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La Vénus à la fourrure

Mise en scène de Jérémie Lippmann

10/15

L'objet de la pièce est la soumission. Comment un homme peut-il en arriver à supplier à genoux une femme de le dominer? Quelles expériences l'ont amené à ce choix? Quelles raisons ont poussé ce metteur en scène à monter une pièce sur un tel sujet?

Au début de la pièce, les considérations misogynes du metteur en scène ont fait frissonner et réagir le public féminin. Mais cela cessa rapidement avec l'entrée en scène, pour ne pas dire en salle, de Marie Gillain.

Tous les aspects d'une relation duelle sont abordés: la porosité des fantasmes de l'un à l'autre, la responsabilité et les limites de la cruauté, la persuasion que la douleur est source de plaisir, la conviction de transformer l'autre en méchante quand elle ne l'est pas, la peur des reproches de cruauté quand l'histoire sera terminée, et surtout comment faire et jusqu'où aller pour qu'elle ne se finisse pas.

Pour parfaire cet exercice, les acteurs inverseront les rôles, un court instant. Le soumis deviendra dominateur. Mais ne l'est-il pas? Les critiques, les doutes trouveront peut-être une réponse. Cédera-t-elle aux demandes et aux commandes de cet homme?

Et nous, quelles raisons nous ont poussés à aller voir ce spectacle?

Le public est conquis. Le prix du Molière de la meilleure actrice pour Marie Gillain doit y être pour quelque chose. Par deux fois, comme après les solos des musiciens de jazz, le public a ovationné la performance et l'intensité des scènes. Cela ne se voit pas souvent et doit être relevé.

Le costume porté par Marie Gillain n'est pas anodin non plus. Nous ne sommes pas dans une pièce qui parle de la culture des petits pois. En fait, elle en a deux, celui de l'actrice aguicheuse et inconnue qui veut obtenir le rôle et celui de l'héroïne de la pièce qui va céder aux désirs de 'monsieur' pour ne pas le perdre. On n'apercevra la fourrure qu'à la fin, fourrure-objet des fantasmes masculins, quand elle se sera enfin soumise, en récompense...

Mais je n'oublierai pas Nicolas Briançon qui a un jeu désopilant et désarmant. Il est surprenant d'ingénuité, de tendresse et de manipulation. Ses supplications, ses soupirs, ses déceptions, ses emportements, ses élans de conviction, ses découragements, tout est déclamé avec justesse, comme si c'était la première fois qu'il jouait, comme s'il ne jouait pas.

 

A la fin du spectacle, j'ai entendu le commentaire de ma voisine: « C'était puissant !». Et c'est vrai. Le manque de pudeur de cette femme/actrice que l'on nous décrit comme facilement malléable et manipulable, quand elle n'est pas prête à tout pour parvenir à ses fins me laisse un goût bizarre. L'ambiguïté du propos n'est pas convaincant pour l'égalité des femmes. Il ne suffit pas d'y faire allusion une fois pour oublier que c'est l'homme qui choisit son désir et veut l'imposer à sa partenaire.

Il s'agit d'une pièce de théâtre de David Ives créée à Broadway en janvier 2010 et couronnée de trois Tony Awards en 2011.

La Vénus à la fourrure est un roman érotique allemand de Léopold Von Sacher-Masoch paru en 1870. Il s'agit d'une autobiographie romancée de l'auteur. Le mot 'masochisme' provient de son nom.

Tag(s) : #Théâtre

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