
Tribune libre publiée dans l’Humanité du 18 décembre 2009
Par Bernard CALABUIG, Membre de l’exécutif national du PCF, Brigitte Gonthier-Maurin, Sénatrice, José Tovar, Membre Du secrétariat Du Réseau école Du PCF
La protestation monte contre la suppression décidée par L. Chatel de l’enseignement obligatoire de l’Histoire-Géographie en terminale S, mesure décidée dans le cadre de la réforme des lycées. A juste titre : en remplaçant les 5h d’enseignement délivrées aujourd’hui en deux ans aux élèves de la filière Scientifique, ( 2h30 en classe de première et 2h30 en classe de terminale ) par 4h en classe de première seulement, le ministre ne fait pas que « récupérer » 1h d’enseignement hebdomadaire dans une filière particulièrement fréquentée ( 43 % des bacheliers généraux ) et faciliter ainsi la suppression de quelques centaines de postes d’enseignants supplémentaires : il s’attaque de fait à deux disciplines fondamentales pour la compréhension du monde et de ses enjeux . Et comme l’explique Le Monde, « Le pays des « héritiers » n’est pas prêt à toucher au bac S où les fils de cadres sont huit fois plus nombreux que les enfants d’ouvriers »… C’est ce qui explique que la mobilisation soit aussi large. Tant mieux : il faut tout faire pour que ces projets échouent.
Dans le même temps, l’enseignement des Sciences Economiques et sociales en seconde, actuellement en option choisie par près de 50% des élèves passera de 2h30 aujourd’hui à 1h30 demain, certes obligatoire pour tous les élèves de ce niveau mais mis en concurrence avec une nouvelle discipline dite d’ « économie et gestion » à la grande satisfaction du patronat, qui n’avait de cesse, depuis des années, de critiquer l’enseignement des SES car il donnerait une image peu valorisante de l’entreprise en mêlant l’économique et le social.
C’est la formation de l’esprit critique et de la citoyenneté des futures élites de la nation qui est ici mise en cause.
Mais le risque est grand que le bruit médiatique fait autour de cette juste cause ne serve dans le même temps de rideau de fumée devant la gravité des autres attaques menées contre le système éducatif tout entier : pendant ce temps là, on ne parle pas en effet d’ autres aspects inquiétants de la réforme des lycées avec, par exemple, l’ autonomie renforcée des établissements sous la houlette de proviseurs devenant de véritables patrons afin de faciliter leur mise en concurrence dans le cadre d’un « libre marché de l’éducation ».
On n’entend plus parler de la disparition rapide de la scolarisation des 2/3 ans en maternelle, remplacée par des « jardins d’enfants » payants… pas plus que de la réforme de l’école élémentaire avec la mascarade de la mise en place du soi disant soutien scolaire aux élèves en difficulté, ni de la réforme en cours des programmes du collège fondée sur la promotion d’un « socle commun des connaissances et compétences » aux contenus appauvris ; pas plus que de la suppression entérinée d’une année de formation pour l’obtention du baccalauréat Professionnel dont l’objectif réel est d’abaisser le niveau de formation afin d’empêcher que ces jeunes puissent prétendre à une éventuelle poursuite d’études dans l’enseignement supérieur… On ne parle pas non plus du bouillonnement qui continue dans les universités et les IUFM avec la protestation qui monte contre la réforme de la formation des enseignants qui entérinerait la disparition de toute formation professionnelle … La liste n’est pas exhaustive de ce que certains observateurs ont pu taxer de « Guerre contre l’intelligence » et la question va bien au delà des pitoyables contorsions du ministre autour d’un soi disant rééquilibrage des filières de formation .
Oui, il faut en finir avec un système qui continue d’ignorer la question de fond : pourquoi tant d’élèves échouent-ils à l’école ? Un système qui reste fondé sur la concurrence, l’esprit de compétition, l’élitisme et la sélection, le culte du mérite individuel et l’orientation par l’échec. Il faut en finir avec la politique éducative d’une droite entièrement dévouée aux intérêts des puissances économiques et qui entend, par le biais de la formation, contribuer activement au remodelage du salariat et de la société dans l’esprit du capitalisme financier.
Un service public d’éducation nationale fondé sur une visée culturelle de haut niveau pour tous les élèves de la maternelle à la terminale des lycées reste une nécessité : Ce sera aux personnels d’éducation, aux parents, aux élèves, aux forces représentatives du monde du travail et aux forces de progrès d’en imposer ensemble les formes et modalités. N’en déplaise aux fossoyeurs de l’intelligence aujourd’hui au pouvoir.


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