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Bernard Stiegler rencontre Pierre Laurent.
Février 2016
Paris
Débat sur la révolution numérique et les évolutions technologiques, mené par Xavier Delaporte, de Rue 89 et ancien producteur sur France Culture de l’émission ‘La place de la Toile’.
Intervention de Bernard Stiegler
 
Le concept de ‘disruption’ fait son apparition depuis quelques mois, et l’uberisation en est une facette. En 1993, une chaire à Harvard théorise sur la technologie qui se développe à une telle vitesse qu’elle détruit les cadres sociaux (famille, langage, droit, religions, etc.).
Qu’est-ce que la disruption ? Par le biais d’un smartphone ou d’un téléphone, on accède via une interface de type Amazone ou autre, à un système qui va 4 millions de fois plus vite que nous, qui nous donne des réponses et qui nous intègre aux autres.
C’est inédit dans l’histoire de l’être humain. Ces calculs foudroyants produisent des effets innombrables. C’est par exemple, la lutte entre les taxis d’Uber ou les autres. C’est Google qui produit une voiture sans chauffeur. C’est un moyen de transmission des savoirs. C’est aussi un outil qui permet la défiscalisation.
 
Que se passait-il avant 1993 ? Quelques catégories d’individus (militaires, chercheurs, etc.) avaient accès à ce mode de communication. Mais, maintenant, tout le monde peut y accéder.
 
Quelles sont les conséquences de l’automatisation ?
Une cellule d’ADN possède des automatismes. Quand les cellules sont agrégées, elles forment un corps qui possède des automatismes. Tous les corps sociaux, les psychismes sont aussi concernés par ces automatismes. Le cas de l’enfant sauvage (voir le film de François Truffaut) montre que si c’est fait trop tard, la personne devient asociale.
Nous sommes bourrés d’automatismes et nous l’avons doublé d’un automatisme technique (par exemple l’utilisation de l’arc ou d’une arme).
Au fur et à mesure de l’évolution humaine, les automatismes sont devenus de plus en plus compliqués.
 
Au 19e siècle, la révolution industrielle, pensée par Karl Marx, produit une prolétarisation massive. Les compagnons d’avant s’investissent dans la machine et se retrouvent dépossédés de leurs savoirs.
Une deuxième vague apparaît avec le Taylorisme et le Fordisme. Avec la ‘chaîne’, les ouvriers vont faire un travail plus difficile mais mieux payé. Ford propose d’augmenter la productivité, mais aussi d’augmenter la paie. Les ouvriers achèteront la voiture qu’ils produisent.
 
Au 20e siècle se développent de nouvelles pratiques culturelles. Avant 1920, il n’y avait pas de boulangeries, ni de magasin de vêtements. Les femmes cuisaient leur pain et fabriquaient elles-mêmes les vêtements. Il y a eu un développement de la panification et de l’individualisation du vêtement. Ces pratiques culturelles contrôlent le comportement des individus. Jusqu’à il y a encore vingt ans, tout le monde fumait. On prive aux individus leur savoir-vivre.
 
La troisième vague va se produire avec le numérique. Elle touche les secteurs du tertiaire. Le rapport des chercheurs de l’université d’Oxford est alarmant. Les gains de productivité ont des conséquences sur les USA et sur leur économie. D’ici 20 ans, 40 % des emplois disparaîtront. Bill Gates propose que les salaires baissent car ‘les robots coûteront moins chers’. C’est un non-sens car cela ne s’appuie pas sur la solvabilité de l’économie d’un pays.
S’il n’y a plus de solvabilité économique, les gens ne pourront plus acheter ce qu’ils produisent.
Le PCF doit donc inventer une nouvelle macro économie avec des nouvelles règles qui s’appliqueront à tous les secteurs.
La redistribution est au cœur de l’avenir.
D’ici 10 ans, il faut réfléchir à de nouveaux critères de redistribution du pouvoir d’achat. S’il n’y a pas de redistribution, il n’y aura plus de marché et l’économie s’écroulera. On ne peut plus se baser sur l’emploi.
Alors, sur quels critères peut-on travailler ?
Par exemple, sur le revenu contributif, sur les logiciels libres, sur le partage du savoir et la déprolatérisation qui est le contraire de l’utilisation des capacités actuelles.
Pour obtenir du pouvoir d’achat, il faut développer les moyens et les capacités des individus dans tous les domaines (pas seulement dans le numérique).
Les chercheurs se sont demandés pourquoi les habitants du Bangladesh ont une joie de vivre supérieure aux habitants de Harlem, alors qu’ils connaissent une extrême pauvreté. Qu’est-ce qui rend cela possible ? Ils ont un meilleur moral car ils ont sauvegardé leurs savoirs-vivre, leur spiritualité, la solidarité sociale. Tout cela contribue à les rendre plus heureux.
 
L’anthropocène, l’ère géologique.
L’homme est un facteur important. Il perturbe tout et est menacé. Avec une extinction de masse, il pourrait disparaître. L’anthropologue Sadi Carnot a démontré que la dissipation de l’énergie crée du désordre et la mort. Dans la Bible (genèse, livre III) il est dit : ‘Tout redeviendra poussière.’
 
La néguentropie.
Le vivant peut différer cette loi et lutter contre pendant un certain temps.
En Seine Saint Denis, une nouvelle expérimentation pourrait voir le jour avec le revenu contributif qui pourrait être basé sur le régime des intermittents du spectacle. Ce revenu donne des droits et des devoirs et permet le développement des capacités et des savoirs de chacun. Il faut le valoriser dans tous les domaines salariés.
Il faut l’expérimenter très vite, mais sans se presser. Il s’agit d’être réaliste et rationnel. Des laboratoires d’études vont suivre le processus, l’analyser et le critiquer.
La disruption doit être au service du développement social et pas à celui du pillage social. Karl Marx ne pouvait pas prédire l’avenir, mais il avait posé la question suivante dans « Les fondements de la critique de l’économie politique » : ‘Peut-être que tout s’automatisera ?’
Il nous faudra inventer quelque chose de nouveau.

Sur l'internationalisme et l'inter-nations

A propos de la Chine numérique

Comment réorganiser les informations dans notre parti pour que le meilleur soit partagé entre les militants et non pas le courant dominant actuel?

Il revient sur le rôle et le statut des intermittents et sur le dépassement du capitalisme

Il faut relire Karl Marx au 21e siècle

Tag(s) : #Politique

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