Santé

Mardi 3 novembre 2009



cancer

 



Des économies sur le dos des malades du cancer



Au bout de cinq ans, les victimes du cancer seraient exclues du remboursement des soins à 100 %.

Lançant le deuxième plan cancer, lundi, le chef de l’État a eu de fortes paroles, dénonçant les inégalités sociales qui font qu’entre trente et soixante-cinq ans, un ouvrier a un risque deux fois plus élevé qu’un cadre de mourir de cette maladie.

 Quelques belles intentions aussi, en matière de recherche notamment. Mais aussi de « gros oublis », comme la question des cancers professionnels‚ qui aurait, il est vrai, impliqué d’épingler la responsabilité des employeurs…


Et puis, un gros couac.

Nicolas Sarkozy a en effet apporté son appui à une mesure inscrite dans le projet de budget (PLFSS) 2010 de la Sécu et très controversée.

Selon l’article 29 du PLFSS, au motif que plus de 60% des cancers sont curables et que de nombreux malades peuvent être déclarés guéris au bout de cinq ans, les victimes de cette pathologie, qui bénéficient du régime des ALD (affections de longue durée) garantissant une prise en charge des soins à 100 %, en seront désormais systématiquement sortis au bout de cinq ans.

L’ALD, précise le texte, sera renouvelé, au-delà de cette période, « il y a nécessité de poursuite d’une thérapeutique lourde ou de prise en charge de séquelles liées à la maladie ou au traitement ».
Encore heureux…

Mais, en dehors de ces cas, le malade dit guéri ne bénéficiera du remboursement à 100% que sur les examens nécessaires au suivi.

Une étrange manière de se préoccuper de « la vie après le cancer », comme feignait de le faire Nicolas Sarkozy dans son discours, lundi.


On risque alors de dépister trop tard une éventuelle récidive




En effet, « beaucoup des cancers nécessitant un suivi très prolongé risquent d’échapper à celui-ci et au dépistage précoce des récidives en raison de cette sortie d’ALD qui ne signifie pas toujours guérison », alerte Michèle Delaunay, députée socialiste et cancérologue.

Et de mettre en garde‚ « un patient dont on interrompt la prise en charge et qui s’entend déclaré guéri est logiquement incité à cesser le suivi, qui reste dans bien des cas nécessaire.

"On risque alors de dépister trop tard une éventuelle récidive ».

Pour la médecin et parlementaire, « seul un médecin connaissant parfaitement le type de cancer, les critères pronostiques initiaux à l’intérieur de ce type, peut décider ou non du bien-fondé de la sortie du cadre des ALD.

La loi ne peut en aucun cas se substituer au médecin et rendre uniforme ce qui est obligatoirement individuel, précisément adapté à chaque cas ».

Le risque est donc gros, cette mesure va clairement à l’encontre du souci affiché d’intensifier le dépistage, et pourtant, le chef de l’État la juge « intéressante ».

Un qualificatif à prendre sans doute au premier degré : en restreignant ainsi le bénéfice du « 100% », le gouvernement poursuit bien sûr son objectif d’ « économies » pour la Sécu. Á tout prix, y compris celui d’une lutte cohérente contre le cancer.




Yves Housson
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Samedi 31 octobre 2009




Des soins ambulatoires "sous contrainte"


En prévision de la Journée Nationale du 28 novembre à Montreuil, nous voulons soulever plusieurs questions touchant directement aux conditions des pratiques en psychiatrie. Il y a certainement de nombreux aspects à rénover, à réformer, reste à penser dans quelles conditions et pour quelles pratiques de demain ?

Depuis plusieurs mois, les conditions de sortie se sont durcies dans de nombreux hôpitaux, du fait d'une pression de plus en plus vive de la part des préfets. Une réforme de la Loi de 1990 est à prévoir dans les prochains mois. Dans le contexte actuel, il est à craindre un durcissement de cette Loi concernant les hospitalisations sans consentement. Nous en reparlerons.

La notion de « soins ambulatoires sous contrainte » est parallèle à la question de l'hospitalisation sous contrainte. Elle pose des questions éminemment épineuses sur la pratique extrahospitalière et l'interaction avec l'intrahospitalier.

Dans une conception du soin et d'une pratique thérapeutique, la dimension relationnelle est primordiale. Que ce soit en pédopsychiatrie ou en psychiatrie adulte, il est naturel de s'interroger sur les conséquences d'un dispositif de contrainte en extrahospitalier. L'obligation de se rendre dans un lieu d'accueil et de soins en ville condamne toute possibilité de résistance, d'ambivalence chez les sujets en souffrance. Inévitablement vient à l'esprit la nature "des soins" "proposés". Peut-on être obligé de participer à un repas thérapeutique ? à une réunion soignants-soignés ?

Nous connaissons le sens des mots « soin ambulatoire ». Les pratiques sont certainement diverses et variées. Nous connaissons tout autant la réalité de la contrainte, dont il est parfois nécessaire d’user, toujours dans un soucis de contenance. Mais l’association de ces termes perturbe toute la représentation du dispositif central dans la politique de secteur qu’est le soin ambulatoire.

Aurait-on décidé de faire disparaître la résistance de transfert ? Celle qui nous conduit dans nos pratiques quotidiennes, à innover, à créer de nouveaux dispositifs soignants, parfois au cas par cas, pour « proposer » une rencontre et non « contraindre ».

Le réalisme et la lucidité face au contexte actuel nous oblige, nous, professionnels et familles, à réfléchir profondément aux décisions que nous prendrons pour demain.

Le soin ambulatoire sous contrainte risque de se révéler véritablement contraignant pour tous les acteurs du soin psychique, les professionnels du sanitaire et du médico-social, comme les patients. Une fois que tous les moyens les plus modernes nous seront mis à disposition pour assurer notre mission de « bonne administration » de ces soins obligatoires, quel écart de liberté nous restera-t-il ? Est-ce cela la nouvelle norme du soin, de l'engagement soignant ?

La complience au soin devient obligatoire. Que fait-on de la singularité de chaque sujet ? Une source d'insécurité et d'approximation inadéquate à la bonne gestion ? Une « bonne évaluation » (de la qualité et des risques) implique la réduction maximale des incertitudes. Le facteur humain est effectivement l'un des critères les plus contraignant car imprévisible, sans parler du « transfert ».

La plus grande responsabilité est celle qui repose sur l’engagement de chacun en tant que soignant. Toute contrainte instituée induit un renversement de la responsabilité sur le patient. Il se retrouve par obligation au centre d'un dispositif. Un soin régi par la Loi ne nous dispenserait-il pas de tout engagement ? Le contrat de soin n'est-il pas avant tout un contrat moral à construire entre un sujet et une équipe ?

Certains perçoivent dans cette idée une utopie, une déraison. Au contraire, la pratique clinique donne la lucidité et le réalisme qui confèrent à nos connaissances une modestie. La psychiatrie de la contrainte, peut se perdre dans d'obscures convictions. L’utilisation d’un savoir médical comme d’une science exacte, pour légitimer, avec le recours à la Loi, un raitement sans l’accord du sujet, sort le sujet du soin pour le mettre au centre d’un système de contrôle social : le biopolitique.



Par Antoine Machto, du groupe des 39
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