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Kenneth Anger

Collection Lambert

Octobre 2017-10-

Conférence et visionnement de films

 

Tous les films sont sans paroles.

 

Puce moment

1949

Nous assistons à un défilé de mode de robes placées sur des cintres qui avancent vers nous l’une après l’autre, sans mannequin, avec un fond musical constitué d’une musique folk américaine. On les voit floues au loin. En arrivant près de la caméra, la netteté se précise avec le mouvement ordonné au vêtement qui ondule avec le soyeux des tissus, la qualité des couleurs et des motifs, le rajout de pierreries, la dynamique chaleureuse des robes.

Puis apparaît une femme aux yeux magnifiques maquillés d’une paire de faux cils extravagants, parée de tous les clichés féminins : robe de pierreries dans le style des années 30, parfum envoûtant, lèvres pulpeuses ornées d’un rouge à lèvre tape-à-l’œil, mise en plis parfaite, yeux allongés et langoureux peints de noir.

Maîtresse femme, elle domine la colline en s’endormant sur la terrasse à l’extérieur et est à la tête d’une meute de quatre ou cinq chiens tenus d’une main ferme par leur laisse.

C’est un hommage au cinéma des années 20. Il déconstruit pour reconstruire ses images.

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Rabbits moon.

1950

 

Colombine, Arlequin et Pierrot nous sont présentés avec une musique de loups garous. Obsédé par elle, Pierrot ne parvient pas à attraper la lune. Il voudrait l’offrir à Colombine, apparue grâce à la magie d’Arlequin. Il meurt pendant l’éclipse de la lune.

C’est un hommage au mime Marceau. Kenneth Anger s’inspire de Méliès et de sa magie en inventant du rêve incantatoire. David Bowie, lui aussi, s’inspire de Pierrot aussi avec Pierrot in Turquoise.

 

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Lucifer rising

Musique d’Eddy Beausoleil

1970

 

Vues d’un volcan, l’Etna ? le Stromboli ? Il mélange des images de forêts en feu, de fumées s’échappant de cratères, de l’éclosion d’un crocodile, de la mer en folie, d’une Egyptienne aux seins nus et dressés vers le ciel qui appelle un pharaon, tous deux portant les apparats de la royauté, avec un sceptre, un trône, dans un décor de pyramides, Celle de Khéops, près du sphinx de Gizeh. La passion naît entre eux.

Enchevêtrement de lieux. Maintenant, nous sommes transportés dans le bureau de Lucifer où règne une tête de mort sur une étagère. Le rouge de l’enfer n’est pas oublié dans les tentures qui décorent les pièces. Il envoie ses flèches de mort et, éclaboussé par le sang, il plonge dans un bain.

Apparaît Stonehenge avec des fêtes cabalistiques nocturnes et le sacrifice d’une vierge. Toutes les religions sont représentées dans une danse macabre. Tous les vêtements de Lucifer sont déclinés : robes, manteaux, capes, tuniques, le tout dans  des tissus rouges brillants. Il y a même un gâteau Lucifer. Miam !

Les soucoupes volantes apparaissent avant la fin du film. Elles se multiplient comme des petits pains, une, deux quatre…Lucifer a gagné. Il prospère.

 

Jimmy Page devait faire la bande son de Lucifer rising, film satanique, mais après une dispute entre eux, c’est la rupture. Il édite sa musique en 2012 sous le titre de Lucifer Rising and Other Sound Tracks.

La façon de filmer de Kenneth Anger est sans narration, avec lenteur et parfois de l’ennui. L’imagerie est érotique.

 

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Kenneth Anger est né en 1930. Sa grand-mère était costumière à Hollywood. A 5 ans, il tourne dans un film kitch et cherchera la magie du cinéma, à l’abri des studios, ailleurs qu’à Hollywood, et en opposition délibérée. Jean Cocteau lui a remis un prix en 1949, en présence de Truffaut et de Bresson, réalisateurs en quête de cinéma d’auteur. Ca a incité Kenneth Anger à venir en France. C’est une histoire d’amour entre lui et la France. Toujours vivant, il était content d’apprendre que trois de ses films étaient visionnés à Avignon. Il a été soutenu par Agnès b, et ça lui a évité la misère. Le prisme de son cinéma alternatif, underground, est très large. Il a influencé Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, John Waters, Gaspard Noé. Sa contemporanéité est vertigineuse. Les jeunes artistes posent les mêmes questions que lui, dans la même énergie et dans le même désir. Ses films sont courts et pas forcément finis.

Tous les créateurs de clips se revendiquent de Kenneth Anger. La musique est importante et illustre ironiquement les images.

Il est un des rares réalisateurs à  assumer son homosexualité dans une Amérique puritaine et conservatrice du XXe siècle. Il n’a pas d’équivalent en France. L’esthétique de Bunuel s’en approche, celle de Jean Genet avec son Chant d’amour aussi. Il est en quête d’une image pure, fluide, énergique. Plus tard, c’est l’époque du film psychédélique avec  Tommy des Who, par exemple.

 

 

 

Hall d'entrée de la collection Lambert

 

Tag(s) : #spectacles

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