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Je ne m’arrêtais jamais dans cette station-service pour prendre de l’essence. A chaque fois que je me rendais à Marseille, je la trouvais trop isolée sur le bord de la voie rapide, et surtout vide d’humanité. Il n’y avait pas de gérant qui la surveillait. Très peu de voitures s’y arrêtaient, surtout des gros véhicules et des camions.

Je préférais jusqu’à hier remplir le réservoir à la station précédente. Dans la journée, un préposé était là, accueillant. Il valait mieux payer un centime de plus et se sentir protégée et en sécurité.

Vous me direz qu’en ce moment, les stations-service sont dévalisées et attaquées. Oui, je pourrais aussi me trouver là pendant un braquage. Je n’avais pas pensé à cette éventualité et je préfère oublier cette idée. Mais ce que je vais vous raconter va vous paraître très probablement invraisemblable ! Et pourtant, c’est la vérité vraie, foi de Brigitte !

Hier, avant d’aller au concert de ma chanteuse préférée, j’ai dépassé la première station-service, celle avec le gérant. J’hésitais à m’arrêter car j’avais encore de l’essence dans mon réservoir.

Je me suis octroyé le temps nécessaire de la réflexion et j’ai décidé de faire le plein quand même. Je savais qu’il y avait cette deuxième station quelques kilomètres plus loin. Je ne m’y étais jamais arrêtée, ce sera une première expérience.

Qu’est-ce que je regrette ce choix ! Si j’avais su !

Je vois des voitures devant les bornes d’essence. Je me gare sur la file vide.

A peine suis-je en train de tourner la clé de contact pour arrêter le moteur qu’un jeune homme français aux cheveux foncés et courts me fait signe et me dit en criant « J’ai besoin de vous ! ». Il se tient debout près de son véhicule et me montre le tuyau pour le gonflage des pneus. « Vous pouvez appuyer deux minutes ? » Il est tout sourire. Je suis interloquée et un peu sur mes gardes. « C’est à moi que vous parlez ? » En général, on n’a pas besoin d’aide pour gonfler les pneus de son véhicule. Et les hommes adorent trop bichonner tout seuls cet attribut! Je sors prudemment de ma voiture. J’ai mis ma Carte Bleue dans ma poche. J’essaie d’ignorer cet individu…Il me relance « Oui, vous pouvez m’aider en appuyant sur ce bouton ? »

Tout à coup surgit de derrière mon épaule droite un autre jeune homme. Il a le type espagnol et porte des cheveux longs coiffés avec un catogan. Il est jeune et a l’air sympathique. Me voilà prise en sandwich entre deux individus qui encerclent ma voiture, l’un du côté passager, l’autre par l’arrière. Il me montre un billet de dix ou de vingt Euros, et me demande « Je viens de m’arrêter dans cette station et je m’aperçois qu’il faut une Carte Bleue pour payer. Je n’en ai pas. Je n’ai que du liquide. Vous pouvez m’aider et payer pour mon essence avec votre carte ? »

Ouahhh ! Ca fait beaucoup de demandes en très peu de temps…. « Non ! Je ne paierai pas votre essence avec ma carte bancaire ! ». Je me demande ce que je risquerais si j’acceptais. Ca y est, je crois avoir trouvé ! Il me donnerait un billet de vingt, mais une fois le distributeur en route, je ne pourrais plus l’arrêter. Imaginez qu’il fasse un plein et c’est moi qui lui fournirais son diesel gratis ! Peut-être me reprendrait-il des mains ce billet pour s’en servir dans une autre station…Ou bien, il aurait le temps de me regarder composer mon code secret et à la fin de la transaction, il me la volerait pour passer un excellent week-end aux frais de la princesse !

Je regarde rapidement le lieu où je me trouve. Il y a une voiture sans chauffeur. C’est certainement la voiture du jeune qui a son billet de vingt euros dans la main. La portière du conducteur est ouverte. C’est une petite berline gris clair. Dans cette voiture, il y a quelqu’un assis côté passager. Je ne vois pas comment il est mais je devine que c’est un homme. Il y a encore une autre voiture, mais il est prêt à partir, son réservoir plein.

Je commence à me demander ce qu’il va m’arriver. Surtout, ne pas paniquer…

Le premier jeune homme interpelle le second : « Vous avez un problème pour payer ? Venez ici, je vais vous dépanner ! »

Je ne sais pas s’ils sont de mèche tous les deux.

Tout va trop vite. J’ai les sens en éveil. Mais je ne cède pas à la panique. J’ai confiance. Il ne va rien m’arriver !

Et à partir de là, je ne sais plus si c’est la réalité ou si mon imagination ne m’a pas joué des tours…

Ils s’approchent de moi. Ils profitent qu’il n’y a personne d’autre qu’eux aux pompes et ils m’attrapent, me ligotent et m’enferment dans la première voiture. Ils m’emmènent dans une ferme abandonnée et me torturent pour obtenir le code secret de ma carte bancaire…

STOP ! Brigitte, arrête de nous dire des salades !

Jusque-là, tu avais raconté fidèlement cette histoire. Mais, là, tu débordes du cadre. Si c’était le cas, explique-nous comment tu as fait pour t’échapper et aller voir ta chanteuse préférée…

D’accord, je vais vous raconter la fin réelle. Mais, il n’empêche que c’était aussi une fin possible…

Reprenons au conciliabule entre les deux jeunes hommes. Je ne sais pas s’ils ont senti que j’étais sur mon qui-vive. Il y avait encore un autre conducteur qui se servait en essence. Peut-être ont-ils eu peur que je crie et alerte ce chauffeur que quelque chose de bizarre se passait ici? Toujours est-il que le premier jeune homme a rapidement pris la fuite. Il est remonté dans sa voiture, a démarré et a rejoint la voie rapide. Il n’était donc plus question de gonfler ses pneus. Cette demande était bien louche !

Etant parti, je me suis approchée de la pompe, j’ai composé le numéro de ma carte bleue et je me suis servie en essence. Derrière moi arrivait une grosse berline. Ouf ! Je n’étais plus seule !

Je ne sais pas où a disparu le second jeune homme. Il s’est peut-être caché derrière le cabanon ? Mais il était encore dans les parages, car sa voiture trônait toujours au même endroit, la porte ouverte.

Moi, le plein fait, j’ai repris la route, pensant à ce qui aurait pu se passer et imaginant un scénario digne d’un film d’horreur…J’ai trop d’imagination…

Décidément, il s’en passe de drôles de choses sur la route…Si ces deux jeunes voulaient arnaquer, ils n'étaient pas au point et ils se sont déballés facilement...

Le traquenard de la station-service
Tag(s) : #mes poésies

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