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La dictadura de lo cool

Réalisation de Marco Layera

Texte de Re-Sentida

Avignon In

07/2016

Il vient d’être nommé ministre de la culture. Il croit en ses valeurs et compte les défendre. Pendant la fête qui suit son investiture, il va annoncer ses intentions. Sa femme est au courant et prépare l’auditoire en dévoilant un comportement des plus étranges puisqu’il a changé ses façons de vivre brutalement.

En effet, quand il arrive à la fête, il nomme au ministère des citoyens que l’on n’écoute jamais : un syndicaliste, une chanteuse folklorique, un artisan…Il affirme que la seule lutte qui existe est celles des pauvres contre les riches. Aucun de ses proches n’aura un rôle déterminant, contre toute attente.

Tout le monde le prend pour un fou. Il a sombré corps et âme. Il rompt avec le consensus établi par cette jeunesse conquérante aux portes du pouvoir. La culture est une arme de guerre pour imposer des idées, des modes de vie. C’est le séisme. Il en a assez de ces compromis oiseux et égoïstes, des manipulations mises en place pour conserver les avantages, du cynisme de ceux qui gouvernent, des sentiments hypocrites. Lui n’oublie pas les minorités étouffées, les 43 étudiants mexicains assassinés, les causes oubliées.

Comment le faire revenir à la raison (à leur raison !) ? Quelles tentatives mettre en œuvre pour le retourner, le faire rentrer dans leur giron ?

Dans son entourage, son amie d’enfance a peut-être la solution. Elle le connaît, et dans sa psychologie, elle a cerné son point faible. « Laissez-moi faire ! »

Elle nous dévoile son rôle de composition lors de l’enterrement de la mère du ministre. Pour pouvoir rejouer ce sentiment de tristesse, depuis cet événement, elle porte sur elle la photo de cette maman disparue.

Mais elle ne parviendra pas à influencer notre ministre. Il ne sera pas déstabilisé, lui-même s’étant préparé à l’assaut de la demoiselle. Le sexe est une arme de persuasion mais il en profitera sans céder.

Sa femme lui propose « un retour à la belle nature » puisqu’il ne veut pas jouer le jeu qui correspond à la prise de ses fonctions. Ne parvenant plus à le comprendre, elle le quittera.

C’est trash. C’est trépidant. Le rythme est hyper dynamique. C’est filmé en même temps que joué. C’est le signe de l’époque. Après la télé-réalité, c’est le théâtre-réalité. Les cameramen ont de l’avenir. C’est arrosé. Tous les liquides fusent de toutes parts et dans tous les sens. Ils boivent, se baignent, se crachent dessus, s’arrosent, se nettoient. C’est coloré. Les couleurs s’allient à la musique pour éclater en feux d’artifices.

Ce spectacle a été longuement applaudi. C’est provocateur à outrance et dithyrambique. Ils sont insatiables dans la description des bourgeois bohèmes qui imposent leurs points de vues, leurs manières de vivre, leurs déshumanités tout en essayant de se donner bonne conscience en soutenant des causes animales ou mineures. La culture, leur culture, c’est quoi ? L’alcool, la drogue, la musique, le sexe et le « coming out » à tous propos. Aucune lecture, aucune spectacle, aucun musée, aucune réflexion. S’ils n’ont aucune compassion pour les humains en général, ils savent défendre leurs intérêts, imposer leur loi, être autoritaires, même s’ils oublient que le monde autour d’eux n’adhère pas totalement à leur mode de pensée et peut leur révéler des surprises désagréables.

Tag(s) : #Théâtre

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