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~~Elle souhaitait déjeuner dans un restaurant et elle lut les menus au fur et à mesure de sa déambulation. Un écritoire attira son attention et elle opta pour celui-ci. Les mets présentés lui plaisaient. Il y avait une terrasse, mais plus aucune table libre ne se trouvait au soleil. Déjeuner dehors à l’ombre avec ce Mistral ne la tentait pas.

A peine eut-elle franchi la porte, elle ressentit l’électricité négative qui se propageait à l’intérieur du restaurant. C’était propre, neuf et moderne, mais agité et bruyant. Pourtant, un seul groupe de clients calmes occupait un faible espace. Et ils ne restèrent pas longtemps.

L’agitation provenait du personnel. L’accueil fut froid, voir glacial. Elle attendait patiemment devant la porte d’entrée.

Au bout de quelques minutes, un homme –le patron sans doute- lui demanda ce qu’elle voulait. Elle tenta de demander s’il restait des tables dehors au soleil (on ne sait jamais !), mais ne reçut nulle réponse. Il courait vers ses clients à l’extérieur.

« Installez-vous où vous voulez ! », lui lança-t-il, les bras emplis de grandes assiettes. Elles étaient appétissantes et copieuses. Elle choisit la banquette haute et ouvrit son livre. Elle lisait un roman historique écrit par Max Gallo et c’était une première tentative, réussie au demeurant. ce livre se lisait bien. Le patron, nerveux, sec, autoritaire et en colère installa agressivement les couverts.

Puis, à brûle-pourpoint, il lui expliqua rapidement et d’une façon à peine audible quel était le plat du jour. Elle fit répéter, ne comprenant pas tout, mais surtout demanda si elle pouvait choisir la formule qui était affichée à l’extérieur. Il acceptait, péremptoire, presque excédé par cette nouvelle demande. Pas aimable, le monsieur !

Elle lut le menu et passa sa commande. C’était parti. Elle attendit son entrée. Elle tenta de se concentrer sur sa lecture, mais pendant ce temps d’attente, un lot de surprises la distraya…

 

Tout d’abord, le patron se disputa avec sa « Chériie ! » qui apparemment venait d’arriver au restaurant à la rescousse dans les minutes précédentes. « Chériie ! » essayait de comprendre ce que son serveur Clément avait écrit sur ses fiches de commandes. Il confondait les numéros des tables. Dans ce méli-mélo, elle garda son calme et essaya de reconstituer les bonnes commandes pour pouvoir préparer les factures sur la caisse enregistreuse. Elle étala toutes les fiches sur le comptoir. Un véritable puzzle !

Elle était beaucoup plus jeune que le patron, son mari. Elle devait connaître son caractère soupe au lait et attendit que le volcan se calme. Tant qu’il sera question de nombres, Clément se mélangera les pinceaux. Une catastrophe ! Notre cliente suivit les péripéties de notre malheureux serveur et ne parvint plus à lire son livre…Elle était sans arrêt dérangée par une nouvelle anecdote. Elle renonça à lire. Elle ne comprenait plus ce qu’elle lisait. Un vrai ballet tournait autour d’elle. Ils se servaient en couverts à sa droite, ils s’invectivaient, ils s’activaient tout en se parlant. Le patron éructa : « Ma « Chériie ! », si je t’ai demandé de venir, c’est pour m’aider et accélérer le service. Tu ne sers à rien ! Tu ne m’aides pas ! « « Chériie ! » essayait de comprendre pourquoi Clément avait écrit deux commandes différentes avec le même numéro de table. Et le patron continuait de s’énerver : « On va perdre les clients ! Puisque personne ne m’aide, je vais tout faire moi-même ! » Et il se précipita au dehors. Plus tard, le personnel adoptera une autre stratégie : « Pour la table des deux femmes,…Pour la table de la femme seule…. Pour la table qui est située derrière le couple… ». C’était plus long, mais c’était moins une source d’erreur. Le second serveur Jean-Pierre prit les rennes et assura le service des plats. Clément sera relégué aux boissons, sous la surveillance de « Chériie ! ». Il n’y eut pas une minute de répit

Notre cliente sentit la contrariété la gagner et elle commença à regretter d’être venue manger là. Ils allaient réussir à lui gâcher son moment de plaisir. Elle subit cette tension et ne put rien faire qu’attendre la fin du repas. Tout à coup, l’entrée arriva. Tout était divin ! Le feuilleté «était fait maison, les légumes étaient délicieux, la vinaigrette de la salade était excellente. Ca la consola un peu. Le patron a dû ressentir la colère de sa cliente et il commença à s’adoucir. Il tenta de se justifier. Elle lui dit que l’organisation de son personnel n’était pas bonne du tout et il lui répondit qu’il lui manquait un serveur. Il s’apaisa définitivement. Au moment des desserts, « Chériie » les prépara avec amour. Le patron revint sur l’ambiance de folie du début du repas. « Tout le monde est arrivé en même temps ! » et il annonça à sa cliente désabusée que cela ne suivait pas en cuisine et qu’elle devrait attendre pour le plat principal ! Le malaise s’épaissit. Elle hésita. Rester ou partir ? Le patron s’installa derrière son comptoir, lavant et essuyant les verres. Il s’adressa à « Chériie ! » : « Ce matin, il n’y avait personne en ville. C’est à cause de la braderie qu’il y a eu autant de clients ? »

Ca y est, le plat arriva. Excellent. Quel cuisinier il avait dans son équipe ! Cette fois, il s’adressa à sa cliente : « Vous avez bien fait de manger à l’intérieur. Il y a de terribles bourrasques de vent ! » Il entonna même le début de « La belle de Cadix a des yeux de velours… ». Un café, l’addition, et dehors ! Il aurait pu lui offrir le café, mais il était radin en plus !

Tag(s) : #mes poésies

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