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Elles vont vous présenter le parcours des femmes migrantes et la CIMADE.

Mireille

La Cimade :

L’association a été créée en 1939. Les Allemands ont envahi l’Alsace-Lorraine et l’ont annexée. La Cimade s’est créée quand de nombreux Alsaciens et de Lorrains ont fui. Elle les a aidés à se réinstaller. La guerre finie, la Cimade a axé son travail sur les étrangers arrivant en France. Il y avait beaucoup d’Algériens, Marocains et Tunisiens. Pendant la période des Trente glorieuses, ils viennent de l’Afrique noire. Depuis 2015, la Cimade travaille avec l’énorme flot de réfugiés.

La défense des droits des personnes étrangères.

La Cimade leur offre une aide et un soutien juridique dans leurs démarches administratives pour accéder  au droit d’asile et éventuellement à la citoyenneté française.

Depuis 2016, la Cimade à Aix-en-Provence a accueilli 220 personnes qui sont accompagnées jusqu’aux préfectures.

Deux livrets gratuits à consulter :

Petit guide pour conjuguer la migration au féminin

Les migrations internationales

Les femmes sont dominantes sur les hommes dans la migration internationale. 52% des personnes migrantes sont des femmes. En 1950, elles étaient déjà 49%. Il y a eu les bonnes allemandes, les Suisses. La migration des femmes ne sa fait pas seulement dans le cadre familial. Si elles migrent c’est parce qu’elles veulent avoir un accès aux droits. Elles veulent travailler. Elles sont déjà diplômées. Elles désirent aussi avoir accès aux droits fondamentaux, à la reconnaissance de leur personne car dans de nombreux pays, les femmes sont considérées comme des mineures.

Beaucoup de femmes migrent seules. Elles sont dans des conditions de fragilité et de vulnérabilité considérables. Dans leur pays d’origine, elles sont déjà le soutien économique de leur famille. En Afrique, la vie économique des familles étant extrêmement dégradée, elles vont chercher ce soutien en Occident. Elles voyagent illégalement, contrairement aux épouses qui rejoignent leur mari. Elles subissent des violences spécifiques, des préjugés sexistes, et ont des parcours migratoires plus dangereux. 90% des femmes qui passent par la Libye sont violées et portent un enfant. Tous deux peuvent avoir le SIDA.

 

 

Elles ont un statut social très dévalorisé. Elles viennent car elles savent qu’il y a un besoin spécifique dans le service à la personne, dans certains emplois agricoles ou dans la santé. Je pense aux Roumaines employées en Italie, dans les services à la personne. Ce sont des emplois invisibles, non déclarés, mal payés. Chez nous elles subissent la flexibilité de l’emploi, le travail illégal ou sans accès aux droits du travail.

 

 

En France, les statistiques interdisent de spécifier le sexe ou le genre, tout comme la couleur de la peau. Plus de 40% d’entre elles sont actives. 60% sont donc dans le cadre d’un foyer familial. 14% ont un titre de séjour étudiant. 38% ont un diplôme de l’enseignement supérieur. Elles vont être sous-employées chez nous. 23% des femmes obtiendront une régularisation pour le travail. Elles sont plus vulnérables quand elles sont reconduites à la frontière.

 

 

La discrimination envers les femmes est invisible et indirecte. Le texte de la loi française se présente comme neutre, pour tout le monde. Ce n’est pas vrai. L’article 313-14 du CESEDA précise que pour être régularisé, il faut avoir été embauché au SMIC mensuel pendant au moins cinq ans et que l’employeur participe à la procédure de demande de régularisation. Or, 85% des métiers sont genrés. Les femmes connaissent la multiplicité des employeurs et des salaires très bas. Souvent payées au noir, avec des périodes de chômage, elles sont dans l’incapacité de remplir les critères demandés. La réalité est différente pour les hommes et les femmes.

 

 

En 2006, on pouvait l’obtenir au bout de 10 ans de séjour sans condition. Sarkozy a décidé de supprimer cette carte de dix ans. Pour obtenir une carte de résident, il faut faire la preuve les conditions s’allongent à dix de revenus au moins égal au SMIC. Les femmes sont dans l’inégalité.

Cette précarité va se retrouver dans le cadre du regroupement familial. C’est souvent l’homme qui a le statut principal. Si la femme quitte son foyer, elle n’a plus de papier. En cas de violence conjugale ou de grosses difficultés dans le couple, la femme n’obtient pas de papier.

La question de genre émerge actuellement. Les femmes ne sont pas toujours conscientes de ce qu’elles subissent elles-mêmes. « Femmes étrangères, n’ajoutons pas la violence à la violence » est une campagne menée par la CIMADE.

Faire attention à la discrimination inconsciente. On demande à la femme sa situation sur les enfants (regroupement familial), à l’homme sa condition professionnelle (travail).  

Les questions de l’ethnocentrisme. Pour nous, une femme qui porte le voile est une femme soumise. La question de leurs relations avec leurs enfants. S’autonomiser n’est pas la même chose que pour nous.

NDLR : Ces questions sont en effet en débat chez les féministes !

 

Carole

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Je travaille en centre détention auprès des détenus étrangers.

L’origine de l’homme (des humains, NDLR) est située en Afrique. Ils vont partir et traverser les mers, les montagnes. C’est un phénomène mondial. Jusqu’à maintenant.

L’Organisation Mondiale de l’Immigration estime les femmes à plus de 50% des migrants. Depuis 2014, cette proportion est en hausse. De plus en plus de femmes seules, plus jeunes migrent pour des raisons de conflits internes dans leur pays (guerres, changement climatique, discriminations, persécutions et crises économiques).

En 2016, en Sicile, l’OIM a décompté 11 000 femmes nigériennes. Les Nations Unies ont estimé que 80% de ces femmes étaient destinées à la prostitution. C’est un trafic de femmes entre le Nigeria et l’Europe qui existe depuis des décennies. Mais il a augmenté de plus 600% dans les trois dernières années. Les marchés noirs rentables sont ceux de la drogue, de la vente d’armes et le trafic des êtres humains. Elles proviennent d’un endroit spécifique Benin City, dans l’Etat d’Edo, au sud du Nigeria.

Le Nigeria est un pays où il y a de grands extrêmes, et où 50% des femmes sont analphabètes. Elles n’ont pas d’accès à l’éducation, à l’emploi, au contrôle de leur destin, de leur parole, elles sont très démunies.

Deux facteurs : la pauvreté et la famille.

La pauvreté est inimaginable. Si on n’a rien vendu on ne mange pas. C’est chacun pour soi. Il n’y a pas de projet ni d’avenir. C’est au jour le jour.

 

 

Les familles nigérianes sont très éclatées. Elle donne un exemple anonyme sur le destin d’une jeune fille nigériane. Elle devient la femme de ménage du beau-père puis d’un oncle, puis devient sa femme par mariage forcé. « La place de la femme au Nigeria est celle d’un esclave ».

 

 

Cela les met dans uns situation de précarité très vulnérable.

 

 

La plupart des femmes part pour s’échapper de tout ça, mais aussi pour avoir de l’argent pour manger et pour nourrir une grand-mère ou un petit frère.  Elles ont envie de s’en sortir et de sauver ce qu’il reste de leur famille. En 2003, le gouvernement nigérien a fait une loi contre cette traite. Mais personne ne parle dans les villages de prostitution. C’est un tabou. On ne connaît pas ce mot.

 

 

On lui promet un travail de femme de ménage. Elle pourra gagner un salaire mensuel et envoyer de l’argent au pays. Dans chaque village, une jeune femme qui est allée en Italie a renvoyé de l’argent et ça se voit. Le niveau de vie s’améliore. Personne ne parlant de prostitution, la femme pense que ça va. Une tante, une mie se présentent. Elles sont aussi tenues par la violence. Soit l’information est fausse, soit il y en a peu. Dès que la jeune fille dit oui, on l’isole dans une autre ville, dans un appartement avec l’eau chaude, la lumière, la télévision. Elle pense « Ma vie va mieux ».

 

 

On l’endette. Un grand frère, une grand-mère lui prête de l’argent. La nuit, on l’emmène participer à une cérémonie, un rituel de vaudou le « djoudjou ». Le prêtre qui fait peur prend de son sang, des poils pubiens, des morceaux de vêtements. Il connaît tout l’état civil de la jeune fille et de sa famille. Il donne ses informations aux bandes criminelles nigérianes en Italie. Elle prête un serment de rembourser la dette.

 

 

Pour elle, il y a une malédiction et un contrôle psychologique. Elle pense qu’il y a un mauvais esprit dans son corps contrôlé par quelqu’un d’extérieur. Elle arrive dans un stress et une menace constante. Sur le trajet, elle a peut-être vécu des violences ou été violée. La prostitution inattendue la traumatise.  Il y a en Italie, selon les Nations Unies, une hausse de problèmes mentaux car ces femmes souffrent de traumatismes psychiques. Elles, elles pensent que la malédiction marche.

En Italie, il  en a très peu qui comprennent. Une femme sur vingt essaie de s’en sortir. Dans l’illégalité, elle a une sécurité. Elle est hébergée, elle n’a pas besoin de papier. Si elle sort de ça, les problèmes commencent : difficultés administratives, hébergement, santé, isolation, peur, barrière de la langue.

Elle peut faire appel à l’OFPRA à Paris pour demander l’asile. Pas une seule femme n’a réussi le passage de cette étape.

Il y a un recours, le CNDA. Il faut appartenir à un groupe qui est persécuté et dont le pays d’origine ne protège pas ce groupe-là.

 

En 2016 et 2017, le CNDA a reconnu que ce groupe de femmes de Bénin City fait partie des groupes persécutés.

Ces femmes ne peuvent pas être renvoyées car elles ne sont pas protégées. Dans leur village, elles sont marginalisées, elles subissent encore les discriminations. Heureusement, elles rentrent dans la convention de Genève de protection pour les demandeurs d’asile.

 

 

Depuis 2016, la femme peut s’en sortir, être accompagnée d’une association, peut obtenir l’autorisation provisoire de séjour qui donne le droit renouvelable de travailler pendant 6 mois. Le dossier est assez lourd à monter et à ce jour aucune jeune femme n’est parvenue à cette étape.

Femmes Forum Méditerranée

Je suis Noura, Libanaise. Je fais une thèse entre l’Université d’Aix-Marseille et celle du Liban sur le statut des femmes en droit pénal comparé. Je suis membre du Forum Femmes Méditerranée depuis cinq ans. Je représente le Forum au Réseau pour les femmes migrantes qui est le premier réseau sur cette thématique en Union Européenne.

A quels obstacles et à quelles violences sont confrontées les femmes qui migrent ou qui sont réfugiées? Il faut prévoir une stratégie et une action commune sur le terrain. Comment donner la parole à ces femmes, comment les aider ?

On appelle la migration une migration féminine car on sait, sans statistique définitive, que la majorité des migrants sont des femmes.

La migration peut être vue positivement. C’est une autonomisation pour elles, d’émancipation économique. Elles fuient leur pays à la recherche d’un travail ou pour poursuivre leurs études, pour fuir les traditions et les règles culturelles religieuses ou pour fuir leur famille. Elles ont pu trouver leur place dans notre pays. Elles ont pu avoir un statut juridique. Ce visage de la migration aide à lutter contre la pauvreté et la discrimination pour atteindre une égalité entre hommes et femmes.

La migration présente d’un autre côté un visage négatif.

Les femmes sont soumises à des violences et à des discriminations. Les femmes quittent leur pays volontairement. Rapidement, elles vont avoir des difficultés pour avoir un statut par la légalisation de leurs papiers, ou pour la reconnaissance de leurs diplômes.

En France comme ailleurs, les femmes ont des emplois moins importants et moins bien payés.

Elles seront encore plus discriminées car elles sont migrantes.

Elles quittent leur pays volontairement à la recherche d’une meilleure vie ou d’un emploi ou involontairement en signant pour un contrat de travail qui n’est pas le vrai travail sur place, et vont tomber directement entre les mains des proxénètes. Elles seront forcées de se prostituer. Il y a peu d’associations qui l’évoquent. Une action va être présentée devant l’Institut européen pour l’égalité des genres pour parler de cette problématique et la porter au Parlement européen pour tenter de faire pression sur les gouvernements pour aider ces femmes et limiter le trafic. 

NDLR : limiter seulement le trafic ? Pourquoi ne pas l’interdire ? Des lois au Parlement européen doivent être mises en place, pas seulement des recommandations

Elles vont subir des grossesses et des avortements forcés, des viols, des harcèlements. Ces jeunes femmes n’ont pas le courage de parler. La majorité ignore la langue, ignore le droit qui est en vigueur dans le pays qui les accueille, elles ont peur de se retrouver dans la rue sans logement ni papier. Elles ont peur de se retrouver devant les policiers et d’être encore plus discriminées et re-victimisées.

Le cas des réfugiées.

Ces femmes qui fuient leur pays pour des raisons politique de guerre vont se retrouver dans un état sans statut. Dans le plus grand camp en Grèce, la situation est catastrophique. Les femmes subissent les violences de la part de leur mari ou de leur famille, des habitants locaux à l’extérieur, des autorités policières et de l’Etat.

Tag(s) : #Femmes

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