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Ludwig, un roi sur la lune.

Texte de Frédéric Vossier

Mise en scène de Madeleine Louarn

Parmi les spectateurs, deux personnalités assistent à cette représentation : Jean-Michel Ribbes arborant un beau chapeau rouge et Olivier Py. Le public est assis en face à face, la scène étant au milieu. Parmi les spectateurs, un homme nous scrute avec ses jumelles, une femme regarde son programme avec une lampe rouge qui lui permet de mieux lire.

Les acteurs entrent et interprètent une danse avec des grandes poupées noires accrochées à leur dos. Le rythme est lent, les gestes amplifiés. Bienvenue au monde de l’irraisonnable.

C’est aux premiers mots prononcés dans leur micro que l’on comprend que les acteurs sont porteurs de handicap. Le « Oui, Altesse ! » a une intonation spéciale. Et puis, on s’y fait. La déclamation est audible. Chaque acteur articule son texte pour se faire comprendre. La musique jouée en même temps rythme et poétise l’espace et joue « Somewhere over the rainbow » de Judy Garland (le Magicien d’Oz), Wagner, Michaël Jackson (Beat it) et du rock allemand. Des danses ponctuent les péripéties de la biographie de Ludwig. Le résultat est surprenant.

Nous démarrons par l’univers enfantin de Ludwig avec des enfants qui jouent des chevaliers teutons portant fièrement des épées en bois.

Puis, le roi est mort, et le salut au nouveau roi est baroque, désordonné, chacun dansant une bacchanale.

Arrive Richard Wagner, qui fut « la seule source de bonheur, sans le savoir, dans la vie de Ludwig ». Mais Ludwig devra choisir entre l’amour du peuple et l’amitié d’un homme…

Les costumes sont soignés. Adulte, Ludwig roi porte un élégant costume en écorce d’arbre avec un magnifique chapeau de feuilles dorées.

On tombe en amour comme on bascule dans la folie. Ludwig tombera et basculera dans la déraison. Pour concrétiser son état, deux acteurs se succèderont.

Mais « la démence montait sur ses chevaux et lui donnait la chasse ». Son homosexualité explose et envahit ses folles nuits. La tendresse entre hommes est délicatement mimée.

Les ministres vont faire un rappel à l’ordre. Sissi impératrice ne sera d’aucun secours, les cygnes noirs non plus. « L’eau était trop froide, le cœur trop chaud ».

 

Le public sourit une fois, à la fin du spectacle lors d’une réplique de l’infirmière à Ludwig : « Oui ! Oui ! Allez vous promener au lac… ». Elle utilise le ton d’une mère à son enfant qui se moque de ses caprices et de sa folie. Nous savons qu’elle lui ment pour le faire enfermer. Personne n’imagine la fin tragique.

Tout l’entourage de Ludwig n’était pas contaminé par sa psychose. Et ce sont des acteurs porteurs de handicap qui jouent des rôles de personnes dites « normales ». C’est le monde à l’envers.

Ils sont tous sérieux et habités dans leur rôle. C’est un véritable tour de force auquel on assiste. Le texte est bien mémorisé, et en cas de rare panne, les acteurs s’entraident. Le seul reproche à faire est que cela manque un peu d’humour.

« C’était magnifique ! Un vrai bonheur ! », « Moi, j’ai eu du mal à entrer dans le spectacle » ai-je pu entendre dans les débats qui s’animent entre les spectateurs après la représentation.

Mais l’enthousiasme était le plus fort.

Catalyse est une troupe comprenant 7 acteurs en situation de handicap dirigée par Madeleine Louarn et basée à Morlaix.

Leur visibilité est un problème. Ils sont peu nombreux à vivre de leur travail.

C’est dans le film « La loi du marché » que Matthieu Schaller, souffrant d’une infirmité motrice musculaire, a débuté une carrière au cinéma au côté de Vincent Lindon, en 2015. En 2014, c’est Niels Tavernier dans son film « De toutes nos forces » qui montre, sans minimiser les difficultés engendrées par l’apparition du handicap dans une famille, combien les enfants porteurs d’un handicap peuvent dégager une force vitale incroyable et la transmettre à leur entourage. Ou bien, c’est encore Pascal Duquenne dans le film « Le huitième jour » de Jaco Van Dormael en 1996. Il remportait le prix d'interprétation au Festival de Cannes

Au théâtre, la situation ne semble guère plus brillante. Le théâtre du Cristal travaille avec des personnes en situation de handicap. Pour l’égalité des chances et la non discrimination dans l’accès à la culture, voici une longue liste de théâtres préoccupés par cette problématique:

Tag(s) : #Théâtre

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