Roland Gori : la psychiatrie actuelle.

Publié le par bmasson-blogpolitique

 

~~Roland Gori : la psychiatrie actuelle. Conférence à l’initiative du PCF 13 à Marseille en 2013.

Roland Gori est Professeur émérite de Psychopathologie clinique à l'Université d'Aix-Marseille (AMU). Psychanalyste Membre d'Espace analytique. La parole et le langage ont une place essentielle dans son écriture et son enseignement. Son œuvre est centrée sur et par le discours psychanalytique dans une référence freudienne. Dans Logique des passions, Roland Gori écrit : « des discours qui habitent l’humain nous n’avons que les mots pour retrouver un monde perdu ou que nous n’avons jamais possédé. Et sous les mots, il y a encore d’autres mots, et sous les autres mots d’autres mots encore… »

 

~~La valeur morale d’une société se juge à la manière dont elle traite ses membres les plus vulnérables : l’enfant, le malade, le vieillard et la personne qui souffre psychiquement.

Après la seconde guerre mondiale, après les horreurs que les populations avaient connues, dans un courant humaniste, on pensait qu’il fallait « prendre soin ». C’était important car aujourd’hui, la psychiatrie ne prend plus soin. Elle fabrique le risque et contrôle des populations à risques.

 

Il y a un enjeu extrêmement important des sciences (du vivant) et de la médecine en particulier dans nos sociétés depuis la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. C’est le moment de l’effacement des grands récits religieux, idéologiques, des grands messages de transcendance.

 

La légitimité du pouvoir va devoir s’appuyer que quelque chose d’autre. Ce quelque chose d’autre va être cherché du côté des sciences. Il y a au cours du XIXe, XXe siècle, une médicalisation de l’existence qui finalement permet au pouvoir de gouverner. C’est le nouvel art libéral médical moderne. Il faut le consentement des populations et en même temps, il faut pouvoir gérer les conduites des individus et des populations.

 

Pour cela, il faut des experts qui au nom du bien-être, au nom du bonheur, au nom de la santé prescrivent la manière dont les gens doivent se comporter. Les experts disent comment bien se comporter pour bien se porter.

C’est un enjeu politique extrêmement important.

 

~~Cela concerne toutes les sciences médicales : le dépistage, la pédiatrie, etc.

La tentation du politique est de faire des professionnels des instruments d’un pouvoir qui traite l’homme en instrument.

La psychiatrie est là un enjeu majeur. Pourquoi ?

 

La définition des normes en médecine fait qu’en 1974 la Ligue allemande de lutte contre l’hypertension artérielle fait baisser d’un point la norme de la tension artérielle ( de 15,10 à 14,9 environ) on multiplie par trois les consommateurs potentiels de médicaments. Bien sûr, il y a des limites.

On ne va pas baisser la norme de deux ou trois points pour faire plaisir aux industries de santé. On veut faire croire que les troubles du comportement sont d’origine biologique, d’origine « naturelle ».

La preuve c’est qu’en 1980, quand les manuels de psychiatrie suppriment l’homosexualité de la liste des troubles de comportements sexuels on « guérit » des millions de malades.

Par contre, lorsqu’en 1994 on inclut dans la nomenclature des maladies psychiatriques des troubles de l’humeur des femmes avant leur règle du rythme menstruel, du coup, on inclut des millions de personnes à soigner.

~~Il n’y a pas de norme naturelle en psychiatrie.

Il y a des enjeux de société, des enjeux politiques, des enjeux industriels.

Lorsque de 1979 à 1996, en France, on pose sept fois plus de diagnostic de dépression, cela voudrait dire que l’on a sept fois plus de déprimés. Or, on inclut ainsi de plus en plus de patients à traiter.

Lorsqu’entre 1985 et 1992, aux Etats-Unis, on va changer un peu les critères pour diagnostiquer l’hyperactivité (trouble de l’anxiété sociale), on part de 3 à 4% de la population américaine pour atteindre les 17%. A ce moment là, il y a un laboratoire qui fait la promotion d’un nouveau médicament.

Tout se négocie dans le milieu psychiatrique, comme dans le marché financier. Cela se négocie entre la souffrance psychique d’un sujet ou d’un groupe, les enveloppes de la culture (la manière dont elle permet que cette souffrance s’exprime) et la formation des praticiens.

Depuis plus de trente, il est en train de se passer quelque chose qui chamboule complètement la manière de poser le diagnostic et la manière de prendre en charge la souffrance psychique des patients.

On est dans la posture de ne plus vouloir se référer à la théorie, à penser. Dans notre société capitaliste, penser c’est perdre du temps pour gagner de l’argent.

~~Depuis la découverte des psychotropes, il n’y a eu aucune nouvelle découverte qui permette de justifier ce changement dans la psychiatrie. Il y a eu des choses intéressantes comme l’imagerie du cerveau, mais rien de majeur qui permette de trancher.

Les normes n’ont rien de naturel.

« On va considérer comme malade quelqu’un qui sera considéré comme normal dans une autre société. Par contre, on va trouver quelque chose de tout à fait normal et ce quelque chose va être abominable dans une autre société"

. Il y a une très grande flexibilité des bornes et du coup, elles vont être un enjeu très important et d’autant plus important que la manière de fabriquer des normes sociales est une manière de fabriquer des valeurs en usage dans la société et de leur donner une légitimité.

Il y a comme partout dans les domaines de la connaissance des conflits de théorie et de pratique.

Là, plus qu’ailleurs, l’impact que peuvent avoir l’opinion publique, la propagande des Instituts de Santé, les valeurs politiques en usage à un moment donné interfère dans la manière de soigner, de traiter les questions de santé.

~~La nouvelle manière de penser la psychiatrie est en terme de trouble de comportement, c’est-à-dire que le sujet n’est plus un citoyen, n’est plus le produit de son histoire ni singulière ni collective, il est la somme des ses comportements.

Ca va être très important car on voit arriver, notamment du Canada et des Etats-Unis et ça commence à venir très fort en Europe, de nouvelles pratiques en psychiatrie.

Deux fois sur trois, les médecins se trompaient sur la dangerosité d’un patient et son taux de récidive.

La gauche canadienne a poussé la psychiatrie vers le calcul de la probabilité de voir apparaître des comportements nocifs que l’on ne veut pas.

Ils ont pris les tableaux d’amortissement et de morbidité que constituent les assurances. Si on prend l’assurance-vie, on va définir un étalonnage en fonction des antécédents, des maladies, du patrimoine génétique, etc.

On va considérer à l’avance avec des patients ou des détenus un certain nombre de comportements, par exemple l’absentéisme scolaire, le début des troubles, le fait de s’attaquer à des personnes plutôt faibles, le fait d’être célibataire plutôt que marié, et on détermine un tableau qui fait réapparaître les troubles que l’on ne veut pas

~~Est-ce que vous vous rendez compte politiquement de ce que cela signifie ?

Le sujet à venir n’est que le reflet de ce qu’il y a dans le passé.

Nous avançons à reculons.

C’est une société de la résignation, du fatalisme social,

On ne peut plus parier sur le caractère perfectible de l’humain, ce qui était la base des valeurs humanistes.

On ne croit plus au caractère rédempteur de la sanction, on ne croit plus à la pédagogie, on ne croit plus au thérapeutique.

On ne demande pas aux équipes de soigner les patients, aux gens de comprendre le sens de leurs symptômes, comment ça peut s’articuler avec leur histoire.

On demande d’établir la catégorie dans laquelle on va placer les gens pour pouvoir les suivre, les accompagner.

Comme nous sommes dans une société qui n’est pas ouvertement répressive, on va le faire insidieusement.

On ne va pas exclure le malade mental en l’isolant, on va organiser la séquestration à domicile, c’est-à-dire du soin avec ou sans consentement, et les gens seront suivis à vie. L’enjeu politique est une gestion technico-administrative des populations qui viennent en lieu et place remplacer le soin des patients en souffrance. On a complètement changé.

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Athènes

La lobotomie du cerveau

Brrrr….Dire que des patients ont été charcutés ainsi...

~~ Dans tous les métiers, on assiste à la revanche des programmes technico-administratifs d’expertises de gestion, d’incorporation de normes comptables et gestionnaires qui sont une revanche sur la finalité des métiers.

A l’hôpital, la gestion va plus compter que le soin. La gestion n’est pas le moyen par lequel on accomplit un acte de soin, c’est le soin qui devient un moyen par lequel on obtient un acte gestionnel.

Du côté du journalisme, ça va être la même chose. Ce qui compte, ce n’est pas l’impact sur la formation critique et intellectuelle du citoyen, ce qui compte, c’est la logique de l’audimat. C’est le nombre de lecteurs, d’auditeurs, de spectateurs que vous allez pouvoir fidéliser.

Tous les métiers sont dans cette logique de quantification plutôt que dans une logique de compréhension, dans une logique de conformisation plutôt que dans une logique d’épanouissement.

Cette logique de marché, ces valeurs de comptabilisation sont le cheval de Troie dans des secteurs qui jusque là en avaient été exemptés : la formation, le soin, la justice, la recherche,

Roland Gori : la psychiatrie actuelle.

Ronald Laing.

Schizophrénie

L'Humanité - M Ulrich.

07 22

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Le 23 août 1989, Laing est mort en jouant au tennis. Selon les rapports médicaux, il a souffert d'une crise cardiaque. L'héritage de Ronald David Laing Tout au long de sa carrière, Laing s'est intéressé aux causes sous-jacentes de la schizophrénie et s'est clairement opposé aux traitements utilisés à l'époque pour traiter ces patients.

Ronald David Laing était un psychiatre britannique connu pour son approche alternative du traitement de la schizophrénie. Il est d'ailleurs le fondateur d'un courant qui deviendra l'antipsychiatrie dans les années 1960 et 1970.

R. D. Laing entend par expérience la connaissance intime que chacun a de soi-même, la façon dont il ressent une situation ou une relation. « Les schizophrènes, déclare-t-il, ont plus de choses à apprendre aux psychiatres sur le monde intérieur que les psychiatres à leurs malades. » Les psychiatres, en effet, connaissent encore mal la folie et, jusqu'ici, personne n'a trouvé une méthode fiable pour traiter des malades mentaux.

Les idées de Laing donnent à penser que La psychose est en réalité une tentative d'expression de la personne atteinte de troubles de type schizophrénique, et qui ne constituent donc pas en soi quelque chose de mauvais, qui mérite l'exclusion de cette personne par le reste de la société.

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Lucia Joyce a connu l'enfermement psychiatrique.

" L'Humanité"

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Lucia Anna Joyce was a professional dancer and the daughter of Irish writer James Joyce and Nora Barnacle. Once treated by Swiss psychoanalyst Carl Jung, Joyce was diagnosed as schizophrenic in the mid-1930s and institutionalized at the Burghölzli psychiatric clinic in Zurich.

Lucia Anna Joyce était une danseuse professionnelle et la fille de l'écrivain irlandais James Joyce et Nora Barnacle. Une fois traitée par le psychanalyste suisse Carl Jung, Joyce a été diagnostiquée schizophrène au milieu des années 1930 et placée en institution à la clinique psychiatrique Burghölzli à Zurich.

 
La dérive de James a une escorte : sa femme Nora, Irlandaise comme lui, et deux enfants, Giorgio et Lucia, qu'il entraîne au gré de ses pérégrinations. Lucia, justement, ressemble beaucoup à son père. Exaltée, entière, insoucieuse du qu'en dira-t-on, elle s'engage avec feu dans ses entreprises et ses amours, et se désengage avec la même fougue.
Morte en 1982, après des décennies de traitement et d'enfermement, la fille et muse de James Joyce, écrivain novateur mais alambiqué,  éprise incestueuse de son frère, amoureuse éconduite de Samuel Beckett, patiente de Gustav Jung, fut déclarée schizophrène. C'est son portrait, durant son internement, que dresse le dramaturge Eugène Durif.
Lucia Joyce, la déraison des plus forts. Internée à de multiples reprises, sacrifiée au nom de l'art de son père, cette danseuse libre et brillante mourra dans l'anonymat, à l'asile.
James Joyce révélerait un nouveau visage, qui n'étonnera pas vraiment, mais montre combien le romancier a pu se sentir seul dans les dernières années de sa vie. Un regard sans précédent sur sa vie et plus particulièrement sur Lucia Joyce, sa fille unique et amoureuse de Samuel Beckett. Dès lors que ce dernier repoussera les avances de la fille de son ami, leurs relations vont décliner.
La contribution aborde l'étrange relation entre l'écrivain James Joyce et sa fille Lucia dont le singulier destin évolue sur le mode d'un enfermement et d'une suite « d'empêchements ». Elle danse puis abandonne cette pratique, tombe amoureuse du jeune Beckett, assistant de son père, qui la rejette.
Influence sur la production de son père. Son état mental est l'objet d'une étude récente de Carol Shloss, selon laquelle Lucia a été l'inspiration pour Joyce dans l'écriture du roman Finnegans Wake. L'étude se réfère à la correspondance entre Lucia et son père, et est devenu l'objet d'une action en justice pour la violation du droit d'auteur par l'héritier de James Joyce, qui pris fin le 25 Mars 2007.
Like Stapleton, Lucia was a professional dancer - but Joyce's daughter's career was cut short and she ended her life never having fulfilled her creative dreams.

Comme Stapleton, Lucia était une danseuse professionnelle - mais la carrière de la fille de Joyce a été écourtée et elle a fini sa vie sans jamais avoir réalisé ses rêves créatifs.

 

After James Joyce's death, Nora's abandonment of Lucia became callously clear. For the last 12 years of her life, Nora never visited her daughter in her English asylum.

 

Après la mort de James Joyce, l'abandon de Lucia par Nora est devenu impitoyablement clair. Pendant les 12 dernières années de sa vie, Nora n'a jamais rendu visite à sa fille dans son asile anglais.

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" Si vous parlez à Dieu, vous êtes croyant. S'il vous répond, vous êtes schizophrène. "

Pierre Desproges.

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Publié dans Politique

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