaîtront dans cette description, avec bien entendu les spécificités liées au lieu de naissance de Fatima et à ses problèmes particuliers.

Publié dans spectacles

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