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Santé

Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 13:25

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Depuis deux mois, la France tente discrètement de revendre à des pays étrangers une partie de ses vaccins contre la grippe A, achetés en juillet dernier, à une époque où la menace était supposée très grave.




Quand la décision a-t-elle été prise ?



Le 1er novembre, le ministère français de la Santé reçoit une note de l’Agence européenne de la santé (Emea) qui indique qu’une seule injection de vaccin est nécessaire pour être protégé contre le virus, et non plus deux, comme les experts le prétendaient jusqu’alors. « Ce jour-là, on a compris qu’avec les 94 millions de doses achetées en juillet, nous détenions trop de vaccins », explique-t-on au ministère de la Santé.
Une réunion est alors organisée dans le bureau du directeur de cabinet de Roselyne Bachelot, où la décision est prise formellement de vendre des vaccins aux pays qui en feraient la demande. Ces ventes devraient s’ajouter aux 9,4 millions de doses que le président de la République a choisi, dès septembre, de donner à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les pays les plus démunis. Des dons qui ont d’ailleurs déjà été effectués.

Qui dirige l’opération de vente ?



Une opération conjointe est menée depuis la mi-novembre entre le ministère des Affaires étrangères et celui de la Santé en direction des ambassades étrangères. Les diplomates sont priés de faire remonter rapidement l’information vers Paris si les pays font état d’un manque de vaccins. « Nous avons travaillé ensemble sur ce dossier avec les équipes du ministère de la Santé », explique-t-on au ministère des Affaires étrangères.
La question de la revente des vaccins est abordée succinctement en cellule de crise interministérielle : « Madame Bachelot a indiqué que des négociations étaient en cours avec différents pays, mais sans donner les noms, pour des raisons de confidentialité », indique Gérard Gachet, porte-parole de la cellule de crise interministérielle, au ministère de l’Intérieur. Matignon et l’Elysée sont régulièrement tenus au courant des contacts et ont le pouvoir de validation final. Des négociations ont été rapidement engagées avec le Qatar, l’Egypte, le Mexique, la Bulgarie, la Roumanie et l’Ukraine.

A quel prix sont cédés les vaccins ?



La France a adopté une position de principe : elle vend au prix où elle a acheté les quatre types de vaccin (soit : 6,25 € la dose pour le Sanofi-Pasteur, 7 € le GSK, 9,34 € le Novartis et 10 € le Baxter). Les pays demandeurs sont ceux qui n’ont pas pu se procurer suffisamment tôt le vaccin. La France doit aussi faire face à la concurrence internationale des autres « grands pays » qui veulent revendre leurs vaccins. C’est le cas en Ukraine, où la France et l’Allemagne ont soumis des offres aux autorités. La Suisse et les Pays-Bas, qui avaient acquis beaucoup de lots, ont ouvertement proposé à la revente une partie de leurs stocks.
 

Le Parisien
Par bmasson-blogpolitique - Publié dans : Santé - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 07:55


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Établi depuis plus de trente ans dans un quartier populaire, Didier Pourpardin est poursuivi par la CPAM. Son tort ? Prescrire systématiquement des médicaments remboursés à 100 %. Portrait.


Longue barbe blanche, souriant et posé, c’est très calmement que le docteur Pourpardin expose sa situation. Ce médecin généraliste exerce depuis plus de trente ans au cœur d’un quartier populaire de Vitry-sur-Seine. Son délit : ne remplir que la partie haute de l’ordonnancier « bizone », celle ou les médicaments sont entièrement remboursés par la Sécurité sociale, pour ses patients atteints de maladies graves, dites ALD (affections de longue durée). Convoqué par la CPAM du Val-de-Marne le 8 octobre dernier, Didier Pourpardin s’est expliqué pendant près de cinq heures sur la répartition des médicaments concernant les dossiers de ses cinquante et un patients en longue maladie.

Il y a dix ans déjà, ce généraliste avait dû faire face aux mêmes blâmes. Sauf qu’il avait réussi à convaincre le médecin-conseil de la justesse de sa démarche. Cette fois, l’affaire semble plus compliquée : la caisse primaire d’assurance maladie lui réclame même 2 612,41 euros pour « indemniser le préjudice ». Un préjudice pour la CPAM, mais une question de déontologie pour ce médecin qui essaie de préserver ses patients pour qu’ils continuent à se soigner correctement, même s’ils ont de faibles revenus et même s’ils n’ont pas de mutuelle. « C’est une sanction injuste, car je me donne du mal pour soigner des patients qui sont en majorité au tiers payant, des personnes qui sont en difficulté, qu’elles soient ou non sans-papiers. »
le refus d’une logique d’économies

Depuis 1987, les ordonnances, auparavant « unizones », sont désormais coupées en deux. En haut, les médicaments qui entrent dans le répertoire des trente maladies ouvrant les droits de remboursement à 100 %. En bas, les médicaments à la charge de la mutuelle ou du patient, ce qui à terme pourrait bien, selon le généraliste, provoquer l’augmentation des tarifs mutualistes. « L’ordonnance bizone est une machine de guerre. On peut discuter à l’infini de la place des médicaments. La réalité, c’est qu’on demande aux médecins de jouer le jeu pour faire des économies à la caisse d’assurance. Je refuse de rentrer dans cette logique. »
Grignotage progressif du droit aux soins

Au milieu de son cabinet, le docteur Pourpardin pointe également le danger de « morceler le corps en pathologies à remboursement modulable ». « Le corps, rappelle-t-il, est un tout. Lorsqu’un patient a un cancer, il est angoissé et a besoin d’être rassuré. On ne soigne pas uniquement un organe ou une fonction, on soigne la personne humaine malade. » Or, ce découpage des pathologies répond à une logique comptable imposée d’en haut. Ainsi les critères de remboursement s’apparentent à un moyen détourné de procéder à un rationnement des soins : « Certains médicaments sont déremboursés sous prétexte qu’ils ne sont pas assez efficaces ; d’autres recommandations, devenues la norme, si elles sont pertinentes pour des malades en milieu hospitalier, sont déconnectées de la réalité sociale dans laquelle nous exerçons notre métier. »

Á quelques années de la retraite, Didier Pourpardin continue à résister, comme il l’a toujours fait. Pour lui, la question des ordonnanciers « bizones » est symptomatique du grignotage progressif des droits aux soins. « Je n’ai pas l’intention de changer d’un iota ma manière de prescrire. Je regrette simplement les attaques perpétuelles contre l’hôpital public et contre les médecins de quartier. On donne des chèques santé pour aider les plus modestes à prendre une mutuelle. C’est une aumône pour temporiser les inégalités. La santé ne devrait pas être une aumône mais un droit. »

Ixchel Delaporte


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