Mercredi 4 novembre 2009
La nouvelle opération diversion d'Hortefeux
En difficulté, la droite agite le thème sécuritaire. Dernier opus : le couvre-feu pour mineurs délinquants.
En difficulté, la droite agite le thème sécuritaire. Dernier opus : le couvre-feu pour mineurs délinquants. Il faut le reconnaître : à quatre mois des régionales, l’Élysée et ses serviteurs ne s’épargnent aucun effort pour reconquérir l’électorat le plus droitisé. En difficulté dans les sondages et au sein de son propre camp (taxe professionnelle, privatisation de La Poste, affaires Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy), Nicolas Sarkozy a décidé de réactiver à un rythme effréné les grands thèmes qui ont fait ses beaux jours électoraux.
Castration chimique, voire physique‚ des délinquants sexuels, expulsion d’exilés afghans, retour du fichier Edvige, débat nauséeux sur « l’identité nationale », vote en perspective (le 17 novembre) d’une énième loi sur la récidive… Depuis quatre semaines, le train sécuritaire est lancé à pleine vapeur. Ne manquait plus, dans ce bestiaire propre à émouvoir l’opinion publique, que la vilaine figure du « mineur délinquant ». Oubli vite réparé !
Mardi soir, lors des « rencontres de Beauvau » organisées avec des élus de la majorité présidentielle, Brice Hortefeux a lancé, cette fois, l’idée d’un « couvre-feu ciblé sur des mineurs délinquants ». En clair : que tous les jeunes de moins de treize ans qui auraient déjà commis un acte de délinquance soient interdits de sortie nocturne, sauf à être accompagnés par un adulte. Pour justifier le retour de cette vieille lune de la droite, le ministre de l’Intérieur a rallumé la machine à faire peur. « La part des mineurs (dans la délinquance) a augmenté de près de 5‚en un an, pour atteindre 18‚ assure-t-il. Cette délinquance des mineurs est également de plus en plus violente, avec l’apparition d’armes blanches et d’armes létales. » Quel triste bilan ! Á se demander quels étaient les incapables qui ont précédé, depuis huit ans, Hortefeux dans son fauteuil de la place Beauvau…
Évidemment, la saillie populiste, aussitôt dénoncée par l’opposition, a provoqué l’incrédulité du monde judiciaire. Á commencer par celle des statisticiens qui savent que les chiffres brandis sont lourdement manipulés. Comme le soulignait, début 2009, le chercheur au CNRS Laurent Mucchielli : « Après avoir fortement augmenté entre 1994 et 1998, la part des mineurs dans l’ensemble des personnes mises en cause par la police et la gendarmerie n’a au contraire cessé de baisser depuis dix ans, passant de 22 % en 1998 à 18 % en 2007. » Policiers et magistrats dénoncent de concert une mesure « démagogique » et « inapplicable ».
En difficulté, la droite agite le thème sécuritaire. Dernier opus : le couvre-feu pour mineurs délinquants.
En difficulté, la droite agite le thème sécuritaire. Dernier opus : le couvre-feu pour mineurs délinquants. Il faut le reconnaître : à quatre mois des régionales, l’Élysée et ses serviteurs ne s’épargnent aucun effort pour reconquérir l’électorat le plus droitisé. En difficulté dans les sondages et au sein de son propre camp (taxe professionnelle, privatisation de La Poste, affaires Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy), Nicolas Sarkozy a décidé de réactiver à un rythme effréné les grands thèmes qui ont fait ses beaux jours électoraux.
Castration chimique, voire physique‚ des délinquants sexuels, expulsion d’exilés afghans, retour du fichier Edvige, débat nauséeux sur « l’identité nationale », vote en perspective (le 17 novembre) d’une énième loi sur la récidive… Depuis quatre semaines, le train sécuritaire est lancé à pleine vapeur. Ne manquait plus, dans ce bestiaire propre à émouvoir l’opinion publique, que la vilaine figure du « mineur délinquant ». Oubli vite réparé !
Mardi soir, lors des « rencontres de Beauvau » organisées avec des élus de la majorité présidentielle, Brice Hortefeux a lancé, cette fois, l’idée d’un « couvre-feu ciblé sur des mineurs délinquants ». En clair : que tous les jeunes de moins de treize ans qui auraient déjà commis un acte de délinquance soient interdits de sortie nocturne, sauf à être accompagnés par un adulte. Pour justifier le retour de cette vieille lune de la droite, le ministre de l’Intérieur a rallumé la machine à faire peur. « La part des mineurs (dans la délinquance) a augmenté de près de 5‚en un an, pour atteindre 18‚ assure-t-il. Cette délinquance des mineurs est également de plus en plus violente, avec l’apparition d’armes blanches et d’armes létales. » Quel triste bilan ! Á se demander quels étaient les incapables qui ont précédé, depuis huit ans, Hortefeux dans son fauteuil de la place Beauvau…
Évidemment, la saillie populiste, aussitôt dénoncée par l’opposition, a provoqué l’incrédulité du monde judiciaire. Á commencer par celle des statisticiens qui savent que les chiffres brandis sont lourdement manipulés. Comme le soulignait, début 2009, le chercheur au CNRS Laurent Mucchielli : « Après avoir fortement augmenté entre 1994 et 1998, la part des mineurs dans l’ensemble des personnes mises en cause par la police et la gendarmerie n’a au contraire cessé de baisser depuis dix ans, passant de 22 % en 1998 à 18 % en 2007. » Policiers et magistrats dénoncent de concert une mesure « démagogique » et « inapplicable ».
Comment, en effet, distinguer dans la rue un enfant qui a commis un délit d’un autre, si ce n’est en contrôlant tout le monde
? Brice Hortefeux sait tout cela. Tout comme il sait que les tribunaux administratifs ont invalidé, ces dernières années, tous les arrêtés municipaux instaurant des couvre-feux à l’encontre des
mineurs… Qu’importe ! Jusqu’aux régionales, les âneries, elles, ne sont pas privées de sortie.
Laurent Mouloud
Laurent Mouloud


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